En matière d’électricité polluante, les territoires d’Outre-mer français sont « au rang des plus mauvais élèves mondiaux, comme la Chine ou l’Inde ». La raison ? les départements et régions d’Outre-mer dépendent majoritairement du pétrole et du charbon. Un comble quand on connaît le potentiel en énergies renouvelables de ses territoires. 

Lorsque vous vivez dans les Outre-mer, vous faites généralement des envieux qui s’imaginent profiter de la mer ou encore, du soleil tous les jours mais en revanche, ils ne savent pas tous qu’il faut composer de temps en temps avec quelques inconvénients notamment les coupures d’électricité !

Exemple, mardi 25 octobre, en Martinique. Un black-out a eu lieu, en d’autres mots, une panne électrique de grande envergure. Résultat : un peu plus de 120 000 foyers privés d’électricité sur la totalité de l’île, à la mi-journée. Une situation invraisemblable qui n’est pas une première. Comment cela est-il possible ? Bien souvent, il s’agit d’un incident technique ou mécanique dans l’une des centrales EDF implantées sur l’île.

Dans son dossier, L’Observatoire des Multinationales révèle ainsi que la Guadeloupe et la Martinique figurent parmi les départements français qui connaissent le plus de coupures d’électricité. Il rappelle par ailleurs que le bilan carbone des départements et régions d’Outre-mer est désastreux. Il serait même l’un des pires au monde, selon la ministre des Outre-mer Ericka Bareigts, députée à l’époque de cette déclaration. La raison ? les départements et régions d’Outre-mer dépendant majoritairement du pétrole et du charbon. Un comble pour des territoires où le soleil brille toute l’année, où la géothermie est totalement exploitable sans oublier la mer et sa houle, source d’énergie supplémentaire.

Pour le site web spécialisé dans les questions énergétiques, EDF persiste à privilégier les investissements dans les énergies les plus polluantes. Seules quelques collectivités locales tentent d’agir. Ainsi, on apprend qu’aujourd’hui, sur les cinq DOM, « seules la Guadeloupe, la Martinique, la Réunion et Mayotte dépendent en grande majorité de centrales thermiques fonctionnant au charbon ou au fioul. » Pourtant, le coût de la production électrique à partir du fuel et du charbon est d’ailleurs parmi les plus chers.

Les coupures d’électricité en Outre-mer, une dure réalité

Si vous habitez dans les Outre-mer notamment en Guadeloupe ou en Martinique, les coupures d’électricité, vous connaissez. Dans son enquête, L’Observatoire des Multinationales révèle ainsi des chiffres effarants : dans certains DOM, les temps de coupures atteignent des sommets : « jusqu’à 1 655 heures, soit 69 jours, en Guadeloupe en 2009 et même 2 482 heures, soit 103 jours, en Martinique en 2011 ! » Une triste réalité qui a plus d’effets néfastes que l’on ne pense à la fois pour les particuliers comme pour les professionnels.

Illustration mardi 25 octobre 2016 en Martinique. L’île a été victime d’une coupure d’électricité d’envergure pendant plusieurs heures, ainsi de nombreux salariés se sont retrouvés au chômage technique. 120 000 foyers ont été privés d’électricité.

Les énergies fossiles restent d’actualité pour EDF

Pour L’Observatoire des Multinationales, la problématique vient du fait qu’EDF, « détenue à plus de 80 % par l’État, a fait le choix de « rafraîchir » une partie de son parc de centrales thermiques. » L’entreprise en charge de la distribution de l’électricité en Martinique, Guadeloupe, Guyane, Réunion et investisseur minoritaire à Mayotte snoberait-elle les énergies renouvelables ?

En attendant, l’Outre-mer carbure aux énergies fossiles, un comble quand on connaît le potentiel en énergies renouvelables de ses territoires qui pourraient s’appuyer sur l’énergie solaire, éolienne – l’exemple de Marie-Galante pourrait servir aux autres collectivités -, l’électricité de houle, la climatisation marine ou encore, la biomasse de canne à sucre. « Le fioul coûte autour de 200 euros le MWh. Nous rachetons l’éolien entre 150 euros et 170 euros, la géothermie à 105 euros et le solaire entre 110 euros et 120 euros », déclarait en 2013 l’ancien directeur d’EDF Guadeloupe, Pascal Mithois. Stupéfiant, non ?

Autre sujet délicat que nous abordions sur Mediaphore, la question de la géothermie. Rappelez-vous, il y a quelques mois de cela, l’unique centrale électrique à géothermie en fonctionnement en France, à Bouillante, en Guadeloupe était à la recherche active d’un investisseur pour assurer la poursuite de son activité. Le gouvernement ayant refusé de voler à leur secours, la centrale a été vendue à une entreprise privée. Une décision qui avait soulevée la polémique entraînant même une pétition afin que se sensibiliser le Gouvernement et son ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal mais rien n’y fait.

Après une période de négociations et de tractations, en août dernier, ORMAT Technologies est devenue actionnaire majoritaire de la centrale géothermique de Bouillante avec près de 60% des parts de la société. La centrale géothermique de Bouillante est donc devenue officiellement une filiale du groupe américain.

En attendant, aujourd’hui encore, outre les problèmes récurrents d’alimentation en eau dont sont victimes certains habitants ultramarins, tout au long de l’année, ils doivent aussi composer avec des coupures d’électricité alors que dehors, le soleil brille, le vent souffle et la houle se génère sans arrêt.

L’enquête de L’Observatoire des Multinationales sur la transition énergétique dans son intégralité, c’est par ici : « EDF : pourquoi, malgré son potentiel renouvelable, l’Outre-mer carbure-t-il encore aux énergies fossiles ? »

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