Elle était la première à annoncer sa candidature à l’élection présidentielle de 2017 en France. Sans concurrence au sein de son parti, Marine Le Pen est déjà en campagne. Et pendant que la gauche se cherche encore un leader, l’extrême droite a d’ores et déjà envoyé sa championne faire la tournée des outre-mer avec un premier déplacement à la Réunion et à Mayotte. Son programme sous le bras, elle entend bien séduire à terme toutes les régions ultra-« Marine ». Mais au fait, ce programme… qu’y trouve-t-on ?

On y trouve d’abord un souvenir. Celui d’une Marine émue lors de sa première campagne politique, en Martinique. C’était en 1987 aux cotés d’Huguette Fatna devenue depuis, la marraine de sa fille Mathilde. Une amitié qui n’est pas partagée par tous. Il faut dire que les Le Pen ont eu bien du mal à débarquer sur l’île aux fleurs ses 30 dernières années. Si le père a été refoulé sur le tarmac de l’aéroport en 1986 puis pris à partie en 1997 par des militants indépendantistes, la fille, elle, était attendue de pied ferme sur l’île aux fleurs par un comité sobrement baptisé « Marine Déwô » début 2015. L’arrivée en terre martiniquaise, quand elle sera décidée, s’annonce donc houleuse. Mais avec son programme Outre-mer bien ficelé, la présidente du Front National semble confiante. 

Du rapport à la « Métropole »

Pourtant elle part avec en bouche et sous la plume un terme qui ne satisfait plus. Rémanence de l’époque coloniale pour certains, incongruité géographique pour d’autres. Qu’importe, c’est celui que le FN préfère donc pas question d’hexagone, ce sera « Métropole ». Malgré le mot polémique, le respect voire même l’affection pour les outre-mer semble être là. Marine Le Pen a redoré le blason raciste du FN et ne tarit donc pas d’éloge sur nos merveilleuses terres françaises, insistant sur leur importance : « L’Etat doit faire de la résolution des problèmes de l’Outre-Mer, un objectif politique prioritaire. » 

Cette priorité, elle passe d’abord par la réforme du Ministère des Outre-mer. Un outil qu’elle trouve trop insignifiant. La grandeur de nos territoires étant capitale à ses yeux (comme à tous ceux qui ont brigué la tête du pays avant elle), ils méritent bien un « Grand Ministère d’Etat de l’Outre-Mer et de la Mer ». Objectif : donner une place plus centrale dans la politique nationale à ceux qui s’en sont toujours senti à la marge. L’idée promet d’en convaincre plus d’un. Nous, on demande à voir les ultramarins au coeur de la République. Plus encore dans un ministère qui mêle mer et outre-mer. Un mot en commun certes, mais l’un parle de territoires français hors « métropole » (qui sont certes, des terres entourées d’eau pour la plupart ou bordées de plages) quand l’autre parle d’étendues d’eau situées aussi bien dans la mer des Caraïbes que le long des côtes de la Manche ou en plein Atlantique. Au Ministère d’Etat de l’Outre Mer et de la Mer, le dossier sur la pêche bretonne sera posé à coté de celui sur l’agriculture martiniquaise. Un  mélange d’un genre qui n’empêche par la candidate de voir grand. Marine Le Pen le promet : tous les ministères de la République auront un oeil sur l’outre-mer. C’est un « engagement personnel du chef de l’Etat » : deux fois par an, elle présidera d’ailleurs, si elle est élue « le conseil interministériel de l’outre mer. » Et elle le garantie : « Seul un suivi régulier, par cette instance, de la réalisation par chacun des ministres des engagements du Chef de l’État devant le peuple français, permettra d’éviter que les questions d’Outre-Mer ne s’enlisent dans la routine administrative et ne s’effacent devant les autres urgences de l’action gouvernementale. »

Plus de sécurité, plus de flics

Parmi les urgences de l’action gouvernementale en outre-mer, il y a la sécurité. Mais à l’heure où son concurrent Républicain François Fillon, parle de réduire le nombre de fonctionnaires de manière drastique pour réduire les dépenses de l’Etat, Marine Le Pen, elle, promet d’avoir assez de moyens pour doubler les effectifs de la police aux frontières à Mayotte et les augmenter de 50% à Cayenne. Elle assure aussi qu’elle doublera en Guyane les effectifs militaires et augmentera les moyens d’intervention sur les fleuves-frontières. Aux Antilles, même promesse : augmenter les moyens de l’OCRTIS qui lutte contre les trafics de stupéfiants. Un programme ambitieux dans un pays où les caisses sont à priori vides.

Autre mesure pour davantage de sécurité et pour une meilleure coordination des services : la création d’une « direction à l’Etat-Major des Armées en charge des questions spécifiques liées à l’Outre-Mer (doctrine, capacités, budget). »  Une antenne « en relation avec le Ministère des Affaires Etrangères. » …Ou l’art d’opérer sur un territoire français mais étranger en même temps.

