Le climat social est toujours aussi tendu en Guyane. Plusieurs mouvements sociaux paralysent le département depuis le début de la semaine. Ce vendredi, le premier ministre a confirmé l’envoi en Guyane d’une délégation interministérielle de haut niveau.

Depuis le début de semaine, la Guyane est en proie à une série de mouvements sociaux. De nombreux barrages ont été érigés sur les routes parfois à certains points stratégiques du département. Les écoles sont fermées, les administrations également et les compagnies aériennes à l’image d’Air France ont dû également annuler leurs vols à destination de la Guyane. Après cinq jours, la tension semble toujours palpable sur place et selon certaines témoignages recueillis sur place, « cela ne devrait pas changer de si tôt. »

Une grève générale portée par plusieurs conflits

La Guyane est aujourd’hui paralysée parce qu’elle se retrouve confrontée à une grève générale portée par plusieurs conflits. Plusieurs grèves ont été initiées au sein de sociétés et institutions :

  • EDF,
  • Engie, principale société de transport en Guyane,
  • les agriculteurs montent également au créneau,
  • la Croix Rouge de Kourou,
  • le Centre Spatial Guyanais lui non plus, n’est pas épargné.

Le directeur général du CSG a notamment annoncé le report du lancement de la fusée Ariane 236 prévu cette semaine. « Les événements qui affectent la Guyane nous conduisent à interrompre les opérations de préparation du vol VA 236. Le lancement est donc reporté à une date ultérieure. Les personnels qui se rendent au CSG ont exclusivement pour mission d’assurer la sécurité des installations », peut-on lire sur le site web du CSG.

Mais là où les choses se corsent, c’est quand il est question de sécurité. Certains à l’image du collectif « Les 500 frères », s’insurgent face à l’insécurité permanente qui règne en Guyane et demandent des comptes à l’Etat. C’est d’ailleurs ce même collectif qui avait déjà envoyé un premier signal au gouvernement et plus particulièrement à Ségolène Royal, en perturbant un rendez-vous diplomatique à la Collectivité Territoriale de Guyane lors de sa visite officielle.

Pourtant les chiffres parlent d’eux-mêmes, en tête du classement 2016 des crimes et délits, la Guyane enregistre plus de 23 agressions pour 1 000 habitants, juste devant la Seine-Saint-Denis avec 18 agressions pour 1 000 habitants recensées sur l’année passée. La Guyane fait face depuis plusieurs années à une montée de la violence et certains seraient tout simplement lassés que des moyens ne soient pas mis en place dans les temps. Pourtant, le gouvernement a pris certains engagements lors de la première conférence nationale pour la sécurité Outre-mer à laquelle participait le 1er ministre Bernard Cazeneuve.

Outre la sécurité, des questions économiques sont soulevées et en rapport direct avec des demandes d’augmentations de salaires dans certaines compagnies et sociétés sur place. Même le projet d’extraction aurifère est évoqué dans ce conflit majeur.

Les manifestants veulent discuter en Guyane

Les manifestants à l’origine de ces mouvement sociaux le clament, ils souhaitent avant tout rencontrer et échanger avec les membres du gouvernement afin de faire entendre leurs revendications et que des solutions leurs soient proposées. Un appel entendu par la ministre des Outre-mer, Ericka Bareigts qui dans un communiqué propose aux élus locaux notamment de participer à des réunions à Paris autour de trois thèmes : la santé, la sécurité et l’économie.

Sans trop de surprises, la proposition de la ministre des Outre-mer a été rejeté par les manifestants mais aussi par les élus locaux. « Il faut que Madame la Ministre comprenne que ce n’est pas un jeu d’esprit, ce n’est pas une lubie de la part de certaines personnes que de demander que cette délégation interministérielle se rende sur le territoire de la Guyane », rétorque le député Guyanais, Gabriel Serville reçu sur le plateau de Guyane1ère.

Au final, les manifestants obtiendront gain de cause. Ce vendredi, le premier ministre a confirmé l’envoi en Guyane d’une délégation interministérielle de haut niveau. Selon le communiqué diffusé par le ministère des Outre-mer, cette « mission interministérielle sera chargée d’entendre et d’analyser toutes les difficultés soulevées afin de poser les bases d’une négociation susceptible de déboucher sur des mesures opérationnelles et rapides. » Elle sera conduite par M. Jean-François Cordet, ancien préfet de Guyane.

Dans le même temps, hasard ou non, ce jeudi, la ministre des Outre-mer a annoncé l’attribution de 3,51 millions d’euros au titre du Fonds Exceptionnelle d’Investissement (FEI) en 2017 pour la Guyane. « Ces fonds permettront le financement de quatre projets importants pour les Guyanaises et Guyanais », lit-on dans le communiqué du ministère des Outre-mer. En parcourant ce document, pas de traces de mesures concrètes ou de déblocages de fonds pour la sécurité, la santé ou encore, l’économie.

De leurs côtés, les parlementaires présents en Guyane tentent de maintenir le calme et appellent la population à stopper les faits de violence. Christiane Taubira a elle rejoint la Guyane il y a quelques jours pour aussitôt partir à la rencontre des manifestants mobilisés à Kourou. Une présence de l’ex-Garde des Sceaux, qui n’a pas laissé la population guyanaise indifférente.

La pression monte au fil des jours

En attendant que le dialogue avance entre les parties, ce jeudi soir, de nombreux faits de violence ont été commis à Cayenne où la nuit a été clairement agitée. Ce vendredi, les supermarchés qui ont ouvert pour quelques heures ont été pris d’assaut par la population, certains profitent pour se réapprovisionner car à l’approche du week-end, il se pourrait bien que la tension augmente.

Barrages routiers, écoles fermées, faits de violences, supermarchés pris d’assaut, mouvements sociaux à la chaîne, pour certaines internautes, la situation actuelle en Guyane n’est pas sans rappeler la grève de 2009 qui a touché la Guadeloupe et la Martinique avec l’aboutissement que l’on connaît…