« L’expérience m’a apporté l’humilité qui est indispensable à l’action publique. » C’est un président qui ne veut pas se lancer une nouvelle fois dans l’arène et qui préfère se retirer par « humilité ». « Lucide » pour certains, « digne » pour d’autres, François Hollande a annoncé ce jeudi soir en direct du Palais de l’Elysée qu’il ne serait pas candidat à sa propre succession. 

« J’ai décidé de ne pas être candidat à l’élection présidentielle. » C’est avec ces quelques mots que François Hollande a mis fin aux spéculations sur un éventuel second mandat. En fin d’après midi, l’Elysée a prévenu que le Président de la République ferait une allocution en direct à 20h00. Un moment très attendu, l’occasion d’enfin savoir s’il serait ou non candidat en 2017.

Et c’est un non catégorique. Un coup de tonnerre politique. François Hollande devient ainsi le premier président de la 5ème République à ne pas tenter de second mandat. Une décision qu’il justifie ainsi : »Je ne peux me résoudre à la dispersion de la gauche, à son éclatement…Aujourd’hui je suis conscient des risques que ferait courir une démarche, la mienne, qui ne rassemblerait pas largement autour d’elle. »

Pour la France

Mais il n’y a pas que les enjeux politiques qui sont évoqués. Le président en a profité pour faire le bilan de son quinquennat. « Je porte un bilan et j’en assume toute la responsabilité » a-t-il déclaré.

Mariage pour tous, COP 21, lutte contre le terrorisme, il a abordé point par point les grands chantier de son mandat et notamment la fameuse courbe de l’emploi qu’il avait promis d’inverser en 2012: « L’engagement majeur était de faire baisser le chômage. J’ai pris tous les risques…J’ai également aidé les embauches, j’ai fait en sorte que la formation professionnelle soit une priorité…Mais le chômage reste à un niveau trop élevé. » 

Un seul véritable regret pour le président : la proposition de la déchéance de nationalité après les attentats de Paris en novembre 2015 : « J’ai pensé qu’elle pouvait nous unir, elle nous a divisés. » 

Après avoir évoqué ses succès et ses défaites, il a déclaré :« Pour ma part, je ne suis animé que par l’intérêt supérieur du pays. Le pays, depuis plus de quatre ans et demi, je l’ai servi avec honnêteté…. Ce qui est en cause, ce n’est pas une personne mais l’avenir du pays… Dans les mois qui viennent, mon seul devoir sera de continuer à diriger le pays. » Un engagement ferme pour celui à qui il ne reste que cinq mois au pouvoir et qui faisait, il y a quelques semaines encore l’objet d’une menace de destitution. 

Réactions en chaine

Evidemment, les réactions à cette annonce ne se sont pas faites attendre parmi lesquelles celle du candidat Les Républicains, François Fillon auquel François HOLLANDE a d’ailleurs fait allusion dans son discours déclarant « Je respecte la personne, le parcours de François Fillon, mais j’estime que les projets qu’il porte mettent en cause notre modèle social. » L’ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy a qualifié de « lucide » la décision du Président de la République ajoutant par voie de communiqué que « ce quinquennat s’achève dans la pagaille politique et la déliquescence du pouvoir. » Plus à gauche, Emmanuel Macron a salué le courage du chef de l’Etat et la dignité de sa décision. De son côté le candidat du Front de Gauche Jean Luc Mélenchon dénonce le fait que « François HOLLANDE n’a pas appliqué son programme » ajoutant que sa déclaration est « un énorme aveu d’échec ». 

Branle bas de combat

Voilà en tout cas le parti socialiste délivré d’un poids. Maintenant que le Président a pris sa décision, le jeu des primaires va pouvoir commencer. Les candidats ont quinze jours pour déposer leurs candidatures. Parmi elles, celle d’Arnaud Montebourg ou de Benoît Hamon sont quasi-certaines. Reste quelques gros points d’interrogation sur Manuel Valls ou même Ségolène Royal évoquée un temps pour remplacer François Hollande. Sur les réseaux sociaux, plus que jamais c’est le nom de  l’ancienne garde des sceaux, la Guyanaise Christiane Taubira qui revient. Une pétition en ligne signée par plus de 60 000 personnes réclame sa candidature à la primaire.