S’engager dans la politique, prendre part au débat et mener des actions dans l’espace public. Un geste citoyen très fort que Valentin Narbonnais prend très à cœur depuis plusieurs années. Ce jeune martiniquais de 23 ans, ancien collaborateur de Christiane Taubira, est l’un des porte-parole de Benoît Hamon, candidat à la primaire de la gauche. Le conseiller régional jeune Île-de-France et secrétaire adjoint du Parti socialiste du 92 est en charge du projet pour les Outre-mer. 

Mediaphore : Vous avez été nommé début janvier, porte-parole de Benoît Hamon, responsable du projet Outre-mer. Pourquoi avoir accepté ce poste ?

Valentin Narbonnais : J’ai décidé de soutenir Benoît Hamon, parce que je me retrouvais dans les propositions qu’il a formulé pour le pays. Sa vision du partage du temps de travail, sa volonté de changer notre rapport au travail, de changer notre modèle de développement, d’arrêter cette course effrénée à la croissance qui ne revient pas, me touchent. Il a la volonté d’entreprendre une véritable transition énergétique en mettant en œuvre tous les moyens nécessaires pour la réussir, en faisant des territoires d’Outre-mer l’avant-garde du pays en matière d’énergie renouvelable. Nos territoires disposent d’un immense potentiel en matière d’énergie renouvelable. Nous voulons véritablement atteindre l’autonomie énergétique avec le projet que nous portons.

J’apprécie également sa vision de l’Europe. Contrairement à d’autres candidats, il ne veut pas s’émanciper de l’Europe, mais revoir notre relation à celle-ci car il estime qu’elle a une part fondamentale à jouer pour répondre à l’urgence de l’état social. Benoît Hamon est aussi le candidat qui a été engagé pour la jeunesse. La place qu’il fait dans son programme à l’émancipation de la jeunesse et à la lutte contre les discriminations m’ont conduit à soutenir énergiquement son projet.

Mediaphore : Quelle est précisément votre mission ?

Valentin Narbonnais : Bien évidemment, en tant que porte-parole, comme l’indique son sens étymologique, je porte la parole du candidat. Je le représente dans différents médias. Désormais, je fais très attention à mes propos car ils engagent le candidat. Benoît Hamon a également fait appel à mon expertise sur la thématique ultramarine, car je suis très attaché aux sujets qui touchent le développement de nos territoires d’Outre-mer.

Mediaphore : Vous avez aidé le Président François Hollande à rédiger ses 30 propositions pour les Outre-mer ? En ferez-vous de même pour Benoît Hamon ?

Valentin Narbonnais : Bien évidemment ! Cette élection est vraiment différente de celle de 2011, parce qu’aucun candidat n’avait vraiment de projets particuliers pour répondre aux spécificités territoriales des Outre-mer. Il y avait un projet global pour l’ensemble de la société, puisque nos territoires d’Outre-mer jouissent aussi du droit commun.

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Valentin Narbonnais : En 2011, j’ai soutenu dès le premier tour de l’élection primaire la candidature de François Hollande. J’ai fait partie de l’équipe qui a rédigé son programmé consacré à la jeunesse. Lorsqu’il a été désigné candidat à l’élection présidentielle, j’ai rejoint avec Victorin Lurel et Angèle Louviers, le pôle Outre-mer. Nous avons rédigé les propositions en faveur de nos territoires. Aujourd’hui, pour cette élection 2017, nous avons décidé de diffuser notre vision de l’avenir pour nos territoires d’Outre-mer. Bien évidemment les propositions de Benoît Hamon comme le revenu universel s’appliquent aux Outre-mer. Mais il y a des spécificités locales, propres aux Outre-mer, auxquelles nous devons répondre. Si Benoît Hamon est désigné le 29 janvier prochain candidat de la famille progressiste à l’élection présidentielle, je serais là où il souhaitera que je sois.

Mediaphore : Le projet Égalité réelle Outre-mer était examiné au Sénat cette semaine. Vous avez pu suivre les discussions ?

Valentin Narbonnais : Oui je suis les discussions. J’ai d’ailleurs vu dès le premier soir un échange très passionné entre la ministre des Outre-mer, Ericka Bareigts, et le sénateur réunionnais, Didier Robert. Comme j’avais suivi attentivement le passage en première lecture du projet de loi à l’Assemblée nationale, je connais l’ensemble des dispositifs du texte. De plus, j’ai travaillé de concert avec les ministres des Outre-mer qui en ont le mérite [ndlr : George Pau-Langevin a initié le texte. Et suite à sa démission, c’est Ericka Bareigts qui l’a présenté devant les députés].

