Le Syndicat national des transformateurs de produits naturels et de culture biologique a étrillé les producteurs antillais de bananes concernant une campagne de communication contre les bananes dites « bio » importées vendues sur le marché européen. 

A l’heure où fermait l’édition 2017 du Salon de l’Agriculture, c’est une petite guerre qui se dessine entre les producteurs de bananes « bio » et l’Union des Groupements de Producteurs de Bananes de Guadeloupe & Martinique (UGPBAN). En effet, sur son stand, l’UGPBAN affichait une campagne autour de la banane antillaise, « mieux que bio ».  Une campagne de communication jugée « illicite » par Synabio, le Syndicat national des transformateurs de produits naturels et de culture biologique. Ce dernier a saisi en référé le tribunal de grande instance de Paris, qui par la voix du juge, a enjoint la cessation de campagne, sous peine d’une amende portée à 50 000 € par jour et par infraction.

 

Pour le Synabio, « produire en bio suppose de respecter un cahier des charges rigoureux qui interdit en particulier les engrais et les pesticides issus de la chimie de synthèse », ce que la culture « conventionnelle » ne fait pas, surtout dans un « contexte antillais marqué par des décennies d’utilisation du chlordécone », souligne le syndicat. Ce dernier précise que les produits bios d’importation sont astreints au respect du cahier des charges apportant des « garanties équivalentes » et sont certifiés par des organismes indépendants, qui réalisent des audits chez les producteurs, comme partout en Europe.

Au travers d’un communiqué, l’UGPBAN qui « a pris acte » et retiré ses éléments de communication, riposte : « L’action [en justice, NDLR] n’a été introduite que par un seul syndicat de transformateurs et de distributeurs de produits biologiques, et en aucun cas de producteurs », explique l’UGPBAN.

Une concurrence déloyale ?

Pour eux, « les bananes dites « bio » importées de certaines zones de production hors Union Européenne, ne respectent pas le cahier des charges de l’agriculture biologique européenne », car elles proviennent d’un « système d’équivalence » et « arrivent sur le marché français et européen, sans que le consommateur puisse faire la différence avec un produit bio européen. » Les producteurs antillais se réfèrent à un rapport du Sénat du 7 juillet 2016 qui reprend leur argumentaire, pour appuyer leur propos. En effet, le rapport pointe du doigt « les concurrents sud-américains » qui peuvent utiliser « au moins 50 produits », quand les producteurs de bananes conventionnels ne peuvent utiliser que deux produits, selon ce rapport. À titre d’exemple, le rapport précise que le Costa Rica procède à 65 traitements par an et l’Equateur 40, contre 7 pour les producteurs européens.

Par ailleurs, le rapport relève que les productions « bio » des pays « tiers » sont moins exigeantes que celles qui contraignent les productions conventionnelles des producteurs des régions ultrapériphériques de l’Europe. Hors, elles « envahissent le marché européen en profitant d’un étiquetage bio. Le consommateur européen ne peut être que trompé. Rien ne lui permet de savoir que le label bio des pays tiers est moins exigeant, et qu’en particulier les bananes bio de République dominicaine qui couvrent 80% du marché peuvent être traitées par 14 substances interdites en agriculture conventionnelle dans l’Union européenne ».

Pour autant, quelles que soient les guerres juridiques, le consommateur, qui n’a pas en tête toutes les réglementations, est de toute façon confronté au questionnement de son acte d’achat et de son choix entre la certification bio d’un pays étranger ou l’agriculture conventionnelle de sa localité.