Crédits photo : HappyMan Photography

21 Août 2015, 21h14 :

Je reçois un mail intriguant. Une requête à la fois passionnante mais sonnant comme quelque peu désespérée.

Elle s’appelle Denise, originaire de Dallas, dans l’état du Texas aux Etats-Unis et veut ABSOLUMENT visiter la Guadeloupe ! La première question qui me vient en tête est : « pourquoi ? », la deuxième : « pourquoi moi ? ».  Cette question deviendra quasi-automatique à chacune de nos rencontres durant son séjour en Guadeloupe. Mais après tout, pourquoi pas ? Ne serait-ce pas tout simplement le résultat d’un travail de longue haleine réalisé par les institutions touristiques de Guadeloupe pour attirer les touristes américains ?

Denise est aux Etats-Unis mais a en sa possession une liste précise d’activités qu’elle aimerait réaliser durant son séjour. Elle désire entre autres, effectuer une visite culturelle de la Guadeloupe et souhaite plus particulièrement découvrir l’histoire du Chevalier de Saint-George. Son souhait ? Initier une coopération entre la Guadeloupe et le Ghana à travers un projet scolaire sur lequel elle travaille (Source BBC).

De manière générale, elle est plutôt curieuse notamment en ce qui concerne la singularité culinaire des Antilles. Elle aimerait effectuer ce pèlerinage au plus vite tout en évitant les lieux trop touristiques avec un réel désir d’immersion dans la culture populaire de l’île.

Après six semaines de recherches intensives sur Internet, il semblerait qu’elle n’ai pu trouver une prestation tout compris…en anglais. Ses recherches sur le Chevalier de Saint-Georges, un éminent musicien et escrimeur guadeloupéen se sont également avérées infructueuses. Finalement, ses recherches sur la Guadeloupe l’ont mené vers mon ouvrage « Creole Kitchen« , puis vers moi.

J’accepte sa proposition inédite mais avec une certaine réticence. Je ne suis pas en effet une professionnelle du tourisme et malgré mes recherches, je n’ai effectivement trouvé personne à lui recommander.

Le 4 décembre, elle arrive en compagnie d’une amie sur le premier vol commercial de la Norwegian Airlines en provenance de New-York City vers Pointe-à-Pitre.

Denise annonce les prémices d’une vague de nouveaux touristes en provenance des Etat-Unis qui afflueront progressivement vers nos îles. Ils sont nombreux à vouloir découvrir notre singularité culturelle, notre histoire, notre cuisine et surtout notre « Mémorial ACTe » qui semble intéresser de nombreux afro-américains. En même temps, nos îles le valent bien !

« Fascinant », « merveilleux » « à couper le souffle », quelques-uns des termes qu’elles utilisent alors qu’elles vivent cette expérience unique qui selon elles, les marqueront à vie.

Une semaine riche en découverte d’activités que moi-même j’ignorais sur ma terre natale.

Nous foulons la terre qui a vu grandir un des plus grand virtuose au monde, tournons les pages du code noir au Memorial ACTe, apprenons les différents rythmes du Gwo-ka au son du marqueur et bien d’autres choses encore!

Alors que leur vol s’apprête à décoller la seule question que j’ai en tête est « comment systématiquement reproduire cette expérience extraordinaire pour chacun de nos visiteurs en provenance des Etats-Unis » ?

La réponse est simple : nous avons tout ce qu’il faut. Des passionnés, des guides, des jeunes professionnels formés au tourisme,  des chefs d’entreprise à la recherche de nouvelle clientèles, des cuisiniers exceptionnels. Nous avons les têtes pensantes, les ressources, les réseaux au niveau local afin de répondre aux besoins et requêtes les plus farfelues. Un tourisme culinaire, culturel, un tourisme d’expérience.

L’enjeu réside toutefois dans la visibilité, l’accessibilité et l’optimisation à l’attention d’un public bien ciblé qui se veut différent des touristes classiques européens. Ces touristes « un peu à part » affluent vers chez nous grâce à un travail de fond réalisé à travers la promotion des destinations antillaises. Mais en clair, l’enjeu primordial est de conserver, fidéliser, faire revenir et s’étendre au delà des sentiers battus et des petites victoires. Et ce, au-delà du contingent plus ou moins confortable et majoritairement francophone qui compose le tourisme actuel aux Antilles.

Quelques enjeux à prendre en considération suite à la visite de Denise

La langue : c’est connu, les anglophones ne font aucun effort à s’exprimer dans d’autres langues. L’enjeu pour nous est de pouvoir leur expliquer ce qu’est une groseille sur le marché, un court-bouillon de poisson au restaurant ou ce qu’est le rhum agricole. Si nous ne sommes pas en capacité de partager autour de choses qui nous rendent unique, l’expérience est incomplète voire inutile.

Se déplacer : détail trivial mais Denise et son amie étaient extrêmement impressionnées par notre capacité à conduire une voiture possédant une boîte de vitesse manuelle surtout sur les hauteurs de l’île. Les américains conduisent des véhicules équipés de boîtes de vitesses automatiques et le contingent locatif de voitures à l’échelle local se doit de prendre en considération ce « détail, afin de servir au mieux cette nouvelle vague de touristes.

Spécialistes visibles : Des experts des rivières et randonnées, des spécialistes de la faune et de la flore locale, des passionnés d’art et de musique, des historiens, propriétaires de gîtes, des artisans qui sont les drapeaux et dignes représentant de notre exception sur le bassin caribéen. Qu’ils se fassent connaître et offre des modalités de réservation de leurs activités faciles pour ces nouveaux touristes. Les réservations par chèque par exemple ne sont pas adaptées à ce public non Français…

Une collision de cultures : en écoutant la radio, Denise et son amie s’extasiaient sur le fait que notre univers musical est éclectique et semble se mélanger de manière homogène: salsa, compas, zouk, afrobeat, dancehall, reggae, variété française, hip hop, soca ou encore, pop anglaise. Dans la cuisine locale, les influences diverses les intriguent et elles comprennent que cette diversité a finalement crée une culture harmonieuse, un métissage, qu’est intrinsèquement la culture créole et qui intrigue, intéresse plus d’un. Mettons cela en avant, c’est notre force.

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4 Commentaires

  1. […] On ne s’en rend pas toujours compte mais les îles de la Caraïbe y compris, la Guadeloupe et la Martinique sont considérées à l’image des Maldives, des Seychelles ou encore, les Bahamas comme des destinations paradisiaques. Cependant, à la différence des îles anglophones située dans la Caraïbe, un travail considérable reste à abattre en Guadeloupe et en Martinique comme expliqué à travers notre récent « Carnet de voyages« . […]

  2. On ne peut pas être plus dans le vrai. J’habite aux US et suis revenu passer une semaine en juillet 2015 en Martinique. J’ai demandé à 2 agences de location de voitures si elles étaient préparées à l’affluence américaine à venir. Réponse: « Bien évidemment! Nous avons 5% de voitures automatiques ». Autant dire qu’ils n’ont rien encore compris et que nous aurons des désillusions…

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