Crédit photo : An sav fè sa

Quatre jeunes Guadeloupéens réunis autour d’une ambition commune : moderniser les transports en Guadeloupe et en Martinique. Alicia Hadjard, Yannick Jotham, Michael Fabri et Florian Houllemare sont à l’origine du projet « An sav fè sa », aujourd’hui en finale du concours #PitchTonInno organisé par la Banque Publique d’Investissement (BpiFrance). Leur concept ? Créer une plateforme de co-voiturage qui propose également une équipe de chauffeurs privés, sur le modèle désormais mondial de Uber.

L’idée naît en 2014, à Londres où Yannick Jotham effectue son stage de fin d’études. Au départ, il souhaite créer une plateforme de services entre particuliers, sur le modèle du site People Per Hour. Mais le projet évolue rapidement. « L’étude de marché nous a permis de nous rendre compte que les gens avaient surtout besoin d’un seul service : le transport. C’est ce qui revenait le plus souvent quand on leur posait la question, c’était ça le manque », nous explique Alicia. En décembre 2015, l’équipe décide alors de se concentrer uniquement sur ce secteur et tout s’accélère.

« An sav fè sa se base vraiment sur le principe d’une application en ligne. Nous voulons essayer de faire des transports aux Antilles quelque chose d’accessible, ce qui est assez normal finalement. Pour ça, nous nous sommes appuyés sur les solutions qui existent déjà en métropole, à savoir les nouvelles technologies, et on s’est dit qu’on allait l’appliquer aux Antilles, mais en se focalisant sur le concept de la communauté. » En découle un système hybride alliant une plateforme de co-voiturage, avec une option « Girls Only » pour les femmes qui préfèrent voyager entre elles, et une plateforme de chauffeurs privés plus axée vers les touristes et les demandes nécessitant un standing particulier.

Si le co-voiturage s’apparente davantage à un système d’entraide, le service de chauffeurs privés nécessite lui la présence de professionnels du secteur. Et contrairement aux apparences, la Guadeloupe et la Martinique n’en manquent pas, comme l’ont constaté les jeunes entrepreneurs lors de leur étude de marché. Mais l’absence de communication entre les VTC et leurs potentiels clients met la profession en péril. « Nous avons contacté quelques chauffeurs, en leur proposant de se fédérer. Ils se sont montrés intéressés, développe Alicia. Ils ont tout à gagner en se modernisant et en se standardisant. Ça leur permettrait d’avoir plus de visibilité et donc plus de clients, et ce serait bénéfique pour tous. »

Bénéfique pour tous…à condition que le prix suive. L’équipe envisage pour l’instant de se positionner sur les prix du marché, tout en restant accessible : « Le chauffeur privé, c’est évidemment une gamme au-dessus. Mais si on ne veut pas prendre de VTC tous les jours, il y a le co-voiturage. De cette manière, nous sommes accessibles à tous. » 

Un projet qui fait l’unanimité

En quelques mois, le projet An sav fè sa a rapidement pris de l’ampleur. Et plus particulièrement depuis le 5 mai dernier, où l’équipe s’est décidée à participer au concours #PitchTonInno de la BpiFrance. En un week-end, leur vidéo de présentation obtient plus de 1 000 « likes » sur les réseaux sociaux. « Nous avons eu de très bonnes réactions, beaucoup de soutiens, de personnes qui se sont manifestées parce qu’ils aimaient le projet et voulaient que ça aboutisse. On s’est sentis portés, poussés, confortés dans l’idée que c’était un besoin », confie Michael. 

Leur projet séduit également le jury du concours, qui le sélectionne parmi une centaine d’autres pour accéder à la finale du 25 mai. « C’était une bonne surprise, parce qu’on voyait des vidéos qui avaient plus de 80 000 likes. Mais la BPI a estimé que notre projet méritait d’être sélectionné. On ne s’y attendait vraiment pas, » se souvient Yannick. « En plus, on se disait que c’était la BPI France, que notre projet Guadeloupe/Martinique n’allait pas forcément les intéresser, qu’ils n’allaient pas le trouver innovant. Et finalement, c’est ce qui a fait notre force. »

« Lors de l’entretien pour la finale, les jurys en ont conclu qu’il y avait un réel besoin. C’était évident même pour eux, alors qu’ils ne connaissent pas forcément le terrain. Je pense que le fait qu’il y ait un vrai besoin et que ce soit un marché vierge sur lequel on arrive avec un projet déjà prêt les a séduit. C’est peut-être ce qui a fait la différence avec les autres candidats. On a tout à faire », précise Michael. À la clé, une subvention pouvant couvrir jusqu’à 70% des dépenses, pour un montant maximum de 30 000 euros.

Quelque soit l’issue du concours, l’équipe de An sav fè sa mettra tout en oeuvre pour concrétiser son projet pour le mois d’août 2016. Bénéficiant de la renommée de la BPI, les quatre jeunes entrepreneurs envisagent en effet de lancer une campagne de crowdfunding, en plus des aides éventuelles des pouvoirs publics.

« Il y a en métropole énormément de choses qui pourraient fonctionner aux Antilles et qui ne sont pas possibles à cause des pressions exercées par certains. Un service comme le nôtre, effectivement on sait que ça existe et que ça fonctionne partout dans le monde, alors pourquoi pas aux Antilles? » interroge Florian. « Les gens ont tendance à attendre, à se dire que si ça existe en France métropolitaine, ça arrivera peut-être dans dix ans sur les îles. Mais c’est à nous d’emmener ce projet, de l’adapter à un marché qu’on connait, et de faire encore mieux. »

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