Au réveil, tout ce dont j’entends parler c’est le Garba : le petit déjeuner local. Selon les dires, ce serait de la « malbouffe ».  Un morceau de thon salé frit, et de l’attieke (couscous de manioc) enveloppés dans une feuille de bananes et agrémenté d’une sauce à base de tomates et oignons fraichement coupés.

Pas de gluten, pas de sucres ajoutés ou de produits laitier, nutritifs. Pour moi, c’est loin d’être de la malbouffe. En savourant ce plat avec mes doigts, suite à un tutoriel plein de fous rires, je pense au « didiko » guadeloupéen et « trempage » martiniquais, qui eux aussi, ont tendance à disparaître.

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Ma mission du jour : me faire coiffer. Quel meilleur moyen de s’imprégner de la culture locale que de se rendre dans un lieu où aucun sujet de conversation n’est tabou : politique, relations amoureuses, enfants, sexe…

Aujourd’hui, j’opte pour des tresses. Après négociations et achat de mèches à la volée, je m’assieds dans l’idée que j’y serais pour les 4 voire 8 prochaines heures. Mais loin de là ! Ma coiffeuse principale s’écrit : « bon venez tirer les mèches ici là ! » et une armada de femmes, adolescentes, enceintes ou qui semblent elles-mêmes être venues se faire coiffer s’accaparent d’un paquet de mèches et commence à les séparer.

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6 femmes au total. Sur les écrans, des télénovelas qui tournent à fond. Je souris lorsqu’elles retiennent leur souffle et arrêtent subitement de tresser ou crient sur la télé. Où que tu sois dans le monde, les salons afros, sont les mêmes. Elles me tressent toutes en même temps. Au final en 90 minutes je suis arrosée de compliments et tressées comme jamais ! Un vrai travail d’équipe !

L’heure du dîner approche. On part pour le quartier de Treichville, lieu de naissance de Pierrot, mais aussi l’endroit parfait où goûter la soupe du pécheur de chez Agnès. Le quartier est sombre, les rues étroites jonchées d’ordures, de haute piles de gravas, des enfants qui courent partout. Les habitants du quartier, assis sur des chaises en plastiques sur les trottoirs bavardent, s’affairent ou somnolent. Les « maquis » petites buvettes locales,  sont à tous les coins de rue et la musique y joue à plein volume, mais personne ne danse.

On arrive au « coin » et un jeune homme court vers la voiture et nous dit où nous garer, il surveillera notre voiture et on lui donnera un « billet ». C’est un quartier très populaire, l’équivalent de la rue Vatable à Pointe-à-Pitre ou d’une ruelle fréquentée du quartier des Terres Sainville à Fort de France.

Sur l’étalage en pleine rue d’Agnès, des écrevisses, d’énormes capitaines, des crabes de mer et des… escargots ! Pas les petits escargots européens, mais nos achatines locales. Gros, marrons et vivants.

Nous sommes cinq mais Karine commande un capitaine braisé et une soupe ce qui m’étonne mais elle dit que ça suffira.

Notre cuisinière s’affaire. La cuisine est faite sur le trottoir. Le poisson, pêché du matin, est nettoyé devant nous dans une bassine. Notre cuisinière allume le charbon et la marmite est placée dessus. Les épices sont pilées dans un mortier et cette soupe est cuite en direct devant moi. Arrivée sur la table, elle est servie dans un « talier » et épicée au point de s’enrhumer.

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Un délice tellement irrésistible que je mange au delà de mes capacités stomacales. On mange sans façon, les carcasses de fruits de mer sur la table. La moitié du plat sera jetée.

Un petit garçon de 8 ans à peine, très entrepreneurial, passe de table en table et vends des mouchoirs en papier pour 500 francs CFA. Il est 23h45 et la sauce nous coule sur les coudes. Il a identifié un besoin, on lui en achète. Une femme, bébé attaché au dos, lourd panier sur la tête, nous propose des « tapettes » en cuir, il est 00h45 et son bébé somnole. Pendant tout notre service, la préposée au nettoyage courbe l’échine, lave et rince la vaisselle dans trois bassines d’eau différentes. On quitte le restaurant vers 1h30 du matin, elle balaie les écailles de poisson et notre addition est payée : 20 euros pour cinq, boissons inclues.

Du salon de coiffure, au maquis d’Agnès, Abidjan m’apprends beaucoup sur le travail acharné et les affaires. Je n’ai pas vu de pauvreté ou de tristesse. J’ai vu de la cohésion, du partage, de la résilience, du dur labeur, de la candeur et de l’opportunisme positif. Je suis motivée !

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