 Valentin Narbonnais : Je sais quelles mesures les députés républicains veulent rabaisser. C’est une tradition propre aux Républicains. Ils se font une idée des Outre-mer, comme étant des territoires vivants aux crochets de l’Hexagone. Ils cultivent ce discours nauséabond sur l’assistanat de nos territoires et notre population pratiquant l’oisiveté. Ce sont des discours qu’il faut déconstruire. Nous sommes habitués à ce genre de débats avec eux. Je me souviens lorsqu’en 2012, en période d’élection présidentielle, Victorin Lurel, député de Guadeloupe, avait initié la proposition de loi sur la régulation du taux de sucre à destination des Outre-mer. Le texte était passé en première lecture en commission. Mais la veille du vote solennel, la ministre des Outre-mer de l’époque, Marie-Luce Penchard était revenue sur sa décision après une réunion du groupe UMP [ndlr : aujourd’hui le groupe Les Républicains]. Il avait été jugé qu’il ne serait pas bon d’offrir un succès législatif à un parlementaire de l’opposition, à l’approche d’une élection. De plus, Victorin Lurel s’apprêtait à devenir ministre.

Le projet de Benoît Hamon pour faire battre le cœur de la France s’applique aux Outre-mer.

Je regarde actuellement le discours de François Fillon et ses propositions pour les Outre-mer. N’oublions pas qu’il a été le Premier ministre de Nicolas Sarkozy durant 5 ans. Ils ont contribué au désengagement de l’état de façon permanente en Outre-mer. C’est vrai que les Outre-mer doivent se développer par eux-mêmes. De plus nous sommes dotés de ressources incroyables. Mais la puissance publique a un rôle fondamental à jouer dans le développement des collectivités d’Outre-mer. Et c’est à cela que nous aspirons aujourd’hui.

Mediaphore : Christiane Taubira, votre « marraine » en politique, a annoncé qu’elle ne se présenterait pas à l’élection présidentielle de 2017. Cela vous a -t-il surpris ?

Valentin Narbonnais : Je dois vous dire que depuis très longtemps, je suis opposé au fait que Christiane Taubira hisse sa candidature à l’élection présidentielle de 2017. Avec toute l’affection que je lui porte, je ne pouvais pas lui souhaiter d’y retourner. Je l’ai vu prendre des coups tout au long de ses 4 ans au ministère de la Justice. Je l’ai vu faire face de manière exemplaire. Je sais qu’elle en a profondément souffert. Ses proches également. D’ailleurs, les Français et Françaises lui ont apporté un soutien précieux. Je sais également que la campagne présidentielle de 2002 avait été profondément éprouvante.

Mais d’un autre côté, plus politique, je voulais absolument qu’elle y aille. Car nous étions dans une période où la gauche avait véritablement renoncé à elle-même. Nous avons commencé avec le pacte de responsabilité et le CICE. Nous avons poursuivi sur la déchéance de nationalité, sur l’aspect tout sécuritaire. Ce ne sont pas vraiment des valeurs que la gauche porte traditionnellement. La gauche est tellement belle quand elle est unie. Lorsqu’elle est fidèle à elle-même. Quand elle propose le mariage pour tous, la généralisation du tiers payant. Il y a de très bonnes choses qui ont été faites sous ce quinquennat. La CMU et les lois Auroux, ce sont des merveilleuses réalisations que la gauche peut mettre à son actif quand elle est réunie. J’avais vraiment l’impression que Christiane Taubira était la personne qui pouvait réconcilier la gauche avec le peuple français. Depuis sa démission du ministère de la Justice, le 26 janvier 2016, je recevais tous les jours des témoignages de soutien à son égard, des milliers de messages lui incitant à se présenter. Elle a été très sensible à ses attentions, tout comme à la pétition qui a été initié pour qu’elle hisse sa candidature.

Puis, le 1er décembre, le renoncement du président de la République. Les cartes ont été rebattues. Et j’ai commencé à réfléchir à la possibilité d’une candidature de Christiane Taubira. Si elle était soutenue par Arnaud Montebourg, Benoît Hamon, Pierre Laurent, Cécile Duflot. Si des citoyens sont prêts à soutenir énergiquement sa candidature, je me suis dit que là, il y avait un vrai enjeu. Elle représente une alternative forte. Bien sûr, nous n’avions pas à émettre d’avis sur cela. Puisque c’est à elle qu’appartient la décision finale. Enfin, elle s’est prononcée et a décidé de ne pas présent sa candidature à la primaire. Elle a décidé de ne pas briguer la fonction suprême. Je respecte ce choix. Elle a déclaré qu’elle ne souhaitait pas « ajouter davantage de confusion », diviser la gauche. Ses velléités sont de rassembler la gauche. À mon humble avis, c’est l’une des raisons pour lesquelles elle n’a pas voulu se présenter. Concernant la primaire de gauche, elle ne s’est pas encore prononcée sur le candidat auquel elle apporterait son soutien.

Mediaphore : Elle a d’ailleurs soulevé une question que se posent beaucoup d’électeurs : qui incarne la gauche aujourd’hui ? En quoi Benoît Hamon fait-il une différence ?

