Cinq titres. Comme un test pour cette nouvelle version musicale d’Esy Kennenga. « Carnet de voyage d’un solda lanmou » est sorti ce week-end sur les plateformes de téléchargement légal. Pas un single, pas un album. Un EP. Le format que l’on offre aux vainqueurs de petits concours de chants. Cinq titres pour voir leur potentiel sur le marché. Et si Esy Kennenga a déjà un public fidèle, ce format n’est pas un hasard : cet EP n’a plus grand chose du EK qu’on a appris à connaitre jusqu’ici. Décryptage.

Premier titre, première surprise

Une voix lissée à l’auto-tune. On n’avait pas encore entendu Esy Kennenga, le troubadour authentique avec cette option. Une première déception pour les puristes plus encore venant d’un chanteur qui a un bel organe et qui sait le maîtriser. En fermant les yeux, on devient plus proche d’un T-Pain qui chanterait en français que du guitariste créole toujours positif. Sur ce premier titre, baptisé « La Foule », il reste en revanche une belle plume. Une plume d’actualité qui plus est. On y parle de politique, d’élection, de paix, de choix. Toujours des textes conscients avec du sens. De quoi rassurer celui qui écoute même s’il est en même temps assez déboussolé par le style choisi. Et en la matière, il n’est pas au bout de ses surprises.

Inspirations internationales

Les titres suivants correspondent au titre de l’EP : « Carnets de voyage d’un solda lanmou ». Mais le voyage n’est pas tant dans les paroles (sauf peut être dans allez « viens ») que sur la musicalité. On y retrouve un air de Tove Lo et de tout ce qui fait cette espèce de musique électro douce nouvelle génération. Avec une guitare différente (adieu l’acoustique), Esy semble tenter de glisser ses textes et sa créolité dans des habits qui parlent aux monde entier. Les compositions sont très légères comme sur le second titre « O konba » qui se contente de quelques accords de cette fameuse guitare. Bon point : cette fois, la voix de l’artiste reprend toute sa place et son originalité.

Sur le troisième titre, « allez viens », on est encore dans la douceur de cet électro de fin de soirée. Un style qu’on écoute en fond en prenant un apéro. Si vous pensiez danser comme si on ne vous regardait pas, ce ne sera pas aussi endiablant, mais vous pourrez toujours y mettre une bonne dose de sensualité. 

EK d’hier et d’aujourd’hui

Le titre qui semble le plus proche de l’EK qu’on connait, c’est le quatrième : « Haters ». Si les paroles ne sont pas les meilleures qu’il ait écrit, la chanson reprend les codes rythmiques de ce à quoi l’artiste nous a habitué avec une petite accélération qui tire sur la soca. On y redécouvre donc « notre » Esy, un peu comme dans le dernier titre, « Accumuler » qui mêle créole pop et reggae. Un mélange des genres qui prouve toute la dimension expérimentale de cet EP. Censé être la première partie d’un album, il donne un avant goût de ce renouveau vers lequel semble tendre Esy Kennenga. Pas évident pour un artiste dont les thèmes sont plutôt récurrents (soyons positifs, aimons nous les uns les autres, soyons courageux et ne nous prenons pas la tête…). A défaut de changer de plume, il a donc changé les instruments. Une surprise qui plaira à certains mais qui pourrait en décevoir d’autres. Avec ces cinq chansons, Esy Kennenga prend le risque de séduire un nouveau public et peut être que ses fans de la première heure le suivront dans cette nouvelle aventure musicale. Celle d’un jeune homme qui tente de se réinventer. Une aventure courageuse qui montre sa détermination à perdurer dans un univers qui le porte depuis plus de dix ans déjà.