Crédits photo : girondins.com

Nous sommes le 8 Juillet 1982…Au stade Ramón Sánchez Pizjuán de Séville en Espagne, la France affronte l’Allemagne en demi-finale de la Coupe du Monde. 93ème minute de jeu : coup-franc excentré tiré par Alain Giresse et repris de volée par Marius Trésor qui marque le second but Français (2-1). La France est désormais en parfaite position pour atteindre la finale du mondial mais c’est sans compter sur la hargne de l’Allemagne qui finit par éliminer la France au terme d’un match épique et sous tension.

33 ans après, la rédaction de Mediaphore a rencontré le guadeloupéen Marius Trésor (65 sélections en Equipe de France de 1971 à 1983), aujourd’hui en charge de la réserve pro des Girondins de Bordeaux et consultant à Girondins TV . Il nous accorde un entretien exclusif à la veille de la rencontre en amical France-Allemagne au Stade de France…

MediaphoreMarius Trésor, Bonjour. Ce vendredi, l’équipe de France reçoit l’Allemagne au stade de France, dans le cadre d’un match amical, avant d’affronter l’Angleterre à Wembley, mardi prochain également en amical. L’Allemagne, une équipe que vous connaissez bien, je fais bien évidemment référence à cette fameuse demi-finale de la Coupe du Monde à Séville en 1982, face à la RFA. 33 ans après, le souvenir de ce 8 juillet est-il toujours intact ?

Marius Trésor : Oui chaque fois que l’on me parle de cette demi-finale, je revois le déroulement de ce match. Je n’en veux pas au gardien allemand pour son attentat contre mon ami Battiston mais à Monsieur Corver, l’arbitre hollandais de la rencontre et surtout à la FIFA qui aurait dû désigner un arbitre d’une nationalité différente car pour se qualifier la France avait éliminer justement la Hollande. Après un arbitrage correct en 1ère mi-temps, il a choisi son camp en 2ème et malheureusement pour nous il n’était pas bleu, à se demander si il n’avait pas reçu des consignes. Donc oui ce mauvais souvenir est toujours intact.

Source : cdusport.com
L’Equipe de France de football à la Coupe du Monde 1982 en Espagne

Mediaphore : La rencontre a été marquée par cette violente agression. Malgré ce coup dur pour la France, vous inscrivez le 2ème but des bleus avant qu’Alain Giresse n’aggrave le score puis…la rencontre tourne littéralement à l’avantage de l’Allemagne qui revient à 3-3 avant de l’emporter aux tirs au buts. Comment la victoire a t-elle pu vous échapper alors que vous meniez 3-1 ?

MT : A cette époque la France était une petite nation sur le plan mondial n’ayant aucune expérience des grandes rencontres sur le plan international et cela nous a joué un vilain tour. A cette époque on ne pouvait mettre sur la feuille de match que 16 noms et dans la composition française comme remplaçants malheureusement il n’y avait que deux milieux de terrain. On perd Genghini très bien remplacé par Battiston mais il y a cette agression du gardien allemand et ensuite c’est Christian Lopez un libéro de métier qui rentre au milieu, c’est comme si on m’avait placé moi au milieu donc déséquilibre et on n’a jamais su résoudre le problème posé par les Allemands.

Mediaphore : 33 ans après, la France et l’Allemagne ont effectué leur petit bonhomme de chemin en remportant chacune différents titres. Aujourd’hui que t’inspire cette Allemagne, championne du monde en titre, qui a ridiculisé la nation du football, le Brésil chez lui lors du dernier mondial et qui paraît (presque) imbattable aujourd’hui ?

MT : Cette formation allemande est toujours une belle machine de guerre qui se prépare avec beaucoup d’application. Ce qui fait la force de cette équipe quand on la regarde jouer, c’est que n’importe quel joueur peut faire la différence, il y a une très belle discipline en son sein. On n’essaie pas de se tirer la couverture à soi, ça joue collectif. Mais cela ne veut pas dire qu’elle est imbattable

« Raphaël Varane est un jeune défenseur talentueux […] Le seul petit bémol, c’est son manque de projection vers l’avant » 

Mediaphore : Vous évoquiez une machine de guerre en parlant de l’Allemagne. L’Equipe de France France affronte la Mannschaft à domicile, pensez-vous que la France soit suffisamment armée notamment défensivement pour résister à l’armada offensive allemande ?

MT : Après le mondial brillamment remporter en 2014, le retour à l’ordinaire a été un peu difficile. Elle a connu quelques petits accros donc je pense sincèrement que l’équipe de France peut épingler cette équipe allemande.

Mediaphore : Justement en parlant de défense, 33 ans après la paire de centraux Trésor/Janvion, un espoir du football fait désormais partie des incontournables en bleu, le martiniquais Raphael Varane. Que vous inspire ce joueur ?

MT : C’est un jeune défenseur talentueux, très calme, rassurant doté d’une très bonne vision de jeu, excellent dans le domaine aérien. Le seul petit bémol ça ne concerne pas que Raphael, c’est le manque de projection vers l’avant pour apporter une supériorité numérique des défenseurs centraux actuellement.

Mediaphore : Pour les deux matchs amicaux à venir, le sélectionneur des bleus Didier Deschamps a fait appel à 3 joueurs d’origine antillaise : Raphael Varane (22 ans, Martinique), Anthony Martial (20 ans, Guadeloupe) et Kingsley Coman (19 ans, Guadeloupe). Pensez-vous que Didier Deschamps ait raison de faire confiance aussi tôt à ces jeunes joueurs ?

MT : Si le sélectionneur les a appelé c’est tout simplement parce qu’ils sont en pleine lumière avec leurs clubs respectifs. Ils peuvent reproduire en équipe de France ce qu’ils font avec leurs clubs, le tout c’est de leur faire confiance. En débutant jeune, on acquière plus vite de l’expérience il me semble.

« On a des éducateurs aux Girondins de Bordeaux, qui tout au long de la saison se déplacent en Guadeloupe ou en Martinique pour voir des matches de jeunes de différentes catégories ».

Cela vous réjouit-il de constater que le vivier de joueurs antillais continue de fournir des talents alors qu’on pensait qu’après les générations Thuram, Wiltord, Malouda, Henry, il n’y aurait pas forcément de relève ?

MT :  Pour moi c’est une grande satisfaction de voir des garçons d’origine antillaise en équipe de France ou tout simplement dans les championnats européens et j’espère que cela va continuer. Une génération s’en va, une autre arrive ainsi devrait aller le sport pour les DOM-TOM.

Mediaphore : Justement la question du manque d’infrastructures de formation, de stages de détections aux Antilles-Guyane revient souvent. Les clubs de Ligue 1 notamment les Girondins de Bordeaux ou encore l’Olympique de Marseille, deux clubs que tu connais bien, ont-ils vraiment un regard sur ce qui se passe dans le monde du football aux Antilles et dans les DOM ?

MT : Je ne peux pas parler pour l’OM car je ne sais pas comment travaille ce club aux Antilles, mais en ce qui concerne les Girondins, que ce soit en Guadeloupe ou en Martinique on a des éducateurs qui tout au long de la saison se déplacent pour voir des matches de jeunes de différentes catégories. Yannick Stopyra, l’ancien international est responsable du recrutement au niveau des jeunes et est toujours en relation avec ces éducateurs pour savoir ce qui se passe. On organise toujours un stage de détection en Guadeloupe et en Martinique sauf en 2015, où on n’a pas pu venir.

Mediaphore : Allez, terminons avec la question décalée : la France affronte l’Allemagne ce vendredi qui est un vendredi 13. Si on tente notre chance aux jeux, vous nous aidez ? Un petit pronostic ?

MT : Pourquoi pas. Moi je mise sur 2-1 pour la France.

Merci Marius Trésor, de nous avoir accordé cette interview à la veille du match amical de l’Equipe de France face à l’Allemagne au Stade de France.

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