J’ai eu le privilège d’accueillir les trois mousquetaires du rhum agricole au Beachcomber la semaine dernière alors qu’ils posaient leur valise dans la capitale Anglaise pour leur “Agricole Tour”. A Londres chaque année les amoureux de rhum ont une semaine entière (rarement suffisante) dédiée à cet alcool, qui gagne en popularité, durant la Rum Week. L’apogée de cette dites semaine, c’est RumFest où Jessica Toumson, Jerry Gitany et Benoit Bail agitent pour la deuxième année consécutive le drapeau des Antilles Françaises et de leurs rhums. 12 rhums représentés, Guadeloupe et Martinique confondues. Une attention particulière liée a l’éducation autour de nos productions au moyen d’une salle privative leur étant réservée afin d’assurer une clientèle triée sur le volet, réellement désireuse de découvrir cette alcool dans tous ses états. Les connaisseurs le reconnaissent, les experts en redemandent et si vous êtes sur Instagram ou Twitter, le hashtag #agricole est utilisé par de grands noms de l’univers des spiritueux.

Le rhum et moi

Le rhum a toujours fait partie de ma vie. Grandir aux Antilles, c’est grandir autour du rhum. Les charrettes à boeufs-tirant chargées de cannes a sucre à Marie-Galante, des plantations à perte de vue. L’odeur des distilleries, les buvettes, le ti-punch, les différentes concoctions parfois médicinales (j’ai grandi en croyant que le rhum guérit tout) mais surtout liées aux ambiances de fêtes.

Mais pour moi, en grandissant, le rhum avait une connotation négative. Le champagne est l’alcool noble, le rhum, la boisson des “vié nèg”. Et qui veut se voir affublé de ce sobriquet ? Pour moi le rhum agricole était le standard de base. Rien d’autres, parce que je ne connaissais pas autre chose. Et puis j’ai quitté mon île et vu le prix d’une bouteille de rhum au supermarché en France. Encore pire, je me suis rendue compte en déménageant en Angleterre en 2005 que le rhum agricole n’y existe juste pas.

Le rhum, je le buvais peu, mais une antillaise bien comme il faut se DOIT d’avoir du rhum chez elle. Pour le grog, les gâteaux et le ti-punch quand on reçoit. Donc les colis de maman, les valises remplies de rhum à chaque retour au pays natal et puis avec la maturité et l’expérience de beaucoup d’autres saveurs et produits, j’ai réalisé la valeur d’un produit familier. Tellement familier qu’il en avait perdu un tant soit peu sa valeur. Du coup, ma curiosité à son égard s’est amplifiée, les questions des invités à mes dîners mettaient en exergue mon ignorance à son propos. Même si je pense avoir encore beaucoup à apprendre, je peux le dire avec fierté aujourd’hui, j’aime le rhum et le stigma qui y est souvent attaché sous nos latitudes aujourd’hui m’importe peu.

Agricole Tour

Jessica, Jerry et Benoit forment la Rum Embassy (sur Instagram : therumembassy). Un collectif fort de 20 000 mordus de rhums abonnés à leur groupe sur Facebook, la Confrérie du Rhum (facebook.com/groups/348582111921946). Ils parcourent depuis plusieurs semaines de nombreux pays et représentent les rhums de Guadeloupe et Martinique. Ils sont fatigués, évoquent des anecdotes saugrenues sur les divers salons visités, mais plus que tout, ils sont passionnés ! Leur ferveur lorsque que les questions fusent durant leur Master class au Beachcomber est palpable. Les gens sont venus nombreux. Ils veulent savoir ce que nos îles ont de plus à offrir que le Rhum Clément, qui excellent, est malheureusement le seul réellement disponible à Londres. Et les invités ne sont pas déçus. Ils se délectent de leur échantillon de Saint James Quintessence et en redemandent.

© Rum Embassy / Vanessa Bolosier

© Rum Embassy / Vanessa Bolosier

Je suis témoin du travail merveilleux que ces trois mousquetaires font pour notre patrimoine. Mais c’est une goutte d’eau dans l’océan. Ils ont besoin de plus de soutien, plus de reconnaissance de cette exception culturelle et patrimoniale qu’ils s’évertuent de mettre en avant. Il en faut plus, beaucoup plus, je ne cesse de penser alors que je reçois les compliments, vois les sourires, les mines appréciatives de cette trentaine de personnes réunies autour d’un pilier de la culture créole !

Ce type d’expériences ne doivent plus être exceptionnelles, sporadiques, occasionnelles ou même un évènement ! Elles se doivent d’être la norme et animées par des gens comme eux. Des experts, des passionnés, des gens qui ont le sens du service, les connaissances, ont le sourire et ont un amour démesuré et contagieux pour nos îles ! Voilà ce qui me passe par la tête alors que tous les invités me remercient de les avoir reçu et s’en vont.

#rum #ron #rhum

Jessica me dit que très peu de choses existent en Guadeloupe autour du rhum. Il semblerait que nous manquions de réelle éducation autour de ce breuvage. Je suis d’accord, j’en manquais aussi, je suis aussi coupable. Elle organise des évènements privés et les passionnés sont fidèles au rendez-vous. Mes questions à vous qui me lisez : cet engouement ne devrait-il pas être le fondement d’une fierté locale revendiquée par tous ? Cette connaissance doit-elle une fois de plus être réservée à une élite locale de connaisseurs ? Attendons nous que quelqu’un d’autre le fasse et sommes-nous de simples spectateurs ? Beaucoup voyagent pour visiter nos distilleries, mais toi, sais-tu comment est produit le rhum que tu utilises dans ton gâteau à l’ananas ou ton shrubb ?

Jessica a besoin d’autres mousquetaires, plus encore, nos îles ont besoin d’une armée. La Rum Embassy a besoin que les producteurs les suivent, leur fasse confiance, leur donne encore plus les moyens de reproduire ce dont j’ai été le témoin, un show-case de l’excellence antillaise.

© Rum Embassy / Vanessa Bolosier

© Rum Embassy / Vanessa Bolosier

Alors je vous invite comme beaucoup d’autres sur les réseaux sociaux, à montrer votre amour de nos rhums.  Rejoignez ce mouvement qui en dehors de nos côtes a déjà bien commencé. Innovons et ne soyons pas les derniers à apprécier nos propres affaires. Si ou inmé’y é i bon, di i bon!

Rédactrice : Vanessa Bolosier, auteure de Cuisine Créole aux éditions Solar.

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