C’est désormais officiel, on connaît le nom des opérateurs mobiles lauréats à l’attribution de nouvelles fréquences outre-mer. Sur les 25 dossiers de candidatures examinés par l’Autorité de Régulation des Communications Electroniques et des Postes, quatre lauréats sont sortis du lot. Aux Antilles-Guyane, le marché comptera un petit nouveau : Free Mobile. Que cela va t-il changer à la donne ? Explications.

Le dossier de la 4G en Outre-mer passionne et ça se voit. Cela pourrait paraître bizarre pour certains, pour d’autres c’est une évidence, il n’y a pas que les opérateurs mobiles qui étaient dans l’attente de la décision de l’ARCEP quant à l’attribution des nouvelles fréquences outre-mer. Les abonnés de tous les DOM et particulièrement aux Antilles, suivaient avec attention ce dossier pour savoir d’une part si les cartes seraient totalement redistribuées ou non et surtout, si la filiale du groupe Iliad, Free Mobile débarquerait ou pas en Outre-mer. Sur ces deux points, la réponse est : affirmatif.

L’ARCEP a annoncé l’attribution dans la foulée, des fréquences aux opérateurs afin de permettre une ouverture commerciale 4G, le 1er décembre prochain.

La 4G, un sujet qui passionne au point de provoquer des torrents de réactions et commentaires parfois acides sur les réseaux sociaux. En cause, la frustration des abonnés des opérateurs mobiles qui se plaignent d’une part des tarifs exorbitants des forfaits mobiles aux Antilles, sans forcément la qualité. En effet, il n’est pas rare de constater de temps en temps des coupures réseau ou encore, de la déperdition sur les réseaux engendrant un débit faible pour les utilisateurs de la 3G. Certains clients qui seraient sans doute confrontés à des soucis de débit se demandent encore, pourquoi les acteurs du secteur évoquent la 4G alors que pour eux, la 3G reste instable. Quoiqu’il en soit, à partir du 1er décembre prochain, la donne changera et les tarifs aussi ? Avant d’y répondre, revenons quelques mois en arrière pour mieux comprendre ce dossier.

 Orange Caraïbe, l’opérateur mobile intouchable ?

Le Gouvernement et l’ARCEP ont mené du 17 juillet au 30 septembre 2013 une consultation publique sur les besoins en fréquences outre-mer. Il en est ressorti que les besoins des acteurs ne pouvaient pas tous être satisfaits avec les fréquences disponibles. « Il est donc apparu nécessaire de préparer des procédures de sélection pour l’attribution des fréquences à La Réunion, Mayotte, la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, Saint-Martin et Saint-Barthélemy », précise l’ARCEP sur son site web.

L’objet des procédures était donc d’attribuer les fréquences disponibles au sein des bandes 800 MHz, 900 MHz, 1800 MHz, 2,1 GHz et 2,6 GHz en vue de l’établissement et de l’exploitation de réseaux radioélectriques terrestres ouverts au public en Guadeloupe/Martinique, en Guyane, à Saint-Barthélemy/Saint-Martin, à La Réunion et à Mayotte. Les procédures d’appel à candidatures ont été lancées le 29 janvier 2016. Les acteurs devaient déposés leur dossier de candidature avant le 10 mai 2016.

Après plus de cinq mois d’instruction, l’Autorité de Régulation des Communications Electroniques et des Postes a fini par sélectionner quatre lauréats dans chacune des cinq zones géographiques concernées. Sortent donc vainqueurs de ce tirage : Orange Caraïbe qui semble avoir clairement convaincu l’autorité, Free Mobile, Outremer Telecom, Digicel AFG, Dauphin Telecom, SRR, Telco OI, ZEOP Mobile et BJT Partners. Dans son communiqué dévoilé ce jeudi, l’ARCEP précise avoir « instruit les 25 dossiers de candidatures reçus, sur la base des cinq critères de sélection prévus par l’appel à candidatures » : (note sur 20)

© ARCEP

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Concernant la procédure d’attribution des fréquences en Guadeloupe et en Martinique, pour l’ARCEP « Orange Caraïbe se démarque des autres candidats au regard de la crédibilité et de la cohérence de son plan de déploiement et du dimensionnement de son réseau au vu des investissements et des objectifs en matière de couverture et de qualité de service qu’il a annoncés. »

« En effet, les investissements d’Orange Caraïbe apparaissent cohérents avec le nombre de sites à construire ou à moderniser en 4G. Par ailleurs, le dimensionnement de son réseau apparaît en bonne adéquation avec ses objectifs de couverture et de part de marché et les caractéristiques de ses offres, compte tenu du nombre de sites, de la proportion de sites fibrés et de l’interconnexion internationale prévus ».

