Le parti socialiste a donc eu son premier round de règlement de comptes sur fond de fin dramatique de quinquennat, plus que de campagne présidentielle.

Le résultat du premier tour de la primaire de la belle alliance populaire est exactement à l’image de la division sclérosante qui a massacré ce quinquennat : le leader des socialistes frondeurs, Benoît Hamon qui fait 36 % des voix, arrive en tête et affrontera le leader de la gauche libérale et ex-chef de la majorité et du gouvernement, Manuel Valls qui n’obtient seulement que 31 % des suffrages. La bataille des idées et des hommes au sein du PS se conclura donc dimanche prochain. Les multiples candidatures ont posé la question de la conciliation des idées. Elle reste en ce soir de premier tour particulièrement pregnante. Ces idées ont été particulièrement identifiables, paradoxalement, en ce moment de risque d’écrasement électoral du PS.

Depuis 1971 et le congrès d’Epinay, même dans le cadre de la gauche plurielle sous Jospin, l’idée de la social-démocratie était largement majoritaire au sein du PS. Il s’agissait principalement d’agréger une politique de redistribution des richesses et de justice sociale au fonctionnement de l’économie capitaliste et à la dynamique d’union européenne. Mais ce socialisme est en voie de disparition en Europe et le résultat du premier tour de la primaire socialiste vient d’enclencher un processus de dépassement de ce courant majoritaire au sein du PS français.

Depuis 2012 et l’élection de François Hollande, les courants se sont clairement déstructurés puis répartis entre les candidats de la primaire. Nous avons eu le socialisme démocratique et réformiste de Manuel Valls : réformer l’économie en l’adaptant aux règles du libéralisme tout en protégeant le service public, l’intervention régalienne de l’état et la défense des institutions républicaines en particulier la laïcité. Le socialisme protectionniste d’Arnaud Montebourg : une intervention forte de l’état et la protection du marché français et de son industrie. Le socialisme orthodoxe de Benoît Hamon : un socialisme classique et épuré de toute référence au libéralisme avec une forte volonté de justice sociale et de solidarité écologique et une laïcité très (trop ?) tolérante.

Sous la réelle et handicapante division politique se cachait donc en fait un véritable foisonnement des idées et par conséquent une opportunité réelle de débat sur le fond. Hélas, aucun de ces candidats n’a pu dans une campagne, dont le tempo était en réalité fixé pour François Hollande, émettre et imposer une vision de la France, un ensemble d’idées fortes et claires pour l’avenir des français. Trop de technicité, trop de continuité. En revanche, il y a eu une idée qui a su s’imposer dans le débat et faire le débat : celle du revenu universel de Benoît Hamon. Et c’est ainsi qu’il a gagné, tout comme Fillon à droite, la bataille idéologique de ces primaires.

Soyons clairs, ces primaires ne sont pas un succès pour le PS, ni quantitativement avec moins de 1 600 00 d’électeurs et 30 % d’électeurs de moins qu’en 2011, (en Guadeloupe elle est même catastrophique avec seulement plus de 4 000 électeurs), ni qualitativement avec un débat trop flou et soporifique (76 % des français ont jugé la campagne des primaires, ennuyeuse). Sans compter, les erreurs logistiques et d’organisation. Malgré tout, elle porte en elle les ferments d’une recomposition salutaire éventuelle du parti et elle marque indubitablement le retour de l’utopisme et de l’idéalisme à gauche. Elles sont aussi à ce stade de premier tour une sanction pour le quinquennat et l’ancien premier ministre de François Hollande qui prend la punition à la place du président au final, en arrivant second derrière Benoît Hamon, un jeune ministre débarqué du gouvernement et considéré comme frondeur et marginal, il y a encore quelques mois.

De fait, depuis ce premier tour, les primaires sont en train de configurer la prise de pouvoir au sein du PS de l’aile gauche du parti (Hamon et Montebourg qui pèse 54 % ensemble des voix des électeurs) et l’éjection probable de son aile réformiste et libérale (Valls et Pinel), en cas de victoire de Hamon. Une aile qui pourrait rejoindre le Pôle d’attraction progressiste, européen et libéral que constitue désormais Emmanuel Macron. Encore une fois, les sondages n’ont pas estimé correctement la dynamique Hamon et le résultat fait mentir les chiffres, notamment ceux de l’institut Harris interactive. Encore une fois les médias ont sous estimé la dynamique de campagne du terrain et l’afflux dans les meetings, qui pour Hamon a été à la fois précoce et constante et donc efficace. Il est parti plus tôt et il a pris beaucoup plus au sérieux cette primaire que ses concurrents, en particulier Arnaud Montebourg (grand perdant de cette primaire avec 18,5 % des voix). Par ailleurs, la figure sobre et accessible de Benoît Hamon séduit et pose une nouvelle et inattendue forme d’incarnation présidentielle plus collective mais aussi plus radicale. C’est un candidat de convictions et d’identité idéologiques, comme à droite, qui est arrivé en tête une nouvelle fois dans le cadre d’une élection primaire.

En attendant, face à un Manuel Valls qui signe une contre-performance et dont une trop grande partie du discours de campagne est curieusement axée sur l’affirmation qu’il incarne une « présidentialité » juste parce qu’il a été premier ministre, nul doute que la figure plus humble et retenue de Benoît Hamon ne séduise encore plus des électeurs décidement plus en quête de fond que de forme et plus en quête de nouveauté que de continuité.

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