Alors que le 1er tour (23 avril prochain) de l’élection présidentielle en France se profile. La rédaction de Mediaphore se penche sur la vision des candidats pour l’Outre-mer. Débutons avec Emmanuel Macron que notre rédaction a rencontré.

Mediaphore : Quelles sont les grandes lignes de votre programme pour les Outre-mer ?

Emmanuel Macron : D’abord le programme national qui est un programme de libération des territoires, des énergies et la conception des nouvelles sécurités individuelles dans le 21ème siècle et donc, toute la transformation que je propose qui permet justement de créer plus d’activité, de simplifier la vie des entrepreneurs et d’apporter de nouvelles protections aux plus faibles de notre société vaut pour l’Outre-mer et est de nature à répondre à une partie justement du défi ultramarin parce que l’on a aujourd’hui un vrai problème de chômage et d’activité économique. Le deuxième sujet, c’est qu’au coeur de la philosophie qui est justement la mienne, il y a cette volonté de reconnaître la diversité dans la République et je pense que c’est très important sur le plan à la fois mémoriel, historique, culturel. De reconnaître cette diversité au sein de la République et de savoir justement, l’adapter. Et c’est là que s’ouvre pour moi tout un volet que je souhaite développer avec et pour l’Outre-mer qui est la capacité de donner aux collectivités de prendre les règles sur tout un tas de sujets, de déléguer des sujets qui sont aujourd’hui définis par la loi ou le règlement à Paris pour tout le monde et pour tous au niveau de la collectivité. Et le troisième axe pour moi, il est d’investir sur l’avenir. C’est extrêmement important, nous sommes à un moment de transition, de révolution. La révolution numérique, environnementale et énergétique et donc notre pays doit avoir un programme d’investissement et c’est investissement doit toucher l’Outre-mer.

Mediaphore : La population a tendance à dire et à croire que les politiques ne pensent aux Outre-mer qu’à l’approche des élections. Vous avez fait le déplacement en Guadeloupe et en Martinique, est-ce un tableau que l’on reverra si vous êtes élu Président de la République ?

Emmanuel Macron : Oui, c’est un tableau que l’on reverra puisque d’abord je suis venu tôt dans la campagne à dessein c’est à dire pas juste pour rafler des voix mais pour venir expliquer, comprendre et échanger et construire justement avec les ultramarins ce programme. Ensuite, je ne fais pas de fausses promesses. Je n’ai pas promis des grands plans de croissance, des grands pactes d’investissement, je vous dis où sont mes priorités et quelle est ma volonté de transformation mais je ne suis pas dans une logique de promesses à tout va. Je l’ai dit et je peux le redire, je ne suis pas le père noël donc je ne veux pas mentir. Parce que quand on ment, on ne revient plus, c’est pour ça. Parce qu’on ose plus revenir. Donc moi je ne propose pas un tas de choses à tort et à travers, je dis qu’il y a dans les Outre-mer de vraies difficultés, plus qu’ailleurs. En même temps, une vraie potentialité et une résilience. L’histoire de ces territoires, c’est une histoire de résilience et donc, on doit nous être collectivement intelligents pour pouvoir tirer le meilleur de notre passé commun et qui est donc justement la prise en compte de cette diversité, de ces potentialités, de cette ancrage dans l’espace caribéen-américain qui est un ancrage de croissance donc oui, je reviendrai avec la même spontanéité, la même volonté de faire et la même sincérité parce que je suis heureux d’être ici (ndlr, en Martinique), dans ce morceau de France lové dans le coeur de la Caraïbe.

« Je ne fais pas de fausses promesses », Emmanuel Macron lors de son passage aux Antilles et en Guyane.

Mediaphore : La continuité territoriale, parlons-en. De nombreux jeunes chefs d’entreprises souffrent de l’éloignement des territoires d’Outre-mer dans le cadre du fonctionnement de leurs entreprises. Quelles solutions comptez-vous leur proposer ?

Emmanuel Macron : Je prends en compte cela. Ce que je veux construire, c’est un pass-mobilité qui permettent aux étudiants et aux entrepreneurs qui sont les deux catégories qui ont le plus besoin de cela pour des raisons professionnelles d’effectuer des allers-retours avec l’Hexagone, avec le reste de la Caraïbe ou avec la Guyane en fonction de leurs contraintes pour avoir des facilités de transport et de moindre coût. Mais quand on parle aussi de continuité territoriale, on parle du numérique et de l’équipement numérique, on parle de la couverture 3G/4G et de la fibre. Et là, ce que vous vivez c’est pour le coup, ce que vit la Corrèze ou la Lozère. C’est une grande difficulté d’être parfaitement connecté, d’avoir la 4G qui fonctionne rapidement. J’étais avec des entrepreneurs à l’aéroport en Martinique en arrivant, ils voulaient faire une vidéo Facebook, ils n’avaient pas la 4G. Mobilité physique, infrastructures numériques.

Mediaphore : Dans quels autres domaines comptez-vous vous impliquer pour ce qui relève des spécificités géographiques ?

Emmanuel Macron : Je veux sur ce sujet d’abord qu’on aille au bout de ce qu’on peut faire sur l’énergie puisque ce n’est pas le cas. Je veux également que l’on regarde ce qu’on peut faire sur les sujets économiques. On le sait, le code des marchés publics est aujourd’hui un levier fort de création de richesses et d’activités et donc il y a plusieurs sujets sur le plan économique, aller plus loin sur l’énergie. Je pense que sur les transports, on a trouvé un point d’équilibre mais sur ces deux volets-là en particulier, je souhaite qu’on puisse aller plus loin.

Mediaphore : Quel est votre ressenti par rapport aux coûts élevés des produits en Outre-mer, à la vie chère ?

Emmanuel Macron : Aujourd’hui on a un problème qu’est lié à la vie chère donc je ne suis pas et je l’ai évoqué à plusieurs reprises, je ne suis pas favorable à revoir les éléments qui aujourd’hui sont accordés en terme de sur-rémunération, je pense que c’est une erreur. Par contre, il faut pouvoir traiter la racine du problème. Quelle est la racine de ce problème ? C’est la dépendance de la Martinique en terme économique, énergétique et la nécessité justement aujourd’hui d’importer et donc de payer cher des produits qui viennent de l’extérieur et donc cette conversion on ne peut la faire que par une transformation du modèle productif donc à ce stade, je suis pour préserver l’existant pour aider la demande des Martiniquais et Martiniquaises mais on ne règlera le coeur de notre problème que si on arrive à avoir un modèle de production, de création de valeurs énergétiques, halieutique, agricoles endogènes et donc une capacité à créer de la valeur ici et à consommer la valeur qu’est créé ici.

Articles similaires