Il y a quelques semaines la France se souvenait avec douleur des attentats de Paris. Un drame qui marquait le début de l’état d’urgence. Hier, à l’issue du Conseil des Ministres, le gouvernement a proposé une nouvelle prolongation. Une proposition qui sera examinée la semaine prochaine à l’Assemblée Nationale puis au Sénat. 

« 4 194 perquisitions, plus de 517 interpellations, 434 gardes à vue et la saisie de près de 600 armes dont 77 armes de guerre ». L’état d’urgence selon Bernard Cazeneuve, c’est ça. Une plus grande marge de manoeuvre pour les forces de l’ordre et une plus grande vulnérabilité pour les terroristes. Avec 17 attentats déjoués depuis le début de l’année et 420 personnes interpellées, il y a de quoi y croire. Pourtant les parlementaires sont de moins en moins enchantés par cette formule. Lors de la première proposition le 26 novembre 2015, le Sénat était unanime et seule 6 voies contre avaient été recensés à l’Assemblée Nationale. Une part « d’anti » qui ne cesse d’augmenter au fil des votes. Le 26 juillet dernier, ils étaient 26 à dire non à l’état d’urgence dans chacune des assemblées. Combien seront ils pour cette cinquième mouture ? 

L’argument électoral

Elections obligent, ils pourraient bien voter majoritairement en faveur de cette prolongation. Et pour cause, avec le nombre de meetings programmés et les rassemblements inévitables les soirs d’élections, chacun aura a coeur de protéger ses candidats et les citoyens. « Au cours des mois qui sont devant nous, notre pays a un rendez-vous démocratique important avec l’élection présidentielle et les élections législatives du printemps prochain », précise le premier ministre Bernard Cazeneuve. Des élections qui auront lieu en avril et juin prochain. L’échéance proposée est donc le 15 juillet 2017, le temps que les nouvelles équipes élues prenne leurs marques.

Critiques 

Malgré le contexte et les chiffres avancés par Bernard CAZENEUVE, de nombreuses voix s’élèvent contre une nouvelle prolongation. D’abord d’un point de vue éthique et légal : l’Etat d’urgence n’a pas vocation à durer. L’avocat de la Ligue des droits de l’Homme Patrice Spinosi l’a d’ailleurs précisé au micro de France Info : « on est face à un état qui dure de plus en plus longtemps et c’est ça qui est très dangereux pour l’équilibre des pouvoirs en France. » D’autant que pour lui, l’efficacité de cette situation reste à prouver : « c’est la justice anti-terroriste, qui travaille sous le contrôle des juges judiciaires, qui permet d’éviter l’ensemble de ces attentats. Il n’est pas du tout acquis que l’état d’urgence soit encore utile. »

Reste à voir ce qu’en diront les parlementaires. Le texte sera présenté mardi à l’Assemblée Nationale avant d’être étudié au Sénat le jeudi suivant.