Les stratégies de campagne des candidats à l’élection présidentielle, primaires de la belle alliance populaire comprises, sont à la fois surprenantes…et décevantes. Décevantes en raison des dénis successifs que l’on enregistre en observant les discours et les postures des différents candidats.

Certes, il y’a chez chacun d’un point de vue stratégique et politique de bonnes idées, une volonté de convaincre véritablement et de gagner la bataille idéologique, des coups médiatiques plus ou moins réussis, des couacs inattendus ; mais rien de bien transcendant cependant. Ce qui n’empêche pas cette campagne d’être déjà historique et inédite dans la mesure où le nombre de rebondissements à ce stade d’une campagne présidentielle n’a jamais été aussi élevé.

Qu’on en juge : l’impact de l’élection de Donald Trump sur nos certitudes démocratiques, la victoire écrasante et imprévue quoique logique de François Fillon à la primaire de la droite, le succès de la primaire de la droite dans une population qui rejette pourtant désormais vigoureusement le système des partis, le renoncement du président de la République François Hollande à briguer un second mandat pour la seule et unique raison de son impopularité dans l’opinion et au sein de son parti, les conflits internes au sein du FN, les « macronmania » et « melenchonmania » ; la campagne 2017 ne manque pas de suspens, de scénarios hollywoodiens même. Reste que le niveau du débat démocratique ne s’élève pas forcément comme l’électeur citoyen serait en droit d’attendre au regard des enjeux inouïs à venir et des difficultés de plus en plus vertigineuses pour la France.

Comment expliquer par exemple que les responsables socialistes n’aient trouvé jusqu’ici d’autres parades au phénomène Macron que prétendre (à tort) qu’Emmanuel Macron n’avait pas d’idées ou de programme et qu’il avait peur de participer à une primaire à gauche alors même que la question qui se pose depuis un mois déjà est plutôt celle de la disparition du parti socialiste. Depuis deux mois, dans les intentions de vote à la présidentielle, et pour la première fois, ce n’est pas un candidat socialiste qui est en tête. Quelqu’il soit, il est derrière Macron et derrière Mélenchon…Alors pourquoi persister dans un déni mortifère. Autre déni : celui de refuser toute forme de mea-culpa relatif aux cinq années de gouvernance socialiste écoulées.

Face à une opinion publique qui manifeste de façon plus qu’évidente, voire exagérée son constat d’échec du quinquennat qui s’achève mais aussi de l’exercice du pouvoir par les socialistes, ceux-ci ne proposent ni aveux d’erreurs, ni nouvelles propositions. A part peut-être Benoît Hamon, qui se distingue par un projet socialiste radical et utopique. Le parfait opposé, à défaut d’être pour le moment opposant, de François Fillon. Mais le manque de cohérence et le fouilli du projet Hamon nuit à la qualité de ses propositions. Autre déni : en réalité personne à gauche ne croit à ses primaires qui n’auront lieu que parce qu’elles sont inscrites dans les statuts du parti à la rose et parce qu’elles devaient surtout servir à légitimer une seconde candidature de François Hollande.

A droite, François Fillon ne sait ni comment débuter sa campagne, ni comment adapter son projet à l’ensemble des électeurs français. Il se rend enfin compte que dénier l’existence et la valeur des autres candidats face à lui est très périlleux stratégiquement. Alors il se met, lui le favori, de façon aberrante à courir derrière l’outsider Emmanuel Macron en prétendant avoir permis l’existence en France d’Internet, et en allant non pas sur le sol national mais aux Etats-Unis dans un salon high-tech montrer son goût pour l’économie numérique et tente ensuite de se focaliser sur les sujets régaliens…Alors il reste pour le moment les deux candidats hors primaires qui ont une dynamique avec eux et pour eux : Macron et Mélenchon.

Oui, ils réinventent les codes de la campagne, avec du neuf mais aussi du recyclage de vieux. Des idées présentées progressivement sous forme de thèmes choisis, des réunions publiques dans des salles remplies et du public en extérieur malgré un froid de canard, une utilisation intelligente (pour Mélenchon) et volubile (pour Macron) des web médias et réseaux sociaux, et du charisme tribunicien à l’ancienne pour les deux, malgré un manque évident et à venir de moyens. Néanmoins ses deux candidats se révèlent incapables de proposer à leurs très nombreux partisans et aux électeurs autre chose que : leur seule personne. En effet la présidentielle est inséparable désormais depuis la disparition du septennat des élections législatives. Or, il n’y a quasiment pour l’un comme pour l’autre, aucune personnalité suffisamment implantée localement pour prétendre gagner des sièges aux législatives et contribuer à constituer une majorité de gouvernement à l’assemblée nationale en juin, mis à part quelques socialistes pour Macron et des communistes pour Mélenchon.

Alors comment feront-ils s’ils sont élus l’un ou l’autre président ? En Marche et Les insoumis sont des mouvements politiques et ne fonctionnent pas dans une logique de conquête institutionnelle mais plutôt de démocratie participative. Or, la présidentielle ne va pas et ne peut pas du jour au lendemain changer notre régime parlementaire et républicain et encore moins le système représentatif, même en convoquant une constituante après l’élection. Et il y a là, une forme de malhonnêteté intellectuelle et de déni démocratique, source de déception là aussi, derrière ses deux candidats atypiques, même s’ils apportent néanmoins ce qui manque le plus à cette campagne, comme à la France : l’énergie de l’optimisme et l’espérance de la régénération.

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