Il y a des records et des podiums dont on se passerait volontiers. La Martinique est bien placée pour le savoir, elle qui détient le record du nombre d’hommes atteints du cancer de la prostate. Qu’est ce qui peut bien expliquer cette statistique glaçante ? Une hypothèse semble sortir du lot…

A l’heure où le débat autour du chlordécone fait rage au sein des Antilles françaises, un chiffre nous interpelle : 227,2. Vous vous demandez sûrement à quoi correspond cette donnée…Elle représente le nombre de cas de cancer de la prostate relevés en Martinique pour 100 000 hommes.

La Martinique détient de ce fait, le taux d’incidence annuel (standardisé monde) de cancer de la prostate le plus élevé au monde devant la Norvège et la France selon les dernières statistiques établies par le World Cancer Research Fund International.

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Source : World Cancer Research Fund International

En analysant le tableau ci-dessous, on réalise que l’écart entre le 1er, la Martinique et le second du classement, la Norvège est impressionnant, soit pratiquement 100 cas de plus sur l’île aux fleurs qu’en Norvège. Ce qu’il y a de plus surprenant dans ce top 20 mondial, c’est la présence en force de la France d’outre-mer avec en 1ère position, la Martinique, 8ème, la Nouvelle-Calédonie, 9ème, la Polynésie française et 13ème, la Guadeloupe. Tous franchissent la barre des 100 cas pour 100 000.

Plus inquiétant encore, les taux d’incidence, de mortalité et de prévalence partielle à 5 ans. Comme l’indique le tableau ci-dessous, le taux d’incidence du cancer de la prostate en Martinique dépasse les 200 pour 100 000 et devance très largement les autres cancers détectés sur l’île : (cliquez sur l’image pour l’agrandir)

Source : World Cancer Research Fund International

Source : World Cancer Research Fund International

Classé par types de cancers, les chiffres sont une fois de plus déroutants : (cliquez sur l’image pour l’agrandir)

Source : World Cancer Research Fund International

Source : World Cancer Research Fund International

Le chlordécone, suspect numéro un

Selon des médecins et spécialistes, l’origine de cette triste 1ère place mondiale serait dû au chlordécone insecticide qui, depuis le début des années 80, était utilisé en France exclusivement contre le charançon du bananier. Interdit en France en 1990, grâce aux dérogations successives obtenues par les producteurs de banane et par les parlementaires, il n’a été effectivement interdit qu’en 1993 dans les Antilles françaises (en Guadeloupe et Martinique).

Des années plus tard, le Centre international de recherche sur le cancer à classer le chlordécone comme « cancérogène possible » pour l’homme. Une étude de l’INSERM et du CHU de Pointe-à-Pitre établit un lien entre l’exposition à la molécule et le risque de cancer de la prostate.

Une élévation significative du risque de cancer de la prostate a également été récemment trouvée chez les hommes (de Guadeloupe, Martinique, Haïti et Dominique) ayant été, selon des analyses de sang faites entre 2004 et 2007, très exposés au chlordécone ; ceux ayant le taux sanguin le plus élevé avaient un risque plus de 2,5 fois plus élevé que les moins exposés.

Une tendance qui se vérifie en comparant les relevés effectués par l’Institut National du Cancer pour la Martinique sur la période 2001-2005. Le taux d’incidence annuel (standardisé monde) est passé de 137,0 pour 100 000 en 2000 à 177,0 pour 100 000 en 2005. 7 ans plus tard, soit en 2012, le World Cancer Research Fund International publie un taux d’incidence annuel (standardisé monde) de 227,2 pour 100 000.

Une progression inquiétante qui suscite l’intérêt de la presse internationale

En novembre 2015, Shannon Sims, une journaliste américaine basée au Brésil a soulevé une problématique dans un article publié sur OZY : « Qu’est ce qui est en train d’empoisonner les hommes en Martinique ? ». Preuve que cette première place mondiale suscite l’interrogation et intrigue. Dans son analyse, la journaliste explique que si la prévalence au cancer de la prostate était propre aux français, ce taux serait sensiblement égal sur l’ensemble de la France, cependant ce n’est pas le cas.

Dans son article, elle s’appuie notamment sur des recherches effectuées ces dernières années sur les bananes et pour elle, le lien entre le pesticide utilisé dans les plantations de bananes et le taux de cancer de la prostate paraît évident. La présence de ce pesticide expliquerait également le taux de prévalence élevé de cancer du sein en Martinique. Le cancer le plus fréquent chez les femmes sur l’île, selon le World Cancer Research Fund International.

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