493. C’est le score des quelques 6 000 jeunes français de 15/16 ans qui ont été évalués par le PISA 2015 (le Programme International pour le Suivi des Acquis). Tous les trois ans, il mesure l’apprentissage des élèves et émet des recommandations pour mieux faire. Cette année , l’accent était mis sur les connaissances scientifique, et une fois encore, le résultat français s’aligne sur celui des Etats-Unis ou de l’Autriche. Une note proche de la moyenne des 72 pays de l’OCDE : 495. 

Mais qui aime avoir un peu moins que la moyenne ? Avec ce rapport, tous les regards sont braqués sur l’Education Nationale. Essayons de mieux comprendre pourquoi la France ne produit pas les meilleurs élèves notamment en matières de sciences.

« La France est le pays de la reproduction sociale, dans lequel une bonne part du destin scolaire est liée à l’origine sociale. » La ministre de l’Education Nationale, Najat Vallaud-Belkacem ne fait pas l’autruche. Elle le sait, les enfants nés dans des familles défavorisées sont aussi les moins bons éléments de la classe. Une réalité que le PISA 2015 a bien saisi. Dans son analyse, le quotidien « Le Monde » le démontre d’ailleurs en chiffres « 118 points séparent le résultat de l’enfant « bien né » de celui d’origine très modeste. Le premier a obtenu en moyenne 558 points aux tests ; le second seulement 441 points. C’est l’un des écarts les plus forts parmi les 72 pays ou économies qui ont participé à l’enquête.« 

Et c’est entre autre pour corriger le tir que l’Education Nationale a mis en place plusieurs réformes ces dernières années avec en ligne de mire le décrochage scolaire. Des dispositifs qui sont encore loin de faire leur effet puisque la France a toujours près de 40% d’élèves issus de milieux défavorisés en difficulté. Un chiffre plus élevé que la moyenne de l’OCDE, 34%. 

Troubles de l’attention

Il n’y a pas que le système qui serait en cause. Pour l’ancien ministre de l’Education Nationale, Luc Ferry (2002-2004), ce rapport PISA, « n’évalue pas les systèmes éducatifs, mais ça évalue les élèves. On dira que le système français est très inégalitaire et ça réjouit tous les néo-républicains qui expliquent que l’école ne fait que s’effondrer depuis quarante ans. Mais ce n’est pas vrai du tout, c’est absolument faux. » Et ce qu’il faut retenir de cette évaluation des élèves, c’est qu’ils travaillent moins. Moins qu’avant mais aussi et surtout moins que dans les pays asiatiques qui caracolent en tête du classement. Et cette éducation au travail, c’est à la maison que ça se passe et ce, dès le plus jeune âge. Pour Carole Barjon, auteur du livre « Mais qui sont les assassins de l’école? » et journaliste à l’Obs, le sujet n’est d’ailleurs pas le collège. « Le sujet c’est l’école primaire car en réalité, les difficultés des élèves datent d’avant. » 

Repenser l’école depuis le début

L’enquête PISA 2015 mesure l’apprentissage des élèves qui sont entrés au CP en 1999. Pour voir les effets des réformes du quinquennat Hollande, il faudra attendre 2024 (soit les élèves entrés au CP en 2014). Une vue d’ensemble est nécessaire. Car comme l’explique Carole Barjon, c’est dès l’entrée en cours préparatoire que se construit le système de connaissances et de compréhension de l’élève. Il faut donc agir en amont c’est à dire, à la maternelle. Et c’est ce que se targue d’avoir fait le gouvernement puisqu’il a fait entrer de nouveaux programmes chez les tous petits. Des programmes dont les effets ne seront connus que dans plusieurs années et qui en attendant, seront appliqués à la lettre par les enseignants. Encore faut-il qu’on leur en donne les moyens. Selon les chiffres du gouvernement, en 2015, la France a consacré 147,8 milliards d’euros à son système éducatif, soit 6,8% du PIB après avoir baissé les dotations de l’éducation entre 2010 et 2012. Une enveloppe qui aurait notamment permis d’améliorer le quotidien des professeurs souvent dépassés et dont la remise à flot fait partie des recommandations de l’OCDE. 

Valorisation d’un métier

A l’école, rien n’est possible, rien ne tient, sans les enseignants. Il a donc fallu relancer la formation initiale et créer des postes pour des professeurs débordés. Selon le ministère de l’Education Nationale, entre 2013 et 2017, 54 000 postes ont été créés. Des enseignants nouveaux et plus anciens qui sont aussi formés au numérique et aux sciences (1800 écoles et un quart des collèges auraient été équipés à la rentrée 2016). Car pour atteindre le niveau du meilleur élève de PISA à savoir Singapour, il faut prendre en compte l’évolution technologique du monde. Selon Gabriela Ramos, conseillère spéciale du Secrétaire général et Sherpa G20 « cette nécessité vaut non seulement pour ceux dont la carrière dépend directement de la science, mais aussi pour tous les citoyens soucieux de prendre position de manière éclairée dans les nombreuses questions qui agitent notre monde aujourd’hui, de la santé au développement durable, en passant par le réchauffement climatique. De nos jours, chacun doit être capable de « réfléchir comme un scientifique ». »

Un temps pour chaque chose

On attend donc toujours que l’école française se réveille à l’instar de l’Allemagne ou du Portugal qui ont mis en place des politiques radicales pour améliorer les performances de leurs élèves. « Un choc PISA » que la France déclare avoir entamé. Mais pour Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Education Nationale, il faut « donner du temps au temps. Ce n’est sans doute pas le slogan le plus enthousiasmant qui soit, mais c’est une juste manière de ne pas prendre les résultats PISA 2015 de la France pour autre chose que ce qu’ils sont : un aperçu du présent« . 

Autrement dit, il va encore falloir de la patience pour percevoir les effets des mesures prises ces dernières années. Pour Gabriela Ramos, « La France a déjà mis en œuvre des réformes qui vont dans la bonne direction. En lien avec les recommandations de l‘OCDE, davantage de ressources, d’enseignants, de bourses et de soutien ont été déployés en faveur des élèves défavorisés. La Loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République du 8 juillet 2013 visant à lutter activement contre le décrochage et l’échec scolaire dès le plus jeune âge marque une étape importante. ». Mais la route est encore longue pour faire des petits français des petits Einstein et dans un monde numérique où tout va plus vite et où les élections présidentielles approchent, la patience du gouvernement n’est pas toujours celle de la population. 

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