Pour la première fois, une étude poussée a été réalisée par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies sur l’usage des drogues en Outre-Mer. Toutes les classes d’âge de 17 à 75 ans sont concernées par cette étude qui met en évidence la consommation élevée d’alcool et de tabac en Martinique et à la Réunion même si globalement, elle reste inférieure à la métropole.

Pour la première fois, l’Outre-mer bénéficie d’une étude précise sur le rapport de ces populations avec les drogues, tous âges confondus. Dans cette synthèse des résultats en outre-mer des enquêtes Baromètre santé et ESCAPAD, il est question de drogues et de ses usages dans les Départements d’Outre-Mer (DOM). On apprend ainsi que l’alcool et le tabac sont moins consommés dans les Outre-Mer qu’en métropole. Il en est de même pour les substances illicites à l’image du cannabis, globalement moins diffusé dans les DOM qu’en métropole. Seul bémol, les conduites addictives et les pratiques à risque qui ne sont pas forcément moins nombreuses.

Commençons par le tabac ou à l’adolescence comme à l’âge adulte, son usage apparaît nettement plus faible dans les DOM qu’en métropole. En 2014, les adolescents de 17 ans et les adultes (18-75 ans) sont respectivement 32 % et 29 % à déclarer fumer au moins une cigarette par jour en métropole. Les niveaux de tabagisme quotidien les plus faibles sont mesurés en Guadeloupe et en Guyane, où 12 % des adultes et des adolescents disent fumer tous les jours. Il en est de même parmi les adolescents martiniquais, dont le niveau de tabagisme est un des plus faibles mesurés en France. En revanche, à La Réunion, parmi les adolescents (22 %) comme parmi les adultes (25 %), il s’avère nettement supérieur et tend à se rapprocher de la prévalence métropolitaine.

© OFDT

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Pour ce qui relève de l’e-cigarette, dans les DOM, son usage se révèle nettement moins répandu qu’en métropole. Alors que la première motivation d’utilisation demeure la diminution ou l’arrêt du tabac, le moindre tabagisme dans les DOM semble limiter le nombre de personnes possiblement intéressées, précise l’étude.

La Martinique, département où l’on consomme le plus régulièrement de l’alcool

Dans un premier temps, il faut noter qu’à l’image du tabac, la consommation régulière d’alcool est moins importante dans les DOM qu’en métropole à la fois chez la population adolescente et adulte. Le contraste se situe plutôt entre les départements d’Outre-mer. Ainsi, on apprend à travers cette étude que La Réunion, dont le tabagisme est proche de celui mesuré en métropole, se démarque au sein des départements d’outre-mer par le niveau le plus faible de consommation régulière de boissons alcoolisées, chez les adolescents comme parmi les adultes.

A contrario, la Martinique est en tête en terme d’usage régulier d’alcool dans les départements d’Outre-mer à la fois chez les adolescents comme chez les 18-75 ans. Pour expliquer cela, l’étude s’appuie sur les types de boissons consommées dans chaque département. Par exemple, dans l’ensemble des DOM, les bières ou alcools forts (le rhum, par exemple) dont certains sont produits localement, sont plus fréquemment consommés quotidiennement (3 % à La Réunion et 4 % en Martinique, contre 2 % dans l’Hexagone).

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À 17 ans comme en population adulte, les personnes résidant dans les DOM sont moins nombreuses qu’en métropole à déclarer avoir connu une ivresse au cours de leur vie : autour de quatre personnes sur dix à 17 ans (59 % en métropole), et de 44 % dans les DFA à 56 % à La Réunion parmi les adultes (62 % en métropole). Les épisodes d’ivresse récents se révèlent également plus rares dans les DOM. Seule La Réunion se distingue par un niveau d’ivresses répétées (au moins trois) dans l’année, comparable à celui observé en métropole.

Parmi les DOM, c’est en Guadeloupe que l’on consomme le moins de cannabis

Si les niveaux d’expérimentation mesurés dans les DOM montrent que le cannabis est globalement moins diffusé qu’en métropole, notamment en Guadeloupe, où son expérimentation est deux fois moindre en population adulte, deux départements se démarquent néanmoins des autres DOM : La Réunion et la Martinique. Dans ces deux départements d’Outre-mer, les usages réguliers de cannabis sont comparables à ceux de la métropole. L’étude des usages par sexe révèle que ces niveaux sont comparables pour les hommes seulement, les femmes étant beaucoup moins nombreuses à fumer régulièrement du cannabis dans les DOM. Signalons par ailleurs que le cannabis, dont la production locale est plus importante qu’en métropole notamment à La Réunion, est dans les DOM davantage consommé sous forme d’herbe que de résine. Sous cette forme, son usage ne nécessite pas forcément d’être associé à du tabac, ou l’est en quantité inférieure à celle des joints confectionnés avec de la résine. En Martinique et en Guyane, les niveaux d’usage régulier de cannabis sont supérieurs à ceux de la Métropole.

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Les conduites addictives, point faible de la population ultramarine

Dans les DOM et notamment en Guadeloupe et en Martinique, la part des accidents pour lesquels l’alcool est impliqué est bien plus élevée qu’en métropole (préfet de la Martinique, 2015), alors que les interpellations pour ivresses publiques et manifestes y sont en nombre plus faible. Plus inquiétant encore à La Réunion, avec 220 décès en moyenne par an directement liés à l’alcool sur la période 2010-2012, le taux de mortalité sur l’île de l’Océan Indien est deux fois supérieur à celui constaté en France hexagonale (ORS de La Réunion, 2015). De manière globale, cette enquête a notamment établi qu’en 2014, le tabagisme est deux à trois fois moins élevé dans les DOM qu’en métropole et que la consommation de cannabis y est moins fréquente. De même, les niveaux de consommation d’alcool (régulière ou ponctuelle importante) y sont nettement inférieurs. Les résultats du Baromètre santé 2014 montrent que cette moindre consommation des jeunes perdure à l’âge adulte, surtout pour le tabac et l’alcool (Richard, 2015b).

À Mayotte, île de l’archipel des Comores devenue département français en 2011, la situation se révèle beaucoup moins documentée que pour les autres DOM. Les acteurs locaux identi ent toutefois des problématiques singulières sur ce territoire. Les jeunes de Mayotte ont un comportement spéci que envers l’alcool et le tabac, du fait de leur environnement social, culturel et religieux.

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