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En l’espace d’une décennie, DJ Ken est devenu une valeur sûre de la musique caribéenne et hip-hop. Le Martiniquais jouit d’une popularité grandissante depuis ses collaborations avec le chanteur Kalash ou encore, Booba. Le 8 juillet prochain, le DJ-Producteur-Compositeur se lance (enfin) en solo, avec un premier album baptisé : « ToBecomBoss ». Un opus qui réunit près d’une trentaine d’artistes de la scène urbaine et caribéenne. Une chose est sûre, cet été, il faudra compter avec l’artiste de 27 ans que nous avons rencontré.

Mediaphore : Vous êtes dans le milieu depuis plusieurs années, pourquoi sortir un album maintenant ?

Dj Ken : Je pense qu’en début de carrière, tu ne peux pas sortir d’album tout de suite. Il faut d’abord te faire connaître dans le milieu, auprès des artistes, évoluer un petit peu dans leur monde, et auprès des gens. Ce n’était pas mon objectif au départ de faire un album, disons que c’était plutôt de mixer dans les soirées, de m’amuser. Après, quand j’ai commencé à composer des sons pour les artistes, avec mon équipe, on s’est demandé pourquoi ne pas faire un album.

Mediaphore : Pouvez-vous nous parler de la genèse de votre album ToBecomBoss ? Pourquoi ce titre ?

Dj Ken : Alors c’est mon directeur artistique Manu Key (ndlr : membre fondateur du collectif de hip-hop la Mafia K’1 Fry) qui a trouvé ce titre. ToBecomBoss, ça vient du fait que selon ses dires je suis un peu parti de rien pour en arriver là où j’en suis actuellement. Aussi, par rapport aux collaborations que j’ai réalisé, les artistes que j’ai produit et il trouvait que c’était le bon moment pour faire cet album.

Mediaphore : Et comment avez-vous choisi vos collaborations ? Il y a tout de même une trentaine d’artistes sur votre opus…

Dj Ken : J’avais presque oublié qu’il y en avait autant ! (Rires) Honnêtement, avec certains artistes, ça s’est joué à l’affinité, pour d’autres je kiffais ce qu’ils faisaient. En fait, c’est surtout une question de talent. Quand je faisais un son, je voyais que tel ou tel artiste irait bien dessus, par exemple. Ensuite, on a appelé pas mal d’artistes. Certains de mes premiers choix n’étaient pas disponibles, donc j’ai dû les reporter pour mon prochain album, si Dieu veut.

En fait, nous avons fait tout et n’importe quoi et j’ai aimé ça !

Mediaphore : Alors vous n’avez pas pu intégrer tout le monde ?

Dj Ken : Si j’avais pu avoir tout le monde, je crois que j’aurais eu au moins 30 pistes sur l’album.

Mediaphore : Dans le descriptif, vous dites qu’il y aura des sonorités inédites, qu’est-ce que cela signifie ? 

Dj Ken : Alors, nous avons fait beaucoup de mélanges entre le hip-hop et la musique caribéenne. Je pense qu’il y a des sonorités que les gens n’ont pas l’habitude d’entendre. Nous avons notamment mêlé du trap, des sonorités africaines également. Je crois que ça va un peu choquer le public. Nous sommes là aussi pour surprendre les gens, nous ne voulons pas leur donner du déjà-vu et entendu. Bon, en fait, nous avons fait tout et n’importe quoi et j’ai aimé ça ! (Rires) Nous n’avons pas vraiment suivi de lignes directrices, nous avons fait ce qui nous plaisait.

Mediaphore : Certaines collaborations vous ont-elles marqué plus que d’autres ?

Dj Ken : La collaboration qui m’a le plus marquée est celle avec Mokobé, Manu Key, Lylah (ex-chanteuse des Déesses) et Politik Nai, un artiste dancehall de la Martinique sur le morceau « Ça va aller ». J’ai adoré ce mélange de générations. Franchement, j’ai passé un bon moment ! Je me souviens que lorsque Mokobé est arrivé au studio, il m’a regardé et m’a dit « Qu’est-ce que tu vas encore me faire, faire là ? T’en as pas marre de me faire venir faire des trucs bizarres ?! ». Ça m’a beaucoup plu et d’ailleurs ce son fait partie de ceux que j’affectionne le plus sur album.

Mediaphore : Est-ce qu’il y a des morceaux plus engagés que d’autres ? Je pense par exemple à « Mon île » avec le chanteur Blacko.

Dj Ken : Oui, à travers ce titre, Blacko et moi avons voulu mettre à l’honneur nos îles. Il vient de la Réunion et moi, de la Martinique. Nous vivons tous les deux en métropole, loin de nos familles. Dans ce morceau, nous parlons de la vie parisienne, du stress que l’on peut ressentir et aussi du froid. Je pense que beaucoup de gens se reconnaîtront. C’est une chanson que j’aime beaucoup. Et puis en hiver, elle va nous remettre en été ! Il y a aussi la chanson dont nous parlions un peu plus tôt avec Mokobé. C’est un morceau qui va parler aux Africains. L’Afrique est un continent que j’aime beaucoup et j’ai travaillé avec plusieurs artistes africains. Il fallait aussi que je leur rende hommage dans mon projet.

Mediaphore : Les DJ sont désormais vus comme des artistes à part entière. Selon vous, quelles sont les particularités de votre statut ?

Dj Ken : Aujourd’hui, les DJ essaient d’être de plus en plus complets. Il n’est plus juste question de passer des sons dans des soirées. Il faut maîtriser des playlists différentes pour s’adapter à tout type d’ambiances et de situation. De plus, certains DJ produisent même des artistes, sont susceptibles de les accompagner en prestation. Moi, par exemple, quand je fais un morceau avec un artiste, je viens sur scène avec lui, je peux même chanter. Maintenant, nous sommes aussi des showman. Voilà, les DJ essaient d’avoir plusieurs casquettes.

Mediaphore : Vous êtes producteur, beatmaker, DJ, quelles sont vos autres ambitions dans le monde de la musique ?

Dj Ken : Je ne compte pas m’arrêter là ! Cet album, c’est une première étape. J’espère aller encore plus loin et gravir les échelons. Même si en toute modestie, je pense en avoir fait beaucoup dans la musique antillaise et caribéenne. Je suis l’un des seuls compositeurs à avoir travaillé avec autant d’artistes et produit leurs singles. Maintenant, il faut que j’essaye de faire de même sur le territoire national et pourquoi pas un jour viser les Etats-Unis.

Mediaphore : De plus en plus d’artistes antillais (musiciens, chanteurs, DJ) émergent sur les scènes nationale et internationale, quelle est votre opinion sur le sujet ?

Dj Ken : J’espérais ça depuis tellement longtemps ! Ces artistes le méritent. Ils ont travaillé très dur pour en arriver là. Et je pense que tout travail mérite salaire. Ils ont mérité leur consécration. Honnêtement, je suis très content. Quand je vois Kalash par exemple, je me dis qu’on en a parcouru du chemin. Je me souviens de ces premières prestations. J’avais proposé à un organisateur de soirée en France de le laisser se produire. Il m’avait répondu « Qu’est-ce que je vais faire avec cet artiste, il ne va me ramener personne ». Je lui ai dit d’essayer et il m’a rappelé après tout content et impressionné. Kalash et les autres artistes dans la même veine, ce sont des mecs qui sont partis de rien et qui sont maintenant des stars. C’est vraiment très très bien. Je suis fier de mes collègues.

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