A quelques mois de l’élection présidentielle en France, ça s’active sur la scène politique entre les préparations des Primaires et les candidatures. La dernière en date, celle d’Emmanuel Macron. Ce mercredi, l’ex-ministre âgé de 38 ans et fondateur du mouvement « En Marche », brigue officiellement l’Elysée. En Martinique, c’est Mathieu Gama qui a été choisi comme référent du mouvement, à l’échelle locale. Nous l’avons rencontré afin d’en savoir plus sur Emmanuel Macron, un candidat qui veut casser les codes et qui arrive là, où peu de personnes l’attendaient.

Mediaphore : Emmanuel Macron a annoncé ce mercredi, sa candidature à l’élection présidentielle française de 2017. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Matthieu Gama : Je suis particulièrement satisfait qu’il y ait enfin un homme politique avec une approche spiritualiste de la politique. Quand Emmanuel Macron dit ce mercredi que ce qu’il souhaite, c’est que la France élève ce qu’elle a de meilleur en elle-même, que les français donnent le meilleur d’eux-même. On a enfin un homme politique qui a une approche claire et limpide et spiritualiste de la politique. La spiritualité étant par définition la qualité d’un individu qui cherche à élever ce qu’il y a de meilleur en lui.

Mediaphore : Emmanuel Macron s’est vu coller l’étiquette du jeune banquier d’affaires en manque d’expérience sur la scène politique. N’aurait-il pas fallu qu’il attende encore un peu avant de tenter un pari comme celui de la Présidentielle ?

MG : On lui a collé une étiquette et je ne pense pas qu’elle tiendra longtemps puisqu’elle ne correspond pas au personnage. Vu son âge, ce que j’apprécie c’est l’audace. Est-ce qu’il fallait attendre ? Non. C’est un peu comme un mariage. Quand on est amoureux, on se marie. Il avait envie de mener ce projet là avec la France, avec les Français. Si je devais parler à mon fils de choses importantes dans la vie, je lui dirai, mon fils prend des risques et c’est ce que fait Emmanuel Macron. Il a pris des risques, il a quitté le Gouvernement alors qu’il pouvait rester en planque, il a monté son mouvement, il l’a structuré, il a fait entendre sa voix, une voix différente. Il a assumé d’être de gauche mais ne pas être socialiste.

Mediaphore : Le mouvement « En Marche » s’appuiera t-il en priorité sur la jeune garde martiniquaise qui ne semble pas insensible au discours de son fondateur ?

MG : On essaie de concevoir En Marche de façon différente. Les autres partis essaient de capter la jeunesse, de capter leur intérêt, de capter leurs voix. Moi j’attends leurs propositions. J’ai l’expérience des « Bokantaj de la jeunesse » qui avaient été organisés à l’époque et les jeunes étaient venus face aux politiques en leur disant « vous, vous nous proposez quoi ?. » Chacun avait vendu son programme et ce jour-là, je me suis rendu compte du décalage. Moi si j’avais des jeunes en face de moi, je leur dirai, « écoutez, moi j’ai eu votre âge, à mon époque, les choses n’étaient pas totalement pareilles et aujourd’hui, je viens vous voir en vous demandant, de quoi avez-vous besoin ? » Et en fonction de leurs réponses, on pourrait construire quelque chose de commun. Les jeunes ont envie de réussir leur vie et de réussir dans la vie.

Emmanuel Macron a conscience de l’enjeu électoral que représente l’Outre-mer.

Mediaphore : Quel lien peut-on établir aujourd’hui entre le mouvement « En Marche » et les martiniquais ?

MG : Je pense que la population martiniquaise est en attente. Beaucoup de martiniquais attendent de connaître le positionnement d’Emmanuel Macron sur des points précis. Sur la colonisation, le rapport a établir entre la France et les Antilles et on attend aussi de savoir ce qu’il pense d’aller faire la guerre dans d’autres pays. Il s’est exprimé sur la santé, sur l’éducation, sur la politique de façon générale, sur le problème du chômage. C’est vrai qu’on l’attend sur de nombreuses choses parce que c’est un OVNI politique. On ne l’avait pas vu venir et là aujourd’hui il est candidat, il a fait naître beaucoup d’espérance, il a éveillé la curiosité de beaucoup d’entre nous et je pense que le travail de l’équipe d’En Marche Martinique, c’est justement de recueillir l’avis des uns et des autres sur ce que pourrait être la vision d’Emmanuel Macron sur les Antilles et de les lui faire remonter.

Mediaphore : Comment allez-vous matérialiser cela sur le terrain ?

MG : Nous avons déjà quatre comités locaux. Un à Schoelcher, au Lamentin, un à Fort-de-France et un à Ducos donc il y a des animateurs locaux qui sont chargés de recueillir des avis, de faire des réunions. Le comité de Fort-de-France dispose pour l’instant de douze membres. On va faire remonter tout ce qui caractérise la Martinique, par exemple, nous avons une problématique en Martinique qui est sous-jacente à tout ce qui se passe, à toutes les données économiques factuelles, c’est le problème du mieux vivre ensemble et ça c’est déterminé par l’histoire de la construction de la société Antillaise. Il y a un malaise qui est sociétal, qui se transforme ensuite en malaise social, économique. C’est tout cela qu’il faut restituer à Emmanuel Macron afin qu’il puisse y réfléchir. Nous lui ferons également des propositions.

Mediaphore : Emmanuel Macron se rendra t-il aux Antilles prochainement ?

MG : J’espère qu’il nous fera l’honneur de venir nous voir au courant du mois de décembre. C’est la proposition que nous lui avons fait. J’espère qu’il fera cette tournée aux Antilles. Il a conscience de l’enjeu électoral que représente l’Outre-mer. Il faut garder en tête que l’Outre-mer et sa diaspora c’est quand même plus de deux millions électeurs. Je ne pense pas qu’un candidat motivé par l’envie de devenir le prochain Président de la République française puisse faire l’impasse sur autant d’électeurs.