De l’ouverture économique

En matière d’économie, le tourisme est un point non négligé, mais attention, un tourisme de luxe pour attirer les gros bonnets. Les vacances de « sonson » qui n’a rien à dépenser, ce sera ailleurs. Nous, on met le cap sur les mêmes marchés que nos voisins…ceux qu’ils maitrisent depuis plusieurs années déjà. Porteur. 

Afin de permettre un tel développement, comme pour tout le secteur économique, Marine Le Pen mise sur la venue de ce qu’elle appelle des « investisseurs extérieurs » (et non pas étrangers, tout est dans la nuance). Des groupes publics ou privés qu’elle entend mettre en relation avec les ZUFIP pour « Zones Ultra-Marines Françaises d’Investissement Prioritaire. » Avec ce dispositif qui regroupe tous les outils et toutes les lois qui régissent l’investissement à la française, ceux qui veulent injecter des fonds dans nos territoires en connaitront exactement les potentiels et les atouts. Une sorte de bureau d’accueil de l’investissement qui aura son haut commissaire à la coopération économique nommé par Bercy et « susceptible d’être issu du monde de l’entreprise ». Il possédera aussi son agence basée « en métropole ». Son nom : l’Agence Pour les Investissements Privilégiés d’Outre-Mer soit « APIPOM », à ne pas confondre avec une quelconque Pomme d’Api. 

Pomme de Reinette, l’octroi de mer est aussi à l’affiche du programme économique bien sûr. Un sujet sur lequel la candidate du FN entend « ouvrir le débat et réformer cette taxe en repensant ses modalités et sa finalité ». Objectif à terme, « moduler l’octroi de mer en fonction de la provenance des produits… Idéalement, nous souhaitons étudier la mise en œuvre d’un octroi de mer qui distingue d’un côté métropole et Outre-Mer et de l’autre le reste du monde. » La redistribution de la taxe est aussi envisagée. Le Front National prévoit « d’allouer les revenus de l’octroi de mer au soutien des politiques publiques de l’Etat-stratège et des collectivités locales qui ont le maximum d’effets de leviers sur le développement économique » ou comment expliquer aux communes en manque de ressources qu’elles ont mal géré leur impôt mais qu’on va leur apprendre comment faire.

Le développement économique d’un territoire pour le Front National, c’est aussi sa capacité à être rapide et à bénéficier des dernières technologies. Alors que la 4G débarque dans les Antilles à des prix ahurissants et avec un débit qui désespère les geeks, internet fait partie des priorités du FN. Une promesse de suppression de la fracture numérique qui n’a rien de nouveau, ni dans les discours politiques…ni dans nos ordinateurs. Mais pour se démarquer, Marine Le Pen rattache nos connexions ralenties à l’important soutien dont ont besoin nos startup. Des entreprises basées sur le numérique dont l’outre-mer foisonne et qu’il faut encourager « de manière à enraciner une culture de la créativité dans la révolution digitale. »

Un oeil sur la classe

Avant de permettre une révolution, encore faut il éduquer les jeunes. « Pour améliorer cette situation, il faut commencer par appliquer le même programme en matière scolaire qu’en Métropole. » Ça, c’est déjà fait. Mais par, programme, Marine Le Pen entend surtout « retour de l’autorité et de la discipline, recentrage énergique des enseignements autour des fondamentaux de l’instruction publique, augmentation des heures de français et de mathématiques à l’école primaire. » Et surtout l’interdiction du passage au collège sans maitriser la lecture et l’écriture. De quoi obtenir le vote de nombreux enseignants confrontés à des élèves de 4ème avec trop de lacunes. 

En matière d’éducation, le Front National compte beaucoup sur un détricotage des dernières mesures de l’équipe Hollande parmi lesquelles les temps d’activités périscolaires. Un gouffre financier pour Marine Le Pen. Elle a d’ailleurs déjà prévu de rediriger les fonds alloués à ce programme vers le développement d’internats. Des espaces de vie et d’études réservés aux jeunes qui n’ont pas, chez eux, les conditions nécessaires à une bonne scolarité. Beau projet, à ceci près que certaines communes ultramarines ont déjà mis fin à ces TAP faute de moyens. Difficile de croire que ce qui finançait difficilement un après-midi ludique à l’école puisse suffire à alimenter un internat.

Enfin la solution Service Militaire Adapté (SMA) a su séduire le FN qui l’encourage. Elle est même rendue obligatoire pour les jeunes qui sont déjà déscolarisés ou sans diplôme, sous peine de voir disparaitre les allocations de leur famille.

S’il semble avoir fait le tour des problématiques des outres-mer, le programme de Marine Le Pen pour nos régions va encore devoir convaincre les électeurs. Dans le secret de l’isoloir, chacun choisira son camp. Une décision qui sera peut-être influencée négativement par la punchline naïve du programme : « La France a eu tant de présidents de la République « terriens » qu’elle pourrait faire demain le choix d’une présidente « Marine ». ». A revoir.