La mobilisation ne faiblit pas en Guyane. Une semaine après, le département d’Outre-mer reste paralysé par une crise sociale avec comme point d’orgue, le problème récurrent de l’insécurité sur place.

Plus le temps passe et plus l’atmosphère est pesante en Guyane, plus particulièrement dans le chef-lieu, Cayenne. Depuis plusieurs jours, le territoire est confronté à une crise sociale, tourne au ralenti. Les établissements scolaires sont fermés, les administrations aussi, plusieurs entreprises sont confrontées à des mouvements sociaux, certaines routes sont inaccessibles, le résultat d’un ras-le-bol de la population guyanaise. 37 syndicats de l’Union des travailleurs guyanais, l’UTG, ont voté à la quasi-unanimité en faveur d’une «grève générale illimitée» à partir de ce lundi et prévoient une «journée morte» mardi, précise Le Figaro.

Au-delà des problématiques économiques liées au chômage qui touche en Guyane 23% de la population active et pratiquement la moitié des 15-24 ans, selon l’Insee, à l’agriculture ou encore, à la santé, le point central de cette crise en Guyane serait lié à l’insécurité chronique à laquelle est exposée la population guyanaise. Depuis le début de l’année, plusieurs homicides ont été commis sur le territoire et concernent bien souvent des jeunes, une situation devenue inacceptable pour le collectif « 500 frères contre la délinquance » qui a décidé de prendre les choses en mains.

« Ceux qui n’ont pas les moyens de faire, nous le ferons. L’objectif, c’est de les aider. La police ne peut pas tout faire. Les autorités ne peuvent pas tout faire mais nous connaissons le terrain, pour la plupart nous sommes déterminés à faire en sorte que les choses se passent bien. », explique Mickael Mancée, porte-parole du collectif « 500 frères contre la délinquance ».

Il faut dire que le collectif ne passe pas inaperçu. Tout de noir vêtus avec une cagoule, les membres du collectif au physique imposant se sont donnés pour mission de remettre l’ordre dans les quartiers sensibles de Cayenne. « Nous vivons dans le même pays mais nous ne vivons pas dans le même monde. Ils ne peuvent pas connaître la Guyane comme nous la connaissons », rétorque Mickael Mancée, en référence aux membres de l’Etat qui prennent des décisions sans consulter ceux qui connaissent la Guyane dans ses moindres recoins.

« Nous les aiderons (ndlr, les membres de l’Etat) à prendre les bonnes décisions, en passant par le légal. Les textes de lois les concernent, la réalité du terrain nous concerne. Nous ferons une passerelle entre les deux », ajoute t-il.

Et pour donner corps à leur discours, le collectif des 500 Frères a donné rendez-vous à la population guyanaise ce mercredi après-midi devant la Préfecture de Guyane pour un grand rassemblement.

Bernard Cazeneuve monte au front

Ce lundi, le premier ministre est sorti de sa réserve afin de faire le point sur la situation en Guyane. Ce matin, il avait convié les médias pour un point presse à Matignon, à ses côtés, la ministre des Outre-mer, Ericka Bareigts exposée ces derniers jours à une polémique sur le web relative à son refus de se rendre en Guyane.

Si l’ancien ministre de l’Intérieur s’est exprimé sur certains dossiers en cours tels que le Centre Hospitalier de Cayenne ou encore, le Pacte d’avenir, il a surtout insisté sur la sécurité, point sensible à l’heure actuelle en Guyane.

« En matière de sécurité, là aussi, des efforts significatifs ont été faits. Je me suis rendu en Guyane comme ministre de l’Intérieur pour annoncer des renforts importants sur le territoire, notamment la création d’une nouvelle Zone de Sécurité Prioritaire à Saint-Laurent du Maroni. Alors que la précédente majorité avait supprimé plusieurs milliers de postes parmi les forces de sécurité, 563 policiers et 310 gendarmes ont été affectés ou projetés dans les outre-mer en 2016 et 2017. S’agissant plus spécifiquement de la Guyane, 75 gendarmes et policiers supplémentaires y ont été affectés depuis l’année dernière. Depuis 2012, les effectifs y ont augmenté de 12% pour la Gendarmerie et de 10% pour la Police nationale », explique Bernard Cazeneuve.

Le premier ministre a rappelé l’importance du travail effectué sur place par la délégation ministérielle envoyée il y a quelques jours afin de calmer les tensions et faire part de mesures concrètes.« Un centre pénitentiaire et un tribunal de grande instance seront construits à Saint-Laurent du Maroni ; un scanner sera déployé à l’aéroport de Cayenne. Le projet de cession du Centre médical de Kourou est suspendu », annonce Bernard Cazeneuve avant de ponctuer son intervention en utilisant une formule qui fait déjà réagir sur les réseaux sociaux, « je le dis aujourd’hui avec force, la Guyane est un territoire de la République française. »

La délégation interministérielle sera d’ailleurs relayée dans le courant de la semaine par une délégation ministérielle cette fois, information confirmée par Bernard Cazeneuve ce lundi matin.

A l’heure où le peuple guyanais s’élève contre la délinquance latente et la montée en flèche des actes de violence sur le territoire, du côté des politiques on joue la carte de l’apaisement tout en gardant en tête que la Guyane reste un territoire stratégique pour la France par le biais de l’exploitation aurifère et le Centre Spatial implanté à Kourou.

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