Après plus de trois semaines passées à scruter le littoral martiniquais, l’expédition Madibenthos a plié bagages pour rejoindre la France. L’heure est désormais au bilan et il n’est pas très rassurant. Selon Philippe Bouchet, chef de l’expédition, « il est clair que les habitats côtiers de la Martinique sont en crise. »

L’expédition terminée, place maintenant au débriefing et plus particulièrement au bilan. Dans une note publiée sur le site web de la DEAL Martinique, Philippe Bouchet, chef de l’expédition revient en détails sur Madibenthos, un dispositif d’envergure qui a pour but de mettre à la disposition des décideurs et gestionnaires des éléments nécessaires à la préservation du milieu marin.

Mandaté par l’AAMP, le Muséum National d’Histoire Naturelle (MNHN) a piloté du 5 septembre au 11 octobre 2016, cet inventaire de la faune et de la flore marines de très grande ampleur sur les côtes martiniquaises. L’objectif était de tendre vers l’exhaustivité au sein des groupes taxinomiques ciblés (éponges, mollusques, crustacés, échinodermes). C’est la raison pour laquelle tous les types d’habitats ont été échantillonnés (mangrove, estuaire, fonds meubles, herbiers de phanérogames, algueraies calcaires et d’algues molles, communautés coralliennes bioconstructrices et non bioconstructrices …) d’abord sur la côte Caraïbe puis sur la côte Atlantique.

Face à la méconnaissance de la biodiversité marine de Martinique et aux pressions multiples subies par les écosystèmes marins, il apparaissait indispensable de disposer d’une cartographie précise des milieux. Au-delà du simple inventaire, l’expédition Madibenthos a permis de dresser des conclusions plus qu’inquiétantes. « […] nous quittons la Martinique avec l’impression d’écosystèmes en très mauvais état écologique. Les récifs coralliens sont envahis par les algues, y compris sur la côte atlantique pourtant plus ouverte. Le poisson-lion et l’herbe marine Halophila stipulacea qui sont des espèces introduites et envahissantes sont partout. Et surtout, bien que le nombre d’espèces récoltées ne soit pas inquiétant, le nombre d’individus rencontrés pour chaque espèce est lui très faible », explique Philippe Bouchet, chef de l’expédition Madibenthos.

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Pour Philippe Bouchet, hormis l’inquiétude liée à l’état désastreux du littoral martiniquais, une autre problématique le laisse perplexe. En effet, après avoir effectué une première expédition en Guadeloupe il y a quelques années baptisée Karubenthosil explique que « la Martinique et la Guadeloupe ne partagent peut-être que 50% de leurs espèces. C’est un résultat très inattendu s’agissant du petit benthos côtier de deux îles distantes d’à peine 300 kilomètres. »

Au final, l’expédition Madibenthos a :

  • mobilisé 63 personnes ; en temps cumulé, 19 700 heures de travail au laboratoire, sur l’eau, et sous l’eau – l’équivalent de 11 années de travail pour une personne,
  • réalisé en tout 506 « événements de collecte » (récoltes en marée, récoltes en plongée utilisant des paniers de brossage et des aspirateurs sous-marins, dragages),
  • consommé 800 litres d’éthanol et 10 500 litres de carburant.

A l’issue de la phase terrain, le professeur Philippe Bouchet, chef de l’expédition a déclaré : «  L’expédition a documenté la présence en Martinique de centaines (probablement plus de 1000) d’espèces qui n’étaient pas encore connues de cette île ; à vue de nez, je pense que 100 à 200 espèces nouvelles pour la science ont été échantillonnées dans des habitats qui sont pourtant accessibles et visités. Tout cela est accompagné de plus de 15 000 photos sur le terrain et en laboratoire, et pas loin de 5000 échantillons de tissus pour les études génétique », avant d’ajouter que « du côté du verre à moitié vide et derrière ces chiffres qui témoignent avant tout du savoir-faire de l’équipe et de l’intensité de l’échantillonnage, nous quittons la Martinique avec l’impression d’écosystèmes en très mauvais état écologique. »

Dans les mois suivant cette expédition, le MNHN impliquera son vaste réseau international de spécialistes pour identifier les spécimens récoltés, précise par ailleurs la DEAL Martinique.