Plus de dix ans de carrière, cinq albums et une trentaine de singles, Krys n’est pas un novice dans le milieu de la musique. Artiste, producteur, activiste, Monsieur « Limé Mic’La » est un homme occupé. Le 22 octobre prochain, il sera en concert dans une salle parisienne « Les Etoiles », l’occasion de retrouver son public qui le suit depuis ses débuts. Rencontre avec le « Petit prince du dancehall »…

Mediaphore : Vous avez sorti en juin dernier votre EP « 7K », quelle est sa genèse ?

Krys : Mon objectif était de sortir un projet qui soit à la fois spontané et clairement identifiable. Je voulais réaliser un projet caribéen. Cet EP, qui est entre deux albums, contient 7 titres exclusifs. Et il n’est sorti que sur les plateformes de téléchargement légal. C’est le fruit de mes voyages à Saint-Martin, Sainte-Lucie… J’avais vraiment eu à cœur de faire ce projet à influences dancehall, soca, enfin caribéennes dans l’ensemble.

Mediaphore : Vous avez expérimenté différents styles au cours de votre carrière : dancehall, soca, électro (Dis-moi oui), afro-caribéen (Azumbo) : quel est le cheminement musical de Krys ?

Krys : La liberté ! (Rires). J’ai toujours fait ce qui me plait et ce qui m’inspire, même si je suis un artiste dancehall à la base. Depuis mes débuts, j’ai toujours été très libre dans ma musique. J’ai fait des featuring avec des rappeurs, comme Youssoupha (Réunis sur la compilation « Duos de choc Vol.2 »NDLR), des artistes africains comme Fally Ipupa. Alors ça fait très longtemps que je suis dans l’afro, dans l’urbain. Je suis éclectique, même si mon approche reste affiliée au dancehall.

Mediaphore : Plus de dix ans de carrière, 5 albums et une trentaine de singles, quel regard portez-vous sur votre évolution ?

Krys : C’est un peu difficile de répondre à cette question, parce que je suis encore en train de créer, de me réinventer, et d’innover. Je ne suis pas encore arrivé à l’étape qui me permet de prendre assez de recul. Certes, j’en ai franchi des étapes, il y a des accomplissements comme les concerts à l’Olympia, le Zénith, des tournées ou même le concert que j’ai fait l’an dernier pour célébrer mes 10 ans de carrière. Mais aujourd’hui, je ne peux pas faire de bilan, ce n’est pas encore le moment.

Il n’y a pas de regrets à avoir, c’est rassurant d’évoluer… beaucoup plus que de stagner.

Mediaphore : Certains fans de vos débuts sont nostalgiques de votre statut de « petit prince du dancehall », est-ce quelque chose que vous comprenez ?

Krys : Je suis devenu le roi alors ! (Rires). Non je plaisante. En fait, tous les artistes rencontrent cela, on fait de la musique, mais on change, on grandit donc la musique que je faisais en 2004/2005, je ne peux pas le faire en 2016. Mon évolution musicale va de pair avec mon expérience en tant qu’artiste, mais aussi avec ma vie personnelle et les changements qu’elle peut connaître. Je pense qu’il n’y a pas de regrets à avoir, c’est rassurant d’évoluer… beaucoup plus que de stagner. Et puis chaque album remet les compteurs à zéro. Je ne sais pas si un son comme Garde cocotte fonctionnerait aujourd’hui.

Mediaphore : Vous avez cette double casquette producteur/artiste, est-ce difficile à gérer ?

Krys : Oui. Je ne vais pas mentir, c’est très difficile. Ne serait-ce qu’en terme de temps puisque le métier d’artiste en demande beaucoup et nécessite aussi de la disponibilité. Et celui de producteur, c’est un métier d’engagement. Ce sont donc deux professions à plein temps et j’essaie de m’organiser au mieux pour gérer mes activités. Ce qui m’aide notamment, c’est le fait d’être passionné par chacune de mes « casquettes ». J’aime être un artiste, mais j’aime aussi produire d’autres artistes et leur permettre de s’exprimer, entre autres grâce au travail de ma structure.

©Omax6mum

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Mediaphore : Donc vous n’avez pas le temps de vous consacrer à d’autres activités ? Je pense par exemple à votre association « Destination Réussite ».

Krys : Oui !Bien sûr que je prends le temps de m’impliquer dans mon association et je ne suis pas seul.  Mon association « Destination Réussite » existe déjà depuis 7 ans et nous continuons à œuvrer. D’ailleurs nous sommes en train d’organiser une récolte de denrées pour Haïti. Vous pouvez nous contacter à l’adresse mail : destinationreussite@hotmail.fr. En Guadeloupe, nous avons énormément de bénévoles, des jeunes qui se mobilisent pour nos actions. Je suis les choses par mail, par téléphone et dès que j’ai la chance d’être en Guadeloupe, vous pouvez être sûrs de me trouver chaque jeudi à notre réunion hebdomadaire.

Mediaphore : Et quel est l’avenir de Step Out Productions ? Quels artistes produisez-vous en ce moment ?

Krys : Nous avons décidé de nous concentrer sur les projets à venir. Nous avons moins d’artistes que l’année dernière mais tout autant de travail, car nous nous sommes lancés comme défi de relancer Colonel Reyel sur un nouveau projet. Il y a aussi Misié Sadik qui est en cours d’écriture de son nouvel album et bien sûr T-Shaa qui continue à promouvoir son premier album qui est sorti en avril 2016. Ensuite, j’entrerais en écriture de mon nouvel album. Nous avons pas mal de travail, des concerts de prévu, enfin beaucoup de choses à mettre en place autour de ces artistes, donc Step Out a un calendrier chargé.

 

Mediaphore : Sur les réseaux sociaux, on voit que Colonel Reyel semble avoir du mal à se trouver un public aux Antilles, pourquoi ?

Krys : Je pense que c’est par rapport à son style musical. En France, il se définirait comme étant pop (populaire) et peut-être que dans la Caraïbe il y a moins d’affinités avec ce genre. Mais dans la musique, c’est comme pour tout, il y a des gens qui aiment et d’autres pas. Du coup, nous sommes là pour faire plaisir à ceux qui le suivent. Par exemple, son dernier titre Bando Love lancé fin août a plus de 600.000 vues sur YouTube et petit à petit, il est ajouté à la playlist de différentes radios en France. J’aimerais beaucoup que les Antillais le soutiennent plus, mais en tout cas il a son public et il fait de la qualité pour eux.

Mediaphore : Après votre concert à Paris, une tournée est-elle prévue aux Antilles ? 

Krys :  Alors je suis en concert le 22 octobre prochain dans une salle parisienne qui s’appelle Les Étoiles. Et oui, une tournée est prévue aux Antilles, nous sommes en train de mettre les choses en place. Elle serait prévue pour 2017.

Mediaphore : Dans le documentaire « Karukera » vous dénoncez les maux de votre île, la Guadeloupe. Aujourd’hui la violence est encore au cœur de l’actualité aux Antilles : qu’aimeriez-vous dire aux jeunes ?

Krys :  La violence concerne les jeunes, mais je pense que la responsabilité incombe surtout aux parents. Un jeune de 15 ans est encore chez ses parents normalement, il n’est pas censé traîner dans la rue, être armé, ni drogué. Mon message, quelque part, c’est que chacun prenne ses responsabilités. Quand tu es jeune, tu n’es pas bête, tu es doué d’intelligence, tu as deux bras et deux jambes, un cerveau et tu sais faire la différence entre le bien et le mal. Lorsque tu es parent, tu sais que tu ne dois pas livrer ton enfant à la rue parce que tu ne récolteras rien de bon. Quand tu es un homme politique, tu dois aussi prendre tes responsabilités. J’ai discuté avec des politiciens et des jeunes sur le terrain… il y a beaucoup de souffrance en Guadeloupe. Nous en avons marre des politiciens qui se préoccupent de leurs réélections, qui font semblant de ne pas voir les choses et qui sont quelque fois hypocrite sur leur manière de traiter les problèmes de fond. Nous avons un problème d’éducation, un problème de chômage… donc il y a des mesures à prendre. La politique, seule, ne pourra pas tout régler, mais je pense que chacun peut dire aujourd’hui que tout n’est pas fait pour améliorer les choses. Et les parents doivent prendre leurs responsabilités, c’est important.

Mediaphore : D’ailleurs, quelle est votre relation avec la Guadeloupe aujourd’hui ?

Krys : Elle est fusionnelle. (Sourire). Même si mon métier fait que je passe beaucoup de temps dans l’Hexagone, il ne se passe pas un mois sans que je sois en Guadeloupe. Le siège de Step Out est en Guadeloupe. Mon association est aussi là-bas, les artistes que je produis sont en grande majorité d’origine guadeloupéenne. De façon générale, dans ma musique comme ce que je fais en tant qu’homme, l’amour de la Guadeloupe reste au cœur de mes motivations.

Mediaphore : Vous avez été récompensé récemment en Afrique, c’est un continent que vous affectionnez particulièrement ?

Krys : Bien sûr ! Puisque nous venons tous de là-bas. Je pense que la richesse culturelle de l’Afrique a beaucoup à nous apporter, c’est pour ça que je suis d’autant plus honoré d’avoir pu recevoir une récompense sur le continent. Je me rends en Afrique 4 à 5 fois par an pour des concerts.

 

Le trophée repart à la maison!!! 🎉🎉🎉 Je remporte le prix du Meilleur Artiste Caribéen aux Afroca Awards, Congo Brazzaville. Je suis honoré de recevoir cette distinction sur le Continent Africain. En tant que Guadeloupéen, représenter notre Musique ici et contribuer aux échanges entre la Caraibe et l'Afrique me paraît essentiel. Je remercie les organisateurs de ce bel événement #doumoussionevents ainsi que mon équipe pour le travail effectué, dont mon manager @guylaineclery qui est sur la photo. Bien-sûr, le plus important : je vous remercie, vous mon public qui me suivez et me donnez la force pour continuer à avancer et progresser. Dieu est Grand. On continue!!!! #KRYS #StepOut #Caraibes #Afrique #musique #culture #winner 🌍

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