La différence sémantique a son importance. Ce n’est pas un « ralliement » mais une « alliance » qui a été scellée entre François Bayrou et Emmanuel Macron.

Après avoir entretenu un long suspense sur sa décision pour peser le plus possible sur les campagnes des rivaux Fillon et Macron, le président du MoDem et trois fois candidat à l’élection présidentielle, a levé le voile sur ses ambitions présidentielles.

Le célèbre maire de Pau a cette fois décidé de renoncer à sa candidature à la présidentielle, réellement envisagée, au profit d’un soutien à celle d’Emmanuel Macron. Une alliance cependant conditionnelle et liée à plusieurs demandes précises dont la garantie du pluralisme des candidats aux élections législatives mais aussi la rédaction et la promulgation d’une loi de moralisation de la vie politique. C’est un coup politique magistral pour les deux hommes politiques et qui signe une revanche du béarnais sur son ostracisation et son dénigrement orchestrés par les sarkozystes et les fillonistes lors de la campagne pour les primaires de la droite. Il est d’ailleurs probable que la mise sous tutelle de la campagne de Fillon par Nicolas Sarkozy ait pesé dans sa prise de décision. Cette alliance est aussi l’occasion d’une prolongation de la résurrection médiatique de François Bayrou et surtout de son long combat pour la prise de pouvoir par le camp du centre et le renouvellement de la vie politique française.

© Twitter / François Bayrou

Le rassemblement des progressistes souhaité par Emmanuel Macron prend donc de plus en plus l’aspect d’une émergence d’une nouvelle force politique : une coalition de libéraux réformistes et sociaux démocrates, sans accord d’appareil, remplaçant à la fois les centristes indépendants et les démocrates sociaux. En Marche et le Modem sont ainsi venu prendre une large place sur l’échiquier politique en profitant de la radicalisation à droite et à gauche, et donc contre les républicains conservateurs représentés par François Fillon et les socialistes radicaux représentés par Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon.

Les premiers sondages sont d’ailleurs encourageants avec un Emmanuel Macron qui remonte à hauteur des 22% d’intentions de vote au premier tour. La stratégie est efficace car cette alliance prend par surprise les républicains de plus en plus enlisés dans les contradictions programmatiques et les ennuis judiciaires de François Fillon. Elle oblige la gauche a se lancer dans de très laborieuses et tardives tentatives d’union. Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon n’ont pourtant pas le choix pour avoir une chance d’être au second tour. La campagne de Benoît Hamon ne bénéficie pas de l’élan de sa victoire à la primaire et reste cantonnée à de petits meetings entre socialistes du parti. Du côté de Jean-Luc Mélenchon, malgré un programme très élaboré et une campagne innovante et moderne qui draine beaucoup de monde, il a du mal à incarner une figure dominante du débat politique et ne se pose pas assez en adversaire naturel du Front national et de sa patronne Marine Le Pen.

Dès lors, Emmanuel Macron apparaîtrait-il désormais comme la seule alternative républicaine viable à l’alternative extrémiste Le Pen ? L’autre apport considérable de cette alliance réside dans l’orientation très pertinente que porte François Bayrou avec l’idée et la volonté de faire d’Emmanuel Macron le candidat de la moralisation de la vie publique. Un thème ultra porteur dans les circonstances actuelles et qui aura le mérite de lever les incertitudes pesant sur les intérêts défendus en coulisses par le candidat d’En Marche.

© Twitter / En Marche

En ce sens , il est possible que l’ex-ministre de l’économie ait dû faire là un sacrifice non négociable auquel il ne s’attendait pas. Le choix de François Bayrou donne indéniablement une nouvelle dynamique et surtout une plus grande pertinence à la candidature de l’ancien ministre de l’Économie. Il apporte aussi une caution de sagesse et d’expérience politique qui semble faire défaut à un candidat inédit et donc novice dans cette élection. Ce dernier s’est  en effet retrouvé englué dans plusieurs polémiques, pas forcément négatives au final, après des propos tenus sur la colonisation et le mariage homosexuel.

L’alliance avec Bayrou est inédite sous la cinquième république et illustre l’actuel printemps politique que connaît le système politique français avec le déclin des partis traditionnels et l’émergence de la démocratie participative , des coalitions progressistes et des mouvements citoyens. Elle va « donner encore plus d’épaisseur » au nouveau centrisme qu’Emmanuel Macron souhaite incarner. Non pas un centrisme ni droite ni gauche mais un centrisme droite-gauche.

Il faut aussi également s’interroger sur un très probable report des voix de l’électorat d’Alain Juppé qui aurait pu se porter sur François Bayrou s’il avait été candidat à la présidence de la République. Enfin il y a une dimension non négligeable de cette alliance avec François Bayrou. Il s’agit de l’autorité morale et du charisme politique personnel de François Bayrou qui pourront donner à Emmanuel Macron davantage de relief et de crédibilité quant aux engagements pris par le candidat d’En Marche, quels qu’ils soient. Reste que le jeune candidat à la présidentielle devra faire preuve de leadership et d’autorité pour éviter de faire de cette alliance salutaire, une alliance cannibale.

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