Offrir un livre ? Une tâche plus compliquée qu’elle n’y paraît. Car en matière de lecture et surtout de lecteurs, tout roman ne convient pas à tout le monde. Amateurs de polars, de romances ou encore de poésies… Voici une sélection d’ouvrages dans laquelle piocher quelques idées.

 

Kannjawou, Lyonel Trouillot

 

« Un pays occupé est une terre sans vie », écrit Lyonel Trouillot. Le romancier haïtien signe un 10e roman poignant et envoûtant, au cœur de sa patrie. Dans « Kannjawou », il dresse le sombre portrait d’une Haïti en souffrance, en colère, en proie à « l’Occupation » et dépossédée de son avenir.

 

Présentation de l’éditeur

Cinq jeunes gens à l’orée de l’âge adulte rêvent en vain d’avenir dans le misérable quartier de la rue de l’Enterrement, proche du grand cimetière où même les morts doivent lutter pour se trouver une place. Confrontés à la violence des rapports sociaux et aux dégâts causés par des décennies d’occupation militaro-humanitaire dans leur pays placé sous contrôle de la communauté internationale, ils n’ont pour viatique que le fantasme d’improbables révolutions, les enseignements du « petit professeur » et de sa vaste bibliothèque, ou les injonctions de man Jeanne, farouche gardienne des règles d’humanité élémentaires – règles que bafouent allègrement les nantis et les représentants interchangeables des ONG planétaires. Ces derniers, le soir venu, aiment à s’encanailler au « Kannjawou », un bar local aussi pittoresque qu’authentique aux yeux de visiteurs décomplexés et surentraînés à détourner résolument le regard de l’enfer ordinaire que vit un peuple simplement occupé à ne pas mourir. Dans la culture populaire d’Haïti, le mot kannjawou désigne, à l’origine, la fête, le partage. Mais à quelles réjouissances songer quand la souffrance, qui fait vieillir trop vite, accule à la résignation jusqu’à détruire la solidarité des communautés premières ? En convoquant avec éclat la dimension combative dont toute son oeuvre porte la trace ardente, Lyonel Trouillot met ici en scène la tragédie d’un pays qui, sous la férule d’enjeux qui ne sont pas les siens, pris en otage par les inégalités, les jeux de pouvoir et la précarité, dérive dans sa propre histoire, privé de tout projet collectif rédempteur.

Au revoir Man Tine, Mérine Céco

Si vous avez lu « La Rue Cases-Nègres » de Joseph Zobel, le personnage de Man Tine est loin de vous être inconnu. Mérine Céco – de son vrai nom Corinne Mencé-Caster – nous replonge dans l’histoire de son île, la Martinique. Au sein de ce recueil de 12 nouvelles, elle nous conte avec nostalgie et humour les souvenirs de la fabuleuse grand-mère du petit José Hassam.

Présentation de l’éditeur

Il y eut l’époque de Man Tine, des enfants, comme José Hassam, le héros de La Rue Case-Nègres, roman de Joseph Zobel, précurseur de la Créolité, qui, grâce à la ténacité et au courage sans faille de parents ou de grands-parents, ont pu « apprendre à l’école », comme on disait, et sortir de la misère noire de l’Habitation.
Ces enfants, dont la littérature de nos pays n’a jamais vraiment suivi la trace, ont grandi, sont devenus pour beaucoup des fonctionnaires de la classe moyenne. Mais sans conscience d’être les victimes d’un détournement de mémoire et d’histoire. Ils n’ont pas lu les pages des rescapés de l’Autre monde qui, lettre après lettre, de Césaire à Confiant en passant par Schwarz-Bart, se sont évertués à raconter leur Histoire. Ces enfants-là n’ont jamais dit au revoir à Man Tine.
En douze nouvelles comme autant de madeleines,  Merine Céco revient avec un sens aigu de l’observation sur la Martinique de son enfance, composant une mosaïque, cohérente et saisissante, dans le sillage des textes d’une Créolité en devenir.
Une quête à rebours de l’amnésie, un parcours nostalgique à la recherche de fantômes trop vite oubliés.

Trésor, Alecia McKenzie

Lauréat du prix du « meilleur livre pour la région Caraïbes » décerné par le Commonwealth, « Trésor » est le dernier bijou d’Alecia McKenzie. Le lecteur suit le périple de Cheryl, chargée de tenir une promesse faite à sa meilleure amie, Dulci. Au fil des 182 pages, le lecteur découvre l’histoire de cette peintre âgée d’une trentaine d’années, décédée des suites d’un cancer.

Présentation de l’éditeur

Téméraire, butée, rebelle. Dulcinea Evers, jeune peintre coqueluche de New-York, vient de mourir. Mais qui était-elle vraiment ? Au lendemain de ses funérailles jamaïcaines, c’est sa meilleure amie Cheryl qui est chargée de ramener la moitié de ses cendres aux États-Unis. Détient-elle la clef de son histoire ? Tour à tour, ceux qui ont traversé la vie de Dulci s’adressent à elle pour dessiner en creux le portrait d’une femme flamboyante… et résolument libre.

