89% des français ne croient plus aux partis politiques selon un récent sondage…Comme d’autres avant eux, Emmanuel Macron, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon proposent chacun à leur façon de changer le système radicalement : les partis et les hommes pour Macron, les règles et la constitution pour Le Pen et Mélenchon. Ce sont les candidats du renouvellement.

En face, les partis traditionnels de droite et de gauche (les républicains et le parti socialiste) proposent deux candidats de la tradition : François Fillon et Benoît Hamon. Mais ces deux partis sont confrontés pour des raisons différentes à un risque de rejet de leur candidat par les électeurs, et ce dès le premier tour. La corruption est elle la compagne indissociable de toute carrière politique nationale ? La division interne est-elle le pendant de toute existence de parti politique ? Telles sont les questions que se posent désormais les citoyens électeurs de façon généralisée.

A l’heure des réseaux sociaux, les médias et les diffusions ont explosé et les hommes politiques défaillants sont rapidement cloués au pilori.  Quand ils sont des patrons de partis ou candidat intronisé pour un poste d’exécutif (maire, président de collectivité ou président de la République), l’effet est encore plus dévastateur. Et le scandale Fillon est en train de l’illustrer de façon magistrale, tant elle précipite la droite d’un extrême à un autre : celui d’avoir un candidat favori pour gagner à celui d’avoir un candidat boulet entraînant tout le parti vers la défaite à la présidentielle et surtout aux législatives.

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Le parti socialiste n’est pas exempt lui aussi du risque d’échouer à la porte du premier tour car si son candidat plutôt atypique, Benoît Hamon vient de devenir personnalité préférée des français et bénéficie d’une dynamique ascendante dans les sondages, son programme et sa relative inexpérience ainsi que la division béante et persistante du parti à la rose risque de scléroser une campagne qui s’annonce rude et compliquée. Manuel Valls s’est tapi en embuscade et attend l’échec de son rival et avec lui ses partisans et la plupart des membres du gouvernement. La combativité ou la sincérité ne suffisent plus. Les personnalités politiques sont devenues des gladiateurs qui joutent à la vie, à la mort. On est tenté de le croire quand on constate à quel point l’affichage d’un ton volontariste et d’une posture combative , à droite comme à gauche, face aux enjeux sociétaux et aux difficultés économiques ne fonctionnent plus au niveau de l’opinion publique et surtout médiatique.

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Nous sommes en face d’une terrible réalité. L’électeur citoyen ne croit pratiquement plus en la capacité de ses élus ou des candidats à résoudre ses problématiques du quotidien et à relever les défis de son avenir. Non pas que les français soient si pessimistes qu’on voudrait le faire croire à l’étranger, mais ils sont simplement en colère et fatigués par l’inanité et l’inutilité des politiques médiatisés, des discours creux, de la communication à outrance et des effets d’annonce. La grande majorité d’entre eux a parfaitement compris que dans le domaine socio-économique, les partis dits de gouvernements (Les Républicains et le Parti Socialiste) n’ont pas de solutions miracles, et que les partis dits extrêmes n’ont pas de solution tout court.

Mais ils sont de plus en plus résolument à la recherche de radicalité, d’une clarification du débat économique et d’une autre direction que le réformisme, qu’il soit social libéral ou néo-keynésien (c’est à dire brièvement : une intervention concertée de l’Etat en respectant les lois du marché et le dialogue social). Et c’est là qu’il faut voir le risque que courent ces deux grands partis dominants. Ce risque c’est le basculement du choix de l’alternance classique à l’alternative, du choix entre le front républicain et le front national, du passage d’une génération d’élus à une autre : plus jeune, plus libre, moins formée et trop volatile (simple militants ou leaders comme Emmanuel Macron, Benoît Hamon, peut-être François Baroin).

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Autre risque : avoir un président élu par défaut, sans majorité parlementaire par la suite ou gouvernement uni. Et depuis l’élection de Donald Trump, élire un populiste prônant une politique extrémiste n’est plus un tabou ou une aberration réservée aux pays sous développés. Car ne pouvant adhérer à des propositions de politiques économiques viables, ne pouvant plus faire confiance et consentir à une relation citoyenne honnête, l’électeur peut préférer des thèmes plus simples et clairs à ses yeux tels que l’identité, la sécurité, l’immigration…mais aussi le rejet et la peur de l’autre. Il peut préférer changer les hommes du système plutôt qu’espérer voir le système changer de lui-même. Les accusations de corruption, de népotisme, le chômage et la précarité galopante, l’immobilisme et l’échec ajoutés aux récents débats « religio-identitaires » renouvellent violemment les clivages idéologiques ainsi que les générations au pouvoir et interrogent sur la capacité de notre République à absorber ce lourd sentiment civique de rejet de la classe politique traditionnelle.