Pour Vincent Poujol, Directeur Orange aux Antilles-Guyane : « Il s’agit d’une excellente nouvelle pour nos clients qui pourront bénéficier dès le mois de décembre1 des avantages de la 4G et des services du Très Haut Débit Mobile pour une expérience incomparable. »

Dans son rapport de décision, l’ARCEP justifie ses choix et semble avoir été clairement convaincu par la candidature d’Orange Caraïbe qui semble la plus crédible et cohérente. On apprend ainsi que la différence s’est jouée sur divers points notamment financiers mais aussi techniques. Ainsi, pour l’ARCEP, « les projets de Digicel AFG et d’Outremer Telecom présentent un caractère crédible et cohérent. Néanmoins, la crédibilité et la cohérence de leur plan de déploiement et du dimensionnement de leur réseau au vu des objectifs en matière de couverture ou de qualité de service qu’ils ont annoncés apparaissent moindres par rapport au projet présenté par Orange Caraïbe. Il ressort en particulier du dossier de Digicel AFG que le dimensionnement de son réseau apparaît limité au regard de ses objectifs de part de marché et les caractéristiques de ses offres. Outremer Telecom, quant à lui, prévoit un nombre de sites qui apparaît optimiste par rapport à son objectif de couverture (comme indiqué en partie 5.3) ; en outre, il ne détaille pas les moyens humains qui seront dédiés à son service client. »

Arrivant avec un statut de « chouchou » du public, Free Mobile ne semble pas avoir conquis l’ARCEP en terme de cohérence et de crédibilité pour ce qui relève de son projet. « La cohérence et la crédibilité des projets de Dauphin Telecom et de Free Mobile apparaissent, au regard des éléments de leurs dossiers, moindres que celles des projets d’Orange Caraïbe, de Digicel AFG et d’Outremer Telecom. En effet, le nombre de sites prévus par Dauphin Telecom semble faible au regard de ses objectifs de couverture et de qualité de service. En outre, Dauphin Telecom ne précise pas les moyens humains qui seront mis en place pour son service client. Quant à Free Mobile, les investissements qu’il prévoit apparaissent, au regard des déploiements qu’il envisage, limités, alors même qu’il ne bénéficie ni d’un réseau fixe ou mobile sur la zone géographique, ni d’une organisation locale à même de faciliter la réalisation de son projet. De plus, le dimensionnement prévu de son réseau apparaît limité au regard notamment des caractéristiques de ses offres », indique t-elle dans son rapport.

Digicel AFG, Free Mobile, Orange Caraïbe et Outremer Telecom, un siège de numéro un pour quatre

Dans son instruction, l’ARCEP explique qu’en premier lieu, Digicel AFG, Free Mobile, Orange Caraïbe et Outremer Telecom présentent des plans d’affaires détaillés et des comptes de résultat crédibles notamment au regard de leur projet. Sur ce coup-là, deux opérateurs sortent clairement du lot : Orange Caraïbe et Free Mobile. « En deuxième lieu, les candidats présentent dans leurs dossiers les sources de financement de leur projet. Les trésoreries et les capacités d’autofinancement d’Orange Caraïbe et de Free Mobile couvrent largement le besoin de financement de leurs projets, que ce soit via la trésorerie du groupe Iliad pour Free Mobile ou le fort soutien financier de son actionnaire unique pour Orange Caraïbe », précise l’Autorité de Régulation des Communications Electroniques et des Postes.

Free Mobile propose l’offre abordable la plus attractive au regard de son prix et des caractéristiques incluses.

Pour ce qui est de l’aménagement numérique du territoire, Orange Caraïbe et Outremer Telecom devancent largement leurs concurrents. « Il ressort en particulier de l’examen des dossiers que, dans les deux départements, Orange Caraïbe et Outremer Telecom s’engagent, dans les deux hypothèses (avec ou sans fréquences dans la bande 800 MHz) et pour chacun des jalons définis par le texte d’appel à candidatures, sur des taux de couverture de la population supérieurs aux taux minimaux prévus par le texte d’appel à candidatures. Outremer Telecom se démarque légèrement grâce aux engagements qu’il prend dans la première hypothèse. » 

Point où Free Mobile accumule un retard certain, vite rattrapé lorsque l’on parle de tarifs car pour l’ARCEP, il n’y a pas photo, « il ressort des engagements pris par les candidats que l’offre de Free Mobile se démarque de celles des autres candidats dans sa capacité à contribuer au développement de services de qualité à un prix abordable : Free Mobile propose en effet l’offre abordable la plus attractive au regard de son prix et des caractéristiques incluses. » Des précisions qui laisseraient sous-entendre que Free Mobile débarquerait sur le marché avec des offres tarifaires qui pourraient séduire des clients ultramarins exaspérés par des tarifs qu’ils jugent « trop élevés ».