Valentin Narbonnais : Benoît Hamon a porté dans l’esprit public des idées innovantes, propres à la gauche comme le partage du temps de travail, pour répondre à cette raréfaction de l’emploi. Nous nous rendons compte aujourd’hui que la croissance ne revient pas. Nous sommes face à une crise du salariat, un chômage de masse. Il y a des salariés en grande souffrance en travail, au bord du burn-out. Ils veulent réduire le temps qu’il consacre à leur activité professionnelle. Pour que tout un chacun puisse vivre décemment, Benoît Hamon propose de créer un revenu universel d’existence. Il permettra à tous de toucher une allocation en complément de leurs revenus propres. Le projet de Benoît Hamon pour faire battre le cœur de la France s’applique aux Outre-mer.

Mediaphore : Je ne sais pas si vous avez participé à l’enquête de « Génération What » Outre-mer.

Valentin Narbonnais : Je me suis référé à des chiffres de certaines questions de ce grand sondage sur l’engagement des jeunes.

Les jeunes issus des territoires d’Outre-mer n’exercent pas leur pouvoir de citoyen.

Mediaphore : Dans cette enquête, sur certaines questions concernant la politique hexagonale et européenne, les jeunes ultramarins ne se sentent pas forcément concernés. Est-ce que vous comprenez cela ?

Valentin Narbonnais : Je ne comprends pas cela ! Avant même de parler de l’engagement des jeunes, il y a une question à se poser sur leur participation, sur le rôle qu’ils jouent dans leur citoyenneté. Les jeunes issus de nos territoires d’Outre-mer bafouent leurs propres droits civiques. Ils n’exercent pas leur pouvoir de citoyen. Ça m’attriste parce que nous sommes des populations qui ont été oppressées, aliénées. Nous avons été affranchis, mais l’abolition de l’esclavage n’a pas été octroyée. Elle a été emportée par de hautes luttes, dans le sang. L’égalité civique qui nous permet de voter, de prendre part au suffrage universel, n’a pas été obtenue d’un claquement de doigts. Il faut honorer le travail qui a été fait, quel que soit le bulletin glissé dans l’urne. Il faut voter. Il faut que les jeunes prennent en considération le pouvoir qu’ils ont de changer les choses. Il y a un véritable travail de pédagogie civique à faire. Il ne doit pas être entrepris par le politique, car il est toujours perçu de manière méfiante. Il serait accusé de récupération de ces jeunes, à son profit. Il faudrait que sur nos territoires, il y ait une émergence d’associations qui réalisent ce travail d’apprentissage de la citoyenneté.

S’il y a un message que je souhaiterais adresser aux jeunes : « Prenez d’assaut les partis politiques !. » Ne choisissez pas les partis qui veulent fragmenter notre société, nous diviser, stigmatisent et défaire le pacte républicain. Il faut voter, s’engager. Quand j’entends des amis me dire que c’est toujours la même chose en politique, je leur réponds : « Allez aux élections ! Montez une association que vous transformerez en parti politique. Adhérez à un parti politique. » Nous sommes dans un système politique démocratique qui nous permet de confronter nos idées. C’est le souverain populaire qui fait son choix en dernier ressort. La nouvelle génération doit proposer une alternative. Nous ne pouvons pas rester en position stérile du spectateur que dénonçait Césaire.

Mediaphore : Avez-vous d’autres ambitions ou missions politiques à venir ? 2017 est aussi une année d’élections législatives. 

Valentin Narbonnais : Non, je suis en train de construire un projet professionnel. Il est en pleine maturation. Je souhaite travailler à la sueur de mon front. Je ne veux pas être comme ces apparatchiks qui depuis le plus jeune âge sont élus de telles communes, et qui – je caricature – à 80 ans terminent au Palais du Luxembourg. Je veux vraiment avoir un métier, je ne veux pas vivre de mandats électifs. D’une part, parce que les mandats politiques sont éphémères. D’autre part, c’est un mauvais signal envoyé à la population.  Donc, j’ai vraiment des velléités et je souhaite m’impliquer davantage. En 2014, j’étais sur la liste du maire sortant de Colombes. Hélas, nous n’avons pas été reconduits. J’aspire bien entendu à pérenniser mon engagement militant et à aider la population en mettant en œuvre des politiques publiques concrètes. Et cela passe par l’exercice d’un mandat, mais je ne souhaite pas en faire un métier.

Quelques propositions de Benoît Hamon pour les Outre-mer

  • Poursuivre et encadrer les incitations financières pour les investissements Outre-mer, communément appelée la loi Girardin ;
  • Développer une économie numérique et accompagner les collectivités dans le désenclavement numérique ;
  • Bâtir une économie autour de la mer, plus particulièrement autour des énergies marines renouvelables ;
  • L’autosuffisance alimentaire ainsi qu’un plan sur l’agriculture en concertation avec les acteurs concernés ;
  • Un rééquilibre de la continuité territoriale
  • Lutter contre la vie chère : revoir la façon dont les prix sont formés ;
  • Accompagner les collectivités régionales qui en feront la demande dans la mise en place d’une vaste plateforme de covoiturage, d’un système de transports en commun ;
  • Inaugurer la Cité des Outre-mer à Paris, un espace culturel dédié aux Outre-mer ;
  • Ratifier la charte européenne des langues régionales (dont le créole) ;
  • Amplifier la coopération régionale de la loi Letchimy.