L’averse survenue le 26 novembre 1970 dans la région des Grands Fonds en Guadeloupe présente des intensités de courte durée exceptionnellement élevées selon une étude menée par le Maître de recherches, Jean-Claude Klein (Service Hydrologique de l’O.R.S.T.O.M). Les données calculées offriraient à la Guadeloupe, le record du monde de l’intensité de pluie déversée en 1 minute (38 mm).

Les enregistrements fournis par les appareils en place permettent d’analyser le phénomène avec précision et de le classer parmi les plus fortes valeurs mondiales connues.

Pour mieux comprendre ce record plutôt étonnant, il faut remonter à la fin des années 60. Comme l’explique le chercheur Jean-Claude Klein dans son étude, un dispositif d’observation des crues dans la région de Pointe-à-Pitre a été mis en place en 1968 et 1969 avec l’aide de la Direction Départementale de l’Equipement qui a notamment fourni les appareils. II comporte deux limnigraphes à l’issue d’un bassin de 15,9 km2 (Grande-Ravine) à écoulement nord-sud débouchant dans la zone d’inondation de Belle-Plaine et d’un bassin de 17,8 km2 (Petit-Pérou) étiré dans le sens est-ouest, qui inondait fréquemment la zone basse du Raizet avant la construction début 1968 d’un petit barrage de régularisation.

Un pluviographe équipe chaque bassin (postes de Port-Blanc et Barot). Celui du bassin du Petit-Pérou est installé dans la partie amont (Barot) afin de tenir compte de la présence, quelque 1,8 km à l’aval de l’exutoire, du pluviographe de la station officielle du Service météorologique (Pointe-à-Pitre – Le Raizet). Il a été ouvert en outre fin 1969 en tête du bassin du Petit-Pérou, un bassin secondaire de 5,0 km” comportant un limnigraphe (Bouliqui) et un pluviographe (Masselas), qui doit faciliter l’analyse sommaire des écoulements qui affectent épisodiquement cette vaste zone si particulière, mamelonnée, calcaire et karstique qui s’étend à l’est de Pointe-à-Pitre et constitue les Grands-Fonds.

C’est ce dispositif qui a permis d’observer le 26 novembre 1970 une averse violente, ou « grain » tout à fait exceptionnelle par son intensité de pointe. Cette averse s’est produite en fin de matinée après plusieurs jours secs (du 20 au 25 novembre on note simplement une pluie nocturne de 12,5 mm le 24 à Port-Blanc ; à Barot par contre il n’y a eu qu’une pluie de 0,5 mm le 25 au matin). La totalité de l’averse a duré une heure à peine (en gros de 11 h à 12 h). Il a fait beau l’après-midi puis le ciel s’est recouvert avant l’apparition d’un petit grain isolé et assez intense de 18 h à 19 h. L’averse de la fin de la matinée a atteint 55,5 mm à Port-Blanc, 75 mm à Barot et 49,5 mm à Massclas. Au Raizet elle n’a été que de 29 mm.

Dans l’ensemble elle n’a guère retenu l’attention à cause de sa brièveté. Les personnes interrogées ont toutefois mentionné le déluge et le fracas des gouttes sur les toits de tôle, ce qui laisse supposer de très grosses gouttes de pluie, ainsi que l’écoulement spectaculaire qui recouvrait en nappe le sol même sur de fortes pentes. C’est à la soudaineté de cette précipitation qu’il faut rapporter l’accident mortel qui s’est produit plus à l’est, au gué de la route reliant Boisvin à Caillebot, au sud du Moule, où une riveraine a été emportée par une petite ravine, accident qu’on n’a guère songé à mettre en relation avec une montée limitée mais sans doute excessivement brutale de la ravine.

Intensités maximales en 1 minute

Dans cette étude, Jean-Claude Klein rappelle que c’est la quantité d’eau recueillie en un intervalle de temps très court  de l’ordre de la minute, qui constitue la vraie singularité de la précipitation du 26 novembre 1970. Et les valeurs élevées en 5 minutes et 15 minutes ne sont que la conséquence de ce très court paroxysme pluviométrique.

Selon le chercheur, les précautions ont été prises pour éviter de surestimer chacune des valeurs d’intensités dégagées en amont. Et ces dernières représentent certainement des valeurs légèrement par défaut pour les durées de 5 minutes et plus. Pour une durée d’une minute, il insiste dessus, l’imprécision inévitable sur la largeur de l’intervalle ne donne aux chiffres correspondants qu’une valeur relative. « Mais n’en est-il pas un peu de même pour les records mondiaux que nous allons citer ? ». Les plus extraordinaires précipitations enregistrées en des intervalles de temps très brefs sont à notre connaissance les suivantes (*):

  • 31 mm en 1 minute le 4 juillet 1956 à Unionville, U.S.A., Maryland.
  • 26,l mm en 1 minute le 5 avril 1926 à Opids Camp, U.S.A., Californie.
  • 62,5 mm en 3 minutes le 29 novembre 1911 à Porto-Bella, Etat de Panama. 20 mm en 3 minutes le 20 mars 1897 à Buffalo, U.S.A., New York.
  • 31,5 mm en 5 minutes le 18 juin 1911 à Augusta, U.S.A., Géorgie.

Comparée à ces chiffres la précipitation du 26 novembre 1970, au point le plus arrosé (Barot), et considérée sur une durée de 5 minutes, semblerait n’avoir été atteinte OU dépassée de façon certaine qu’en trois occasions (Porto-Bella, 1911; Saint-Louis, 1848; Guinea, 1906).

Source : J-C Klein - Service Hydrologique de l’O.R.S.T.O.M
Source : J-C Klein – Service Hydrologique de l’O.R.S.T.O.M

En 1 minute, elle pourrait constituer la plus forte valeur mondiale connue, à moins que des données récentes, dont nous n’ayant pas connaissance, viennent infirmer cette forte présomption.

En conclusion, on peut faire remarquer que même si l’intensité instantanée (1 minute) recueillie à la Guadeloupe, est à ce jour la plus forte, ou tout au moins l’une des plus fortes valeurs connues au monde, cela ne signifie pas avec certitude qu’elle soit extraordinairement rare. Cette valeur est exceptionnelle bien sûr, mais ne peut-il pas s’en produire d’analogues ici et là, plus fréquemment qu’on ne l’imagine, sous ce type de climats?

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