Sa voix, sa plume et sa présence sur scène en ont rapidement fait une valeur incontournable de la musique reggae/dancehall aux Antilles. En quelques années, Young Chang MC de son vrai nom Yoni Sama, est d’abord passé de l’ombre à la lumière avant d’y retourner. Après avoir occupé les premières places des classements musicaux, son nom occupe désormais la rubrique des faits-divers. Retour sur une carrière prometteuse, brisée un soir de Septembre 2013…

Il est bien loin le temps où les scènes guadeloupéennes étaient le théâtre des prestations énergiques d’un jeune chanteur au flow bien aiguisé, aux lyrics bien maîtrisés et à l’énergie débordante. Son nom : Young Chang MC. En peu de temps, le gamin d’Anse-Bertrand (commune située dans le nord de la Grande-Terre en Guadeloupe) et ses acolytes de Genesiz, un groupe dont il faisait partie à l’époque ainsi qu’une autre valeur montante du reggae/dancehall, Saïk, déferlent sur les scènes locales et régionales.

Un peu avant la fin des années 2010, depuis leur bastion Mortenol à Pointe-à-Pitre où les hits seront fabriqués à la chaîne, les jeunes chanteurs montent, progressent et quittent logiquement la scène underground pour leurs premières apparitions en télé et premières collaborations avec des artistes déjà installés sur la scène locale. Viennent ensuite, les premiers albums, premiers clips en haute définition et les premières prestations hors des bases locales, véritable consécration lorsqu’on vient de la scène underground. Young Chang MC de son côté continue de distiller les titres dont certains deviendront des millésimes, dépassant logiquement le million de vues sur Youtube.

La chanson comme exutoire, l’humour aussi

Il n’y a pas que sur scène que Young Chang MC excelle. Devant la caméra en toute simplicité, le jeune démontre sa capacité à enchaîner les jeux de mots, à faire rire et maîtrise l’art de l’auto-dérision. Pour preuve les dizaines de vidéos « le lyrics de la semaine », qu’il tournera depuis…sa chambre ! Lieu où il partagera et testera avec ses fans, des titres inédits. Un concept qui fonctionne et qui lui profère auprès des jeunes de sa génération, un statut d’exemple à suivre par sa détermination et ses conseils.

Les années passent, le chanteur ansois poursuit son petit bonhomme de chemin, enchaîne les titres et clips à succès mais également les collaborations flatteuses : Admiral T, Riddla, Esy Kennenga, Saïk, Talina, le guyanais Lesnah entre autres, jusqu’au rappeur Kery James. Une période faste qui fait de lui un des tous meilleurs chanteurs reggae/dancehall.

La lumière de la scène puis…l’ombre

En pleine ascension, difficile d’imaginer un revers dans une carrière si bien lancée. Et pourtant ! L’un des pires scénarios possible dans la carrière d’un artiste trouve comme protagoniste, Young Chang MC. A l’époque (Octobre 2013), c’est le quotidien L’Est Républicain qui dévoile au grand jour une affaire glaçante et l’incarcération de Young Chang MC. Une nouvelle aussitôt reprise par la presse nationale puis locale et qui se répand comme une trainée de poudre de Nancy, à Paris pour arriver jusqu’aux Antilles-Guyane et dans les Outre-mer.

Dans cet article de L’Est Républicain, on découvre un personnage sombre mis en examen pour torture, tentative d’extorsion de fonds et tentative de meurtre, sur fond de trafic de drogue. La drogue qui serait selon l’enquête en cours, le point de départ d’une affaire qui donne froid dans le dos. Ainsi, un soir de septembre 2013, le chanteur de dancehall et deux acolytes auraient pris part à ce que la presse nationale qualifiera plus tard « d’expédition punitive ».

Cette nuit du 29 Septembre 2013, de nombreux faits d’une extrême gravité auraient été commis par le trio en provenance de Paris. L’Est Républicain est récemment revenu sur les détails de cette soirée : « Young Chang MC et son copain costaud ont infligé une terrifiante séance de torture dans la salle de bain à l’organisateur de spectacles […] Il a été attaché et étendu à plat ventre. Ses fesses ont été brûlées avec une lame de couteau chauffée à blanc. Il a pris un déluge de coups de poings et de pieds mais aussi de coups de casserole et de crosse de fusil. De l’huile chaude a été versée sur ses parties génitales. Des incisions ont été pratiquées sur ses cuisses et ses fesses avec un couteau. Une de ses oreilles a été entaillée. Il a été sodomisé avec une cuillère. Et, enfin, du poivre et du vinaigre a été répandu sur ses blessures. »

Ajoutés à cela d’autres faits condamnables qui ont abouti sur l’interpellation mi-octobre 2013 à Paris, des trois auteurs des faits dont Young Chang MC. S’en suit une mise en examen puis l’incarcération et des charges lourdes qui pèsent notamment sur le chanteur comme l’explique le quotidien lorrain dans un papier datant du 23 novembre 2015 : « Il est en effet en prison depuis deux ans et une juge d’instruction de Nancy vient de le renvoyer, il y a quelques jours, devant la cour d’assises pour 14 crimes et délits. Dont des actes de torture et de barbarie et une tentative de meurtre. »

La musique, toujours présente et des fans dans l’attente

Une terrible descente aux enfers pour Young Chang MC, un jeune homme qui avant de plonger dans l’univers carcéral avait réussi là, où nombreux ont échoué. Young Chang MC, un diamant brut issu du milieu underground guadeloupéen, façonné au fil des années pour ensuite briller et être adulé par des milliers de fans en Guadeloupe comme ailleurs.

Des fans au soutien indéfectible. Ils sont des milliers encore aujourd’hui, à le soutenir via son profil Facebook, toujours actif. En effet, les publications du chanteur sur son profil se poursuivent entre titres, messages, photos, à croire que l’univers carcéral ne freine pas l’inspiration. Il suffit d’observer le nombre important de « J’aime » et de lire les commentaires et messages de soutien de fans pour constater leur frustration et leur envie d’un retour rapide du chanteur sur scène. Certains fans vont jusqu’à qualifier cette incarcération d’injuste et d’anormale.

Preuve d’un amour sans limites de fans qui, à les lire, feraient presque abstraction de cette nuit dramatique de Septembre 2013 où plusieurs personnes ont connu la peur et l’horreur. Une nuit qui aura coûté cher au chanteur Guadeloupéen.

Après trois ans d’incarcération en France, Young Chang Mc était jugé cette semaine à Nancy, aux côtés des deux autres protagonistes impliqués dans cette affaire d’actes de torture avec en toile de fond, un trafic de cannabis entre les Antilles et la métropole. Après quatre jours de plaidoiries marquées notamment par le témoignage poignant de la victime principale mais aussi par le passage aux aveux des auteurs des faits et les excuses prononcées notamment par Young Chang Mc, « cela a été une belle connerie ! Un beau gâchis ! Je présente mes excuses aux victimes.», le verdict est tombé.

Si l’avocat général avait requis, jeudi soir, 9 ans de prison contre le manager Jean-Marc Coudray, 15 ans contre le « gros bras », Maverick Montout et 18 ans contre le chanteur de reggae-dancehall et de rap antillais, finalement, après 8 heures de délibérations : Young Chang MC est condamné à 11 ans de prison, le second protagoniste à 8 ans et son manager à 6 ans. Un verdict qui met fin à un feuilleton judiciaire qui aura duré plusieurs années.

Articles similaires

2 Commentaires

Laisser un commentaire