Entre 1960 et 1980, de très nombreux Guadeloupéens, Martiniquais et Réunionnais quittèrent leurs îles natales pour la métropole, via le Bureau de Migrations pour les Départements d’Outre-mer (Bumidom). Partis dans l’idée d’atteindre un « eldorado », ils n’ont trouvé sur le territoire métropolitain que déception, tristesse et solitude. Cette histoire est celle de centaines de milliers d’antillais. C’est aussi celle de Loïc Léry, que le réalisateur guadeloupéen Jean-Claude Barny a choisi de raconter dans son dernier film : Le Gang des Antillais.

Arrivé en métropole à l’âge de 13 ans, Loic Léry fait partie de la génération Bumidom. Déçu par les promesses non-tenues du gouvernement Debré, il se lie d’amitié avec trois autres compatriotes, formant ainsi le « gang des Antillais ». Ils s’engagent alors sur le chemin de la délinquance et de la violence, qui conduit Loic Léry à Fleury-Mérogis. Encouragé par Patrick Chamoiseau, alors éducateur de prison, Loic Léry décide de raconter son histoire. Son livre Le Gang des Antillais paraît en 1986.

« J’étais en train d’écrire Nèg Maron en Guadeloupe, quand j’ai reçu un coup de fil de la Martinique. C’était Olivier Laouchez et Kenzy du groupe Secteur A. Ils m’ont dit qu’ils avaient un projet sur lequel ils voulaient travailler, un livre magnifique que j’allais aimer. J’ai pris l’avion, je suis parti en Martinique et ils m’ont filé le livre. J’en suis tombé amoureux. » C’est ainsi que Jean-Claude Barny fait la rencontre de Gang des Antillais. L’idée lui plait mais les années passent, le réalisateur se lance dans de nouvelles aventures, et Gang des Antillais reste au stade de projet. Jusqu’en 2010, où Jean-Claude Barny, à la recherche d’un nouveau long-métrage, contacte Loïc Léry. 

Je suis tombé amoureux du livre.

Cette fois, tout se met en marche naturellement. Jean-Claude Barny, qui vient tout juste de terminer le téléfilm Rose et le Soldat, embarque toute son équipe dans cette nouvelle aventure avec parmi eux Zita Hanrot, récompensée aux Césars 2016. Cette fois, elle sera Linda, la petite amie du héros Jimmy Larivière (joué par Djédjé Apali ). Un rôle fort, qui permet à Jean-Claude Barny de rendre hommage à toutes celles qui ont du abandonner leurs rêves et leurs passions pour « faire bouillir la marmite », littéralement. « Ma mère a du faire taire ses envies d’artistes pour que moi, je puisse vivre les miennes. C’est un hommage que je lui rends », nous explique le réalisateur. 

À l’écran donc, Djédjé Apali, Eriq Ebouaney, Adama Niane, Vincent Vermignon, Zita Hanrot, Jocelyne Beroard et bien d’autres. La « particularité » du casting? Quatre acteurs noirs dans les rôles principaux. Un fait qui n’est pas passé inaperçu, comme le précise Sébastien Onomo, producteur du film. « Certains partenaires ne nous ont pas accompagnés parce qu’ils me disaient que produire un film avec quatre noirs dans les rôles principaux, c’était peu commun en France. Ils ne voyaient pas trop le potentiel. Mais j’étais convaincu de l’inverse. »

Crédit : Mediaphore
Crédit : Mediaphore

Un film « authentique » et « sincère »

La toile de fond du film, son « point de départ », comme le précise le réalisateur, c’est bien évidemment le Bumidom. « Dès le générique, on dépose le débat historique. Qu’est ce que le Bumidom, qu’est-ce que ça a voulu apporter, quelles ont été les promesses non tenues ? C’est le lien continu qui va pousser les quatre à la révolte », insiste-t-il. Pour lui, comme pour Loïc Léry qui a participé à toutes les étapes du film, de l’écriture du scénario à la post-production, il était primordial d’offrir une vision la plus réaliste possible. « Nous ne voulions pas que les gens qui regardent le film se disent « Oui bon, mais c’est romancé ». Il n’y a pas de romance. C’est la vérité, c’est la vérité de Loïc, c’est la mienne, c’est la tienne. Et j’espère que notre vérité sera reconnue et universalisée. »

Après Nèg Maron, Rose et le Soldat ou encore, Tropiques Amers, Jean-Claude Barny trouve donc une nouvelle fois l’occasion de faire revivre un aspect méconnu de l’histoire antillaise. « Ce qui me plait, c’est de revisiter l’histoire, mais en essayant d’inclure la nouvelle génération. Quand je fais des films, je pense à mes enfants et à ce qu’ils n’ont pas eu dans leur apprentissage pour mieux se connaître. Moi, j’en ai souffert », témoigne-t-il. « Aujourd’hui, ce genre d’oeuvre autobiographique permet de faire une belle passerelle entre l’ancienne et la nouvelle génération. On est juste au milieu, et on peut encore raconter ces histoires-là. Si ça se trouve, d’ici quelques années, on ne pourra plus. Donc autant les raconter le plus honnêtement possible. C’est notre point de vue sur notre histoire. »

Une dimension historique qui a également séduit Sébastien Onomo, mais pas seulement. « Cette histoire nous offrait la perspective d’un film avec des personnages qui transposent des valeurs et des rêves qui sont propres à tout un chacun. Cela donnait une force au projet qui me laissait penser qu’on aurait là, la promesse d’un film qui parlerait à la fois aux antillais mais aussi à plus de personnes. Parce que c’est un film qui parle de valeurs humaines et de rêves que chacun peut avoir, lorsqu’on débarque dans une ville où l’on ne connait personne« .

Authenticité, universalité et résistance sont donc les maîtres-mots du film « Le Gang des Antillais ». Après plus de cinq ans de travail, le film devrait sortir en salles à l’automne 2016 avec, on l’espère, le succès qu’ont connu les précédents travaux de ce réalisateur définitivement engagé.

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