A la lecture du rapport de l’ARCEP et en particulier du chapitre relevant des offres abordables, on découvre ainsi que Dauphin Telecom, Orange Caraïbe et Outremer Telecom s’engageraient sur des offres abordables qui diffèreraient entre elles notamment au regard de la quantité de data et de SMS incluse. Dauphin Telecom présenterait une offre ayant un meilleur rapport entre son prix et les caractéristiques du service que celles d’Outremer Telecom et d’Orange Caraïbe. Digicel AFG proposerait deux offres abordables, dont le rapport de chacune d’elles entre ses caractéristiques et son prix resterait moins attractif que celui des offres de Dauphin Telecom, Orange Caraïbe et Outremer Telecom.

Orange Caraïbe se détache des autres candidats en prenant l’engagement d’investissement le plus élevé.

Concernant l’emploi, on apprend d’autre qu’à l’exception d’Outremer Telecom, l’ensemble des candidats ont justifié de manière détaillée leurs engagements et prévisions en matière d’emploi attaché à leurs projets en Guadeloupe et en Martinique, notamment en décrivant précisément les fonctions qui seraient associées à ces emplois. Orange Caraïbe se différencie toutefois des autres candidats tant s’agissant de ses engagements en matière d’emploi directs que de ses prévisions en matière d’emplois directs et indirects.

L’ARCEP révèle ainsi qu’Orange Caraïbe est le candidat qui aura les effectifs directs et indirects les plus élevés dans la zone géographique de la Guadeloupe et de la Martinique. Il s’engage à maintenir ses 368 emplois directs actuels jusqu’au 31 décembre 2020 et prévoit de recourir à des emplois indirects sur 2016-2020. Digicel AFG s’engage sur 175 emplois directs au 31 décembre 2020, ce qui correspond à la création de 9 emplois directs entre 2016 et 2020 et prévoit de recourir également à des emplois indirects en moyenne sur 2016-2020.

Nomotech, Free Mobile et Dauphin Telecom prévoient moins d’emplois qu’Orange Caraïbe et Digicel AFG. Parmi ces trois candidats, Nomotech s’engage sur un nombre d’emplois directs plus élevé que Free Mobile (50 emplois directs au 31 décembre 2021 pour le premier et 28 emplois directs au 31 décembre 2019 pour le second) tandis que Dauphin Telecom ne prend aucun engagement chiffré. En matière de politique de formation des employés, Dauphin Telecom, Digicel AFG et Orange Caraïbe s’engagent sur un programme de formation professionnelle. Free Mobile mentionne un programme de formation sans pour autant prendre d’engagement sur ce point. Enfin, Outremer Telecom ne prend aucun engagement en matière d’emploi et son dossier est moins documenté que ceux des autres candidats concernant l’emploi.

Les prévisions d’investissement d’Orange Caraïbe supérieures à celles des autres candidats

Selon l’ARCEP, « Orange Caraïbe se démarquerait des autres candidats sur le critère relatif à l’emploi et à l’investissement grâce à de forts engagements tant en matière d’emploi qu’en matière d’investissement. Free Mobile puis Digicel AFG lui succèderaient dans le classement, compte tenu en particulier, pour Free Mobile, de son engagement et des prévisions élevés en matière d’investissement (le Groupe Iliad, propriétaire de Free Mobile envisage d’investir environ 100 millions d’euros dans le projet, ndlr), et pour Digicel AFG, des engagements élevés qu’il a pris s’agissant de ses effectifs directs et de son engagement en matière de politique de formation de ses employés. En raison globalement de leurs plus faibles engagements et/ou prévisions, Nomotech et Dauphin Telecom obtiennent une note plus faible sur le critère de l’emploi et de l’investissement. Enfin, Outremer Telecom obtient la moins bonne note sur ce critère dans la mesure où, en matière d’emploi d’une part, il ne formule aucun engagement et son dossier est moins documenté que ceux des autres candidats et que, d’autre part, le volume de ses investissements reste limité. »

 

CLASSEMENT DES 4 LAUREATS (note globale sur 100, selon l’ARCEP)

Orange Caraïbe

Free Mobile

Outremer Telecom

Digicel AFG

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