Le dernier colonel, Jean Lods

Après 20 ans d’absence, Jean Lods revient avec « Le dernier colonel ». L’auteur qui a passé la majeure partie de son enfance et son adolescence sur l’île de La Réunion livre un conte métaphysique qui relate le combat d’un homme en lutte avec l’inéluctable.

Présentation de l’éditeur

Depuis qu’il y a une forteresse, il y a un colonel pour la commander. Et une fille de colonel pour dévaler la colline et aller danser. Entendez-vous la musique des fêtes ? Elle vient de la mer comme l’odeur du large. Qui reconnaîtra que le métal des notes commence à se fêler ? Car au Nord la nappe miroitante des marécages semble irrésistiblement avancer. De plus en plus souvent, les cavaliers en patrouille sentent les sabots de leur monture s’enfoncer dans le sol élastique. Une tempête approche. Et, avec elle, des ennemis insaisissables sur des chevaux légers. Ils font tous partie d’un mal plus vaste que le vieux colonel devine mieux que quiconque. Un mal qu’il porte en lui comme son pays au point de se confondre avec elle. La vieillesse.

Tropique de la violence, Nathacha Appanah

 

Mayotte, ce département français au cœur de l’océan Indien Ce département souvent méconnu et oublié… Ce département qui a inspiré la plume de Natacha Appanah... La romancière mauricienne raconte l’histoire du jeune Moïse, dit Mo, un adolescent mahorais qui vit dans un bidonville, livré à lui-même. Elle signe une œuvre déchirante, puissante et tragique sur la dure réalité des habitants de Mayotte.

 

Présentation de l’éditeur

Il y a une immigration constante et tragique dont la presse française ne parle pas. Elle se déroule dans un coin de France oublié de tous, cette ancienne île aux parfums devenue peu à peu un lieu cauchemardesque : Mayotte. C’est là que Nathacha Appanah situe son roman : l’histoire de Moïse, enfant de migrant rejeté par sa mère parce que ses yeux vairons sont signe de malheur. Recueilli et élevé avec amour par Marie, une infirmière, Moïse se révolte quand il apprend la vérité sur ses origines et décroche de l’école. A la mort brutale de Marie, il tombe sous la coupe de Bruce et de sa bande de voyous, issus du ghetto de Mayotte. Il a 15 ans, se drogue, vole et se bat. Humilié, violé par Bruce, il le tue. Pour échapper à la vengeance des amis de Bruce, Moïse se jette dans l’océan au cours de son transfert au tribunal. Ce beau roman à l’écriture sensuelle et limpide est une polyphonie narrative parfaitement maîtrisée, qui donne voix aux différents protagonistes, qu’ils soient morts ou vivants. C’est aussi un réquisitoire contre la misère, un appel au secours pour cette île coincée entre pression migratoire et montée infernale de la violence.

Murmures à la jeunesse, Christiane Taubira

Quelques jours après sa démission du gouvernement Hollande, Christiane Taubira créé la surprise avec cet ouvrage de 94 pages. Dans cet essai, elle revient sur les attentats de 2015 et le projet de loi qui a contribué à son départ du ministère de la Justice : la déchéance de nationalité.

Présentation de l’éditeur

«  Attentats, lutte antiterroriste, état d’urgence… comment, dans ce contexte, préserver les valeurs qui sont le socle de la République ?
Déchéance de nationalité : peut-être est-ce faire trop de bruit pour peu de chose ? Peut-être serait-il plus raisonnable de laisser passer ?
Je ne suis sûre de rien, sauf de ne jamais trouver la paix si je m’avisais de bâillonner ma conscience. » Ch. T.

La matière de l’absence, Patrick Chamoiseau

 

« La matière de l’absence », un bel oxymore. Une belle contrariété à expérimenter et découvrir au sein du dernier livre de Patrick Chamoiseau. Le romancier martiniquais nous parle de la mort de sa mère, Man Ninotte, décédée il y a 17 ans. Un événement dont l’impact ira au-delà du deuil maternel, et entrainera le lecteur dans une réflexion forte sur la Martinique et le peuple antillais.

 

Présentation de l’éditeur

A partir de la mort de sa mère, l’écrivain visite l’histoire encore méconnue des Antilles, leurs genèses, leurs rituels, leurs modes de vie, remontant aux origines de l’humanité, retraçant l’étonnante créativité d’un peuple qui a inauguré ses mythes et ses combats dans le ventre du bateau négrier. Dialoguant avec sa sœur, dite « la Baronne », il évoque, avec tendresse, humour et profondeur, la poétique de tout un monde qui dépasse le cercle familial et nous initie à un bel art de vivre.

 

Je ne suis pas un homme qui pleure, Fabienne Kanor

 

Roman ou récit autobiographique ? Peu importe. La romancière et cinéaste martiniquaise Fabienne Kanor nous parle d’amour, pas de romance, mais des hommes et les relations difficiles. Un récit pétillant et plein d’humour, et une mise au point savoureuse. Une introspection qu’on suit avec délectation.

 

Présentation de l’éditeur

Fabienne Kanor au sujet de son roman : « À l’origine, il devait être question d’amour ou plutôt d’histoires d’amours inachevées, ou parce qu’elles s’achèvent mal ou parce qu’elles ne commencent jamais. J’imaginais une histoire légère comme un milieu d’été avec une femme qui parle beaucoup et des hommes qui passent trop vite. C’est après l’avoir écrite, que j’ai réalisé ce que j’en avais fait. Je crois y avoir glissé autant de rire que de colère, autant de ‘‘petites choses qui font battre le cœur’’ que quelques réflexions plus profondes sur notre société française. »
L’héroïne de ce roman est écrivaine. Au lendemain d’une rupture sentimentale qui fait mal, elle a peur de ne plus savoir aimer, de n’avoir rien de bon à écrire, de ne pas exister dans une société où elle n’a pas de place. L’a-t-elle perdue, cette place ? En a-t-elle seulement déjà occupée une ? Ce sont ces questions-là qu’elle se pose et d’autres, comme : Comment se débarrasser d’un amant encombrant ? La magie antillaise est-elle encore efficace ? Quand faut-il confesser à sa mère qu’elle ne sera jamais grand-mère ? Qui est Maya Angelou ? Elle se souvient des hommes qu’elle a aimés, de ses histoires d’amour qui l’ont souvent menée en Afrique. C’est là qu’elle est devenue romancière, qu’elle a commencé à penser, à regarder le ciel pour voir si Dieu y était. Je ne suis pas un homme qui pleure est un livre bouleversant. Il dit la quête d’une femme, le mensonge des origines, les rêves toujours déçus des mères, les hommes qui s’enfuient et ce qu’ils laissent, et l’écriture qui emporte tout.

L’Ombre animale, Makenzy Orcel

 

Le nouveau bijou de Makenzy Orcel a séduit les jurys des Prix Littérature-monde 2016, Louis Guilloux 2016, des Caraïbes de l’ADELF 2016 et l’Ethiophile 2016. Après « Les Immortelles », cette figure montante de la littérature haïtienne revient avec un roman en clair-obscur, onirique fascinant, à la prose puissante, et livre un décorticage troublant et déchirant d’une famille.

 

Présentation de l’éditeur

Il y a Toi, bonne à tout subir et à tout faire, Makenzy, en père pire que maudit, Orcel, le frère mutique posté devant la mer, l’Envoyé de Dieu et ses bacchanales infernales, et puis les loups qui rôdent en mauvais anges expropriateurs…
Et il y a la voix, une voix de femme qui monte du fond de l’abîme ou du tréfonds du ventre. Elle s’incarne, libre, puissante, en récitante héroïque de sa vie de rien, celle d’avant la mort, avant que les siens ne l’abandonnent dans ce village perdu – « je suis le rare cadavre ici qui n’ait pas été tué par un coup de magie, un coup de machette dans la nuque ou une expédition vaudou, il n’y aura pas d’enquête, de prestidigitation policière, de suspense à couper le souffle comme dans les films et les romans – et je te le dis tout de suite, ce n’est pas une histoire –, je suis morte de ma belle mort, c’était l’heure de m’en aller, c’est tout »

Un roman tout entier porté par le souffle d’un verbe incandescent.

Nègre de personne, Roland Brival

Le romancier martiniquais Roland Brival nous invite à partager une tranche de vie fictive surprenante, celle de l’écrivain guyanais Léon-Gontran Damas. Le co-fondateur du mouvement de la Négritude avec Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor quitte la Normandie direction New York. Un voyage qui le conduira au-delà de ses croyances.

 

Présentation de l’éditeur

Sur le pont d’un paquebot en route vers l’Amérique, un jeune homme, accoudé au bastingage, contemple l’horizon. Il s’appelle Léon-Gontran Damas, il vient de publier à Paris son premier recueil, Pigments, préfacé par Robert Desnos, et il est, avec Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor, l’un des fondateurs du mouvement de la Négritude. Ce voyage, il l’a décidé sur un coup de tête, et le prétexte en est tout trouvé : aller à la rencontre des intellectuels noirs américains de la «Harlem Renaissance». Mais il est loin de se douter que ce rendez-vous qu’il s’est lui-même fixé avec l’histoire bouleversera sa vie de fond en comble et l’obligera, à travers les pages du journal de voyage qu’il destine à ses deux compagnons, à revoir ses propres convictions d’une manière radicale. Loin aussi d’imaginer qu’une jeune femme rebelle et passionnée va bientôt entrer dans sa vie, et qu’elle est de celles qui savent pousser leurs amants dans leurs derniers retranchements.

D’autres idées de romans à offrir : « Le Gang des Antillais » de Loïc Lery – dont l’adaptation cinématographique est sorti en salles le 30 novembre 2016 -, « Creole Kitchen » de Vanessa Bolossier, « Les voyages de Merry Sisal » de Gisèle Pineau, « L’Ancêtre en Solitude » de Simone et André Schwarz-Bart, « L’esclavage raconté à ma fille » de Christiane Taubira, « Je cuisine créole pour Noël » de Leslie Belliot, etc.