© Pixabay / lailajuliana

Une nouvelle fois, un drame effroyable vient perturber le quotidien des guadeloupéens. Ce mardi, un jeune homme de 15 ans scolarisé au lycée Chevalier de Saint-Georges aux Abymes a perdu la vie, poignardé à la sortie de son lycée pour son téléphone portable. Un nouveau drame qui soulève la question de cette violence récurrente qui gangrène l’île depuis plusieurs années.

Serait-ce le drame de trop ? La question mérite d’être posée au lendemain de l’agression mortelle dont a été victime un lycéen de 15 ans, à proximité de son établissement scolaire dans un quartier connu pour être un lieu où la violence règne et ce, depuis sa construction. Selon les premiers éléments de l’enquête, la victime, un lycéen de 15 ans aurait été pris à partie par plusieurs individus dont l’auteur présumé des faits, âgé de 15 ans également. Leur objectif ? Voler le téléphone portable du lycéen. La scène tourne au drame lorsque l’un des protagonistes poignarde la victime à la gorge et au thorax. Peu de temps après, elle décède sur place malgré l’intervention des secours.

Une terrible agression qui a aussitôt placée d’île dans l’émoi. Comment peut-on en arriver à un tel niveau de violence ? Comment un lycéen peut-il subir un tel sort ? Un étudiant doit-il craindre de se rendre en cours ? Que font les autorités et en particulier l’Etat pour éviter ce type de drame ? Autant d’interrogations qui fleurissent sur les réseaux sociaux car après ce drame, c’est chaque parent qui s’interroge sur la condition de son enfant aujourd’hui et sur son rôle d’autant plus qu’en 2015, la Guadeloupe figurait parmi les départements de France les plus violents.

Exaspérés par cette situation, chacun y va de ses solutions, des plus radicales aux plus équilibrées. En Guadeloupe, plusieurs personnalités et intellectuels, politiques, l’Etat et surtout des anonymes ont émis des propositions dont certaines méritent une attention particulière. En voici quelques-unes :

1) Sécuriser les zones sensibles

Pour certains Guadeloupéens, il ne faut pas chercher midi à quatorze heures et intervenir là où la violence prend naissance, se façonne puis règne. Pour Brother Jimmy, animateur télé et très impliqué dans le social via notamment la musique, « les crimes et délits sont perpétrés souvent dans certaines zones, ce n’est pas un hasard… ». A bien y regarder, certains quartiers sensibles restent des lieux infréquentables à certaines heures et où règnent violence et trafic. Une réalité qui ne date pas de hier. Ce mardi, le lycéen qui a perdu la vie se trouvait dans le quartier de Lacroix aux Abymes, bien connu pour ses nombreux faits de violence perpétrés depuis des années. Là encore, les internautes s’interrogent sur l’absence des forces de l’ordre dans certains quartiers sensibles et notamment, le fait que certaines zones soient hors de contrôle des autorités car il semblerait bien qu’elles aient tous les éléments en mains pour y faire régner l’ordre. Une mission qui ne semble pas simple notamment du fait du manque d’effectifs et de moyens, avancent régulièrement les syndicats de police et de gendarmerie.

La solution serait donc de sécuriser les zones et quartiers sensibles en instaurant des rondes quotidiennes de police afin de maintenir la pression et surtout, assurer une présence afin d’éviter que le pire ne prenne naissance. Prévenir pour ne pas avoir à guérir en quelque sorte. Une piste crédible mais qui ne semble pas simple à mettre en pratique.

2) Soutenir l’action des associations de quartiers

S’il y a bien un premier relais sur lequel les autorités et institutions peuvent s’appuyer pour améliorer la vie dans les quartiers sensibles, ce sont les associations de quartiers qui ont en charge l’animation des quartiers mais aussi d’accompagner les jeunes en difficulté afin qu’ils restent sur le droit chemin et puissent acquérir des valeurs. Une mission qui paraît simple comme ça mais qui est tout aussi complexe en réalité. Pour certaines associations pleines de bonne volonté, le combat est perdu d’avance tant les jeunes sont ingérables, démotivés et privilégient le « bizness ». D’autres en revanche reprochent aux collectivités de ne pas les soutenir dans leurs actions notamment financièrement ou encore, en proposant des activités, des projets divers, etc… Les associations de quartiers ont-elles encore aujourd’hui une légitimité et peuvent-elles contrôler des jeunes livrés pour la plupart à eux-mêmes ?

En résumé pour certains internautes, il faudrait donner du crédit et soutenir les associations de quartiers dans leurs actions au quotidien. Les accompagner afin qu’elles puissent à leur tour agir efficacement auprès des jeunes des quartiers sensibles de la Guadeloupe.

3) Revenir à une éducation plus stricte

« Et dire qu’avant c’était mieux », « avant, tu ne faisais pas n’importe quoi », « avant les parents, les enseignants et les forces de l’ordre étaient respectés voire craints », voilà quelques formules relevés sur les réseaux sociaux à propos de la société et son climat, il y a des décennies en Guadeloupe. Une époque où vous ne pouviez remettre en question l’autorité d’un enseignant et encore moins, de vos parents. Une époque où être convoqué chez la directrice, le principal ou le proviseur vous faisait suer comme jamais de peur des conséquences. Une époque où les autorités étaient crédibles et où les valeurs de respect étaient la base à en croire, certaines déclarations. Des dizaines d’années après, il semblerait bien que la donne se soit inversée et qu’aujourd’hui, le respect ait…disparu ! Les enseignants subissent les assauts de parents d’élèves, les forces de l’ordre sont prises pour cibles ou encore, certains parents de nos jours semblent ne plus avoir la main mise sur leurs enfants et démissionnent très tôt. Résultat des jeunes perdus, ingérables et livrés à eux-mêmes.

Durcir les règlements scolaires, privilégier l’échange avec les parents afin de les conseiller et les aider dans l’éducation de leurs enfants, responsabiliser les jeunes afin qu’ils prennent conscience des valeurs de la vie. Autant de suggestions faites par les internautes pour apaiser le climat social.

4) Redonner espoir aux jeunes en difficulté

Parmi les nombreuses suggestions faites par les internautes dans la foulée du drame qui s’est produit en Guadeloupe ce mardi, celle de redonner espoirs aux jeunes en difficulté en les occupant certes mais surtout en leurs inculquant des valeurs de réussite et cela passerait par l’école. A en croire les propos rédigés sur Facebook comme sur Twitter, aujourd’hui, les jeunes quittent l’école tôt et privilégient des activités illégales afin de gagner leur vie quitte à la mettre en danger. Une jeunesse semblerait-il, perdue et sans repères. Pour Laurent B., ce n’est pas tout d’être stricte avec eux mais il faut aussi leur attribuer une place dans la société et plus particulièrement, trouver des leviers leur permettant de croire en un avenir meilleur. Le sport ? Oui, répond t-il. Pourquoi ne pas impliquer ces jeunes dans le sport, intégrer cette activité à l’école et leur permettre à l’image des Etats-Unis, de considérer le sport comme une issue favorable notamment d’un point de vue professionnel. La musique ? Aussi ! Ils sont nombreux à s’occuper en pratiquant cet art, pourquoi ne pas les accompagner dans la démarche en intégrant cette discipline dans les cursus scolaires ?

Trouver des domaines dans lesquels les jeunes en difficultés pourraient s’identifier et s’y investir afin de se construire un avenir et s’occuper surtout. Le sport, la musique et autres domaines pourraient être des pistes à exploiter afin d’occuper les jeunes et éviter qu’ils ne tombent dans l’oisiveté.

5) Implanter des centres éducatifs fermés

Créé en 2002 par la loi Perben du 9 septembre 2002, un centre éducatif fermé (CEF) est, en France, une structure alternative à l’incarcération. 8 à 12 mineurs multirécidivistes ou multiréitérants peuvent y être placés par un magistrat compétent, à la suite d’actes délictueux ou criminels. Le placement consiste à contenir les jeunes dans un cadre strict, tout en cherchant à construire avec eux, un projet d’insertion. Ce type de structure correspond à ce que certains appellent encore les « maisons de correction » où il y a des décennies, les jeunes « difficiles » étaient pris en charge avec comme objectif de leurs redonner un comportement correct, conforme aux règles, à la bienséance ou à la morale. C’est aussi dans le but de rectifier une erreur ou une faute.

Difficile aujourd’hui d’imaginer que des structures de ce type puissent réellement enrayer la violence qui ternie l’image de l’île depuis plusieurs années cependant, ils seraient intéressants de savoir si les jeunes confrontés à un environnement stricte prendraient conscience de leurs erreurs et ressortiraient dans de meilleures dispositions.

6) Rétablir le service militaire

Il n’aura pas fallu attendre le drame de hier soir pour remettre sur la table ce sujet. La question du rétablissement du service militaire revient régulièrement dans les débats notamment à l’échelle nationale. En effet, de plus en plus de français regrettent la suppression du service militaire qui pour certains avaient le mérite de donner un sens à la vie de jeunes « difficiles ». Apprendre un métier, des valeurs et principes, passer ses permis de conduire, connaître les « joies » de la vie en groupe, etc… Autant d’avantages selon les internautes, qui tomberaient à point nommé aujourd’hui pour redonner espoir particulièrement aux jeunes issus de quartiers difficiles de Guadeloupe. Une piste appuyée par l’ancienne génération qui vante les mérites du service militaire.

Souhaiter le rétablissement du service militaire n’est pas une ineptie puisqu’aujourd’hui encore, certains politiques l’abordent dans leur programme, cependant, imaginer qu’il soit rétabli pour notamment donner un sens à la vie des jeunes « difficiles » n’est pour l’heure pas d’actualité selon l’Etat, qui avance le coût trop élevé du service militaire.

En attendant, l’Etat justement a décidé de réagir suite à cette agression mortelle en Guadeloupe. Ce mercredi, Bernard Cazeneuve, Ministre de l’Intérieur et Mme Ericka Bareigts, Ministre des Outre- Mer ont diffusé un communiqué de presse commun dans lequel ils « rappellent que les services de l’Etat sont pleinement mobilisés pour apporter aux habitants de la Guadeloupe toutes les réponses nécessaires en termes de sécurité publique, en particulier pour l’application des 22 mesures du plan sécurité Outre-Mer présenté le 27 juin dernier. ».

En complément de ces mesures, le Ministre de l’Intérieur a ordonné « le déploiement immédiat de quatre pelotons de gendarmerie mobile supplémentaires, soit 70 gendarmes, qui arriveront en Guadeloupe dans les tous prochains jours. » et annoncé qu’il se rendra en Guadeloupe du 1er au 3 octobre prochain, dans le cadre d’un déplacement au cours duquel il se rendra également en Martinique et en Guyane.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.