S’il y a un candidat qui peut s’estimer privilégié en cette période de Noël par les cadeaux reçus c’est bien Emmanuel Macron. Coup sur coup, trois sondages relatifs à sa popularité (parmi les femmes, les électeurs de gauche et droite et les français) viennent de le placer en tête.

Le dernier en date indique qu’il ferait pour la majorité des français (55%) un meilleur président que François Fillon. Une véritable claque pour le candidat de la Droite et un coup de théâtre quelques semaines avant la primaire de la Gauche à laquelle Emmanuel Macron ne participera pas. Ce sondage lui donne d’ailleurs raison d’un point de vue stratégique. Macron séduit même 56 % des électeurs du Front National et 76 % de ceux de gauche ! La campagne pour la présidentielle en ce mois de décembre, démarre donc sur les chapeaux de roue, de façon plutôt inédite et surprenante ! Place désormais à une confrontation inéluctable de deux projets dominants et différents, riches et nouveaux en termes d’idées, de propositions et d’audace politique mais aussi d’imprécisions et de curiosités. Un affrontement inédit en France entre un progressisme libéral et libertaire et un conservatisme libéral et radical.

Alors bien sûr, il y a les propositions des extrêmes, gauche et droite, mais force est de constater qu’il y a globalement dans les premières propositions de Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon les mêmes idées et stigmatisations anti-système que dans leur programme de 2012. Et ce, malgré un véritable effort de démocratie participative de Mélenchon avec son mouvement « les insoumis » pour formuler un projet différent. La grande lacune de l’élection présidentielle française depuis 1981 est que le fond a toujours été éclipsé par les affrontements de personnalités : Mitterrand/Chirac, Chirac/Jospin, Chirac/Le Pen, Sarkozy/Royal et Hollande/Sarkozy. A chaque fois, l’élection s’est jouée sur l’opposition majoritaire dans l’opinion publique à l’un des deux protagonistes plus que sur des idées trop générales et floues de ces candidats. Alors que cette fois, nous avons enfin l’opportunité d’avoir pour le moment, en dehors des extrêmes, l’émergence au dessus du lot d’au moins deux candidats « neufs » et nouveaux, inattendus et porteurs d’idées et de convictions fortes forgées au contact des français, avec des démarches différentes (diagnostic participatif pour Macron, et longue campagne de terrain pour Fillon).

« La révolution en marche » pour Macron

La vision du candidat des progressistes de gauche et de droite, consiste en l’extension de l’autonomie des établissements publics d’éducation et d’enseignement supérieur, création d’un droit universel à la mobilité professionnelle et à la dignité au travail, déconcentration généralisée du service public d’état, baisse de la totalité des charges sur les entreprises et salaires, modernisation de la fonction publique, accompagnement et libération des dynamiques territoriales, la suppression du DSI, globalisation de l’ordre public social, modulation personnalisée du temps de travail, création d’un bouclier social européen, redéfinition des institutions européennes.

Didier Destouches

« Casser la baraque » pour Fillon

Celle du candidat de la droite et du centre, consiste à faire la suppression de 500 000 postes de fonctionnaires, la privatisation des entreprises publiques, la suppression de l’impôt sur la fortune, d’économiser 110 milliards en 5 ans, un rapprochement avec la Russie, la Turquie, la Syrie, Reporter l’âge légal de la retraite à 65 ans, la réécriture minimaliste du code du travail, l’application rigide de la laïcité, la mise en place d’une allocation sociale unique.

Des idées il y en aura aussi dans le cadre de la primaire citoyenne des socialistes, mais leur synthèse risque comme en 2011 d’être difficile à réaliser avec un manque de cohérence à prévoir. Les français au vu des derniers sondages s’orientent donc vers le choix entre une diminution très forte de l’État providence, une politique d’austérité et la défense de valeurs traditionnelles chrétiennes et bourgeoises porté par Fillon ou un basculement vers la libération des énergies individuelles, entrepreneuriales, territoriales et numériques et une protection des valeurs républicaines au premier rang desquelles l’intégration de tous dans le cadre de la diversité porté par Macron.

Reste le projet socialiste à venir. Si par miracle, la recomposition idéologique en cours derrière la façade de la primaire citoyenne débouche sur un projet post-union de la gauche, si les conflits de leaders et d’égos s’arrêtent, il sera peut être lui aussi riche et très marqué idéologiquement. Il faut pourtant craindre outre les divisions sclérosantes générées fatalement par la primaire d’un parti trop divisé, que ce programme soit effacé par une candidature dont le vrai but sera de préparer l’après défaite annoncée et point pour faire gagner la France dans le monde de demain. Dès lors, oui, c’est déjà acquis ; la présidentielle 2017 sera une bataille à rebondissements, entre deux hommes inattendus il y’a encore quelques mois. Un combat surtout de projet contre projet.  Et même le « père noël » semble déjà avoir fait son choix. Nous verrons s’il restera constant après les fêtes.