asilentvoiceA silent voice, de Yoshitoki OIMA (tome 1)

Au Japon dans la ville d’ Ogaki, Shoya Ishida, collégien turbulent s’ennuie. En mal de sensations, il embarque ses camarades à sa suite dans les défis les plus imprudents.

Quand la jeune Shoko Nishimiya débarque dans sa classe en cours d’année, des sentiments contrastés l’assaillent. En effet,  cette jeune fille sourde de naissance tentant, parfois maladroitement, de faire sa place parmi les élèves est loin de laisser indifférent. D’abord intrigué, il voit rapidement en elle un autre moyen de tuer le temps. La fragile collégienne devient le souffre-douleur de Shoko et de ses camarades. Les moqueries et les humiliations vont crescendo jusqu’au geste de trop. Vient l’heure pour Shoya de payer ses méfaits. Mais, si jusque là il avait bénéficié de la complicité de ses amis, quand tombe la sanction, il se retrouve seul. Isolé de tous, à son tour raillé, Shoya devient un paria dans ce collège qui avait été son fief.

Quelques années plus tard, alors lycéen marginal, il entreprend de retrouver Shoko pour lui présenter ses excuses. Qu’est devenue la jeune collégienne? Comment réagira-t-elle face à son ancien bourreau? La série A silent voice est lancée.

Un shonen manga, comprenez un manga destiné à un public adolescent masculin, qui a le mérite d’aborder les thématiques trop souvent inexploitées du handicap, de la différence et des violences scolaires qui en découlent. Suffisant romancé pour captiver les jeunes lecteurs, c’est également un intéressant outil pour débattre de l’altérité.

falashas

À la découverte des Falashas, de Bernard Nantet et Edith Ochs

Dans cet ouvrage documentaire, les auteurs Bernard Nantet et Edith Ochs, tous deux passionnés par l’Afrique, reviennent sur les pas d’un jeune orientaliste français du 19ème siècle, Joseph Halévy.  En 1867, ce dernier se rend en Ethiopie pour rencontrer la mystérieuse tribu des juifs noirs : Les Falashas, « les Exilés ».

Installés sur les hauts plateaux verdoyants éthiopiens où le Nil prend sa source, les hommes dont il fait la rencontre pratiquent un judaïsme séculaire et ignorent l’existence de la diaspora juive blanche. Dans ce pays d’Afrique noire majoritairement musulman comment comprendre la présence de cette communauté juive. Des multiples explications sont proposées mais la genèse des Falashas demeure auréolée de mystère et suscite la controverse.

De nos jours, les Falashas ont quitté l’Afrique pour s’installer en Israël où ils sont devenus les Beta Israel. Comme souvent quand il s’agit d’ immigration, l’adaptation au pays d’accueil ne fut pas évidente. Nos auteurs ont donc choisi de prolonger leur récit en donnant la parole aux Falashas immigrés de première ou de deuxième génération sur leurs circonstances de leur arrivée et sur leur intégration.

Un ouvrage dense et riche en informations pour ceux que le mythe de la tribu perdue continue de fasciner ou tout simplement pour ceux que l’Afrique dans sa diversité passionne.

lescorps

Les Corps terrestres, de Laurent Bettoni

Le roman Les Corps terrestres pourrait facilement être classé au rayon littérature érotique. Mais ce serait un écueil simpliste, un raccourci facile. N’allez pas croire qu’il se contente de surfer sur la vague actuelle des ouvrages gentillement coquins. En effet, ce livre est avant tout l’histoire d’une relation de couple en fin de course. Arrivé à la quarantaine, Katz aurait tout pour être comblé auprès de Fran mais voilà il ne l’aime plus. Pire, il la hait pour tous ses défauts qui la rendent méprisable à ses yeux d’homme : sa froideur, son soucis de maintenir les apparences, sa nymphomanie.

Quand il rencontre Angéla, Katz s’embrase et reprend espoir en l’amour. Avec elle si différente de Fran, si pure, il entrevoit un avenir lumineux. L’histoire aurait été banalement simple, si tout en la détestant, il ne continuait à désirer Fran. Un désir cru. Comme si elle détenait le secret de son âme, elle reste la partenaire privilégiée de ses fantasmes inavoués. Trois personnages entrainés dans une ronde de corps qui s’abîment, se souillent et de sentiments complexes dont aucun ne sortira indemne.

Un récit captivant, brutal, où la psychologie des personnages à la part belle notamment celle du protagoniste masculin nous offre toute sa vulnérabilité, des doutes, ses zones d’ombre. En un mot : sulfureux.

alouest

Au sud de la frontière à l’ouest du soleil, d’Haruki Murakami

Bien des hommes gardent en eux le souvenir d’une femme, d’une fille qu’ils n’ont pas oubliée. Mais que faire quand ce souvenir vous rend mystérieusement visite par un soir pluvieux? C’est la question à laquelle doit faire face Hajime, marié à Yukiko, père de deux enfants et propriétaire de deux clubs de jazz prospères, quand se présente à lui l’élégante Shimamoto-san.

Shimamoto-san, la petite voisine qui fut à la fois son premier amour, sa meilleure amie et la complice de ses jeux d’enfant. Shimamoto-san dont il a été brutalement séparé par un déménagement et qui a emporté en partant une grande partie de ses rêveries enfantines.

Tant de souvenirs doux-amers qui refont surface quand celle-ci réapparait dans sa vie d’homme accompli et qui viennent ébranler une stabilité difficilement acquise. Hajime hésite. Va t-il tout quitter pour la suivre, elle si insaisissable? D’ailleurs quelles sont les intentions de la jeune femme?

Au fil des pages, le lecteur suit les pas de cet homme qui se remémore tantôt avec poésie, tantôt avec tristesse son enfance, les femmes qu’il a aimées et parfois blessées. Un roman empreint d’une nostalgie infinie servie par la plume sans fioriture d’un des plus grands écrivains japonais contemporains. À lire sur fond de jazz.

Black-Label

Black Label, de Léon-Gontran Damas

Lit-on encore de la poésie au 21ème siècle? Bien qu’elle n’ait pas totalement disparu et qu’elle possède encore ses inconditionnels, il faut bien avouer que la poésie se fait plus discrète que le roman sur les présentoirs des libraires exception faite de la section des livres scolaires.

Pourtant, l’une des principales caractéristiques de ce genre littéraire est la portée universelle et atemporelle de son message. Nos auteurs antillais se sont d’ailleurs particulièrement bien illustrés en la matière.

À la faveur d’une réédition, la collection Poésie Gallimard nous invite à découvrir ou à redécouvrir l’oeuvre de Léon-Gontran Damas.

À l’instar de Césaire et de Senghor, le guyanais fut le troisième chantres de la Négritude dans les années 50. Etrangement, il reste encore aujourd’hui le plus méconnu des trois auteurs.

Cependant, loin de l’hermétisme généralement reproché à la poésie de la Négritude, dans Black Label le poète évoque avec des termes accessibles la condition douloureuse de l’homme noir sans toutefois tomber dans la complaisance. Un poème qui n’a rien perdu de son actualité et dont le rythme rappelle la longue et puissante plainte du blues. Musicalité qui n’est pas sans parallèle avec l’oeuvre d’un autre poète antillais  : le guadeloupéen Guy Tirolien.

Des mots simples sans que le message ne perde de sa rage et de sa justesse, c’est la gageure de la poésie de Damas. Nul besoin de dissertation, les mots parlent d’eux-mêmes :

Désastre
parlez-moi du désastre
parlez-m’en

Ma mère voulant d’un fils très do
très ré
très mi
très fa
très sol
très la
très si
très do
ré-mi-fa
sol-la-si
do

Il m’est revenu que vous n’étiez encore pas
à votre leçon de vi-o-lon
Un banjo
vous dîtes un banjo
comment dîtes-vous
un banjo
vous dîtes bien
un banjo
Non monsieur
vous saurez qu’on ne souffre chez nous
ni ban

ni jo
ni gui
ni tare
les mulâtres ne font pas ça
laissez donc ça aux nègres

Poème Hoquet, extrait de Black Label

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