Serait-ce la fin annoncée en France du MMA ? Cette semaine marque en tout cas un coup d’arrêt dans la discipline puisque le ministère des Sports a pris un arrêté interdisant les compétitions de MMA. La décision, datant du 3 octobre, a été publiée au journal officiel du 23 octobre, révèle nos confrères de L’Equipe. Une décision injuste selon les professionnels de la discipline aux Antilles.

«Coups de poings, coups de pieds, coups de coudes et coups de genoux visant un combattant au sol», sont interdits. Des règles qui correspondent aux techniques caractéristiques du MMA et qui veulent dire qu’aujourd’hui, la discipline ne peut plus être pratiquée en France. L’arrêté redéfinit les «règles techniques et de sécurité applicables aux manifestations publiques de sports de combat», mais le MMA (mixed martial arts) n’est jamais mentionné, précise L’Equipe. Le présent arrêté s’applique aux manifestations organisées à compter du 1er novembre 2016. Toutefois, les manifestations sportives de boxe autorisées avant cette date restent régies par les dispositions antérieurement en vigueur.

Du côté des professionnels, l’heure est à la fois à la déception et à l’incompréhension. Nous avons rencontré Christophe Violain, ancien champion de MMA et aujourd’hui coach de la discipline à Coachme.com en Martinique. Pour lui, « cela ressemble plus à un sursaut d’orgueil qu’à une décision murement réfléchie. »

Mediaphore : Le ministère des Sports a pris un arrêté interdisant les compétitions de MMA. La décision a été publiée au journal officiel il y a deux jours soit le 23 octobre. Avant toute chose, que vous inspire cette décision ? N’est-ce pas là un terrible coup de massue ?

Christophe Violain: Il faut savoir que la France n’interdisait pas la pratique du MMA, mais elle était juste pas autorisée. En premier lieu, cette décision vient en réponse de l’évènement « Cage Encounter 4 » qui a eu lieu le samedi 19 septembre 2015 au Cirque d’hiver à Paris. Pour revenir sur l’histoire de cet évènement, il a eu lieu dans les règles du MMA autorisant les frappes sur adversaire au sol. Cela a été possible grâce à une défaillance des services publiques, quant à la nouvelle loi disant que sans réponse au bout de 15 jours, la demande de l’intéressé peut être considérée comme validée ou autorisée. En l’occurrence, l’organisation du  « Cage Encounter 4 » a eu l’idée judicieuse de déposer courant août, en préfecture de Paris, un dossier de demande d’autorisation d’une manifestation sportive, type gala de sports de combat dont les règles stipulaient l’utilisation de frappes sur adversaire au sol, avec les détails attendus dans un descriptif des règles d’affrontement, ainsi que d’arbitrage, y compris les détails sur l’aire de combat utilisée, à savoir une cage octogonale. La période du mois d’août étant celle des grandes vacances, l’effectif de la Préfecture de Paris en a été réduit et ils n’ont pas traité le dossier dans le délai des quinze jours. De ce fait, le gala a été organisé et a eu lieu malgré l’intimidation des services de police et des service de l’Etat, représenté par le Ministère de la Jeunesse et des Sports. Le Ministre des sports a très mal réagi et a promis de laver l’affront en étudiant de près une loi qui interdirait une pratique que l’on pourrait qualifier de barbare. Ca y est, nous y sommes! J’avoue être véritablement déçu de cette décision car nous sommes le pays refusant la pratique de notre discipline, alors que nous sommes un des pays européens à compter le plus de pratiquants et le plus de combattants évoluant à l’étranger. J’organise le plus grand tournoi caribéen de sports de combat, avec comme invités, les îles anglo-saxonnes caribéennes qui pratiquent le MMA dans les règles internationales (avec ground and pound, frappes au sol), qui doivent se contraindre de retenir leur ground and pound, la loi française ne nous autorisant que la pratique du Pancrace, dans les règles d’assauts du WIFC (West Indies Fighting Championship). J’espérais vraiment que nous irions de l’avant dans l’histoire du MMA en France, mais au lieu de cela, nous régressons en légiférant sur le refus de cette pratique. Cela ressemble plus à un sursaut d’orgueil qu’à une décision murement réfléchie.

Mediaphore : En parcourant l’arrêté, on constate que les règles revues par le Ministère stipulent par exemple que désormais les combats doivent être affiliés à une fédération sportive reconnue par l’Etat, ce qui n’est pas le cas du MMA. Cette règle vous bloque t-elle ?

Christophe Violain :C’est une règle clairement faite pour verrouiller le MMA en France.

cviolain

Mediaphore : Ne condamne t-elle pas la discipline en France et a fortiori, en Outre-mer ?

Christophe Violain : Je crois que si les référents français du MMA et tous les clubs qui pratiquent ne montent pas au créneau maintenant, nous n’obtiendrons pas gain de cause avant de nombreuses années.

Mediaphore : Tu as longtemps pratiqué le MMA, que vous enseignez désormais en Martinique. Suite à la publication de cet arrêté, comment procèderas-tu au niveau de tes licenciés MMA ? 

Christophe Violain : Si je ne me trompe pas, s’entraîner en MMA, sans le pratiquer en compétition n’est pas interdit. Cela ne devrait rien changer à notre quotidien. Je continuerai à enseigner le Pancrace ainsi que la version internationale du MMA, car nous allons combattre dans les îles anglaises, notamment dans les galas organisés par la CFL (Caribbean Fight League) dont nous détenons 6 ceintures sur 8 mises en jeu, et dont les règles sont celles du MMA.

Toujours selon L’Equipe, Bertrand Amoussou, président la Commission française de MMA (CFMMA) aurait déclaré « que la CFMMA allait lancer une action en justice pour contester l’arrêté. » Affaire